ARTES SCttNTtA VERlTAt
I
MONUMENS
HISTORIQUES»
BELAXIFS A LA COIiDAMNAIION
CHEVALIERS DU TEMPLE,
A L'ABOLITION OË LEUR ORDRE.
1
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, MONUMENS
HISTORIQUES,
BELATIES A LA CONDAMNATION
DES CHEVALIERS
DU TEMPLE,
A I/ABOLITION D£ LEUR ORDRE}
PAR M. RAYNOUARD,
DE I**IKSt7tUT impérial DE FRANCl^
£T D£ Z«A LÉGION d'uoNNEUR.
PARIS,
DE L'IMPRIMERIE D'ADRIEN ÉGROiN,
i8i3.
r
75b
;;Xr PREFACE.
Je n'aurais point consacré mon temps et mes
soins à de nouyelles reclierclies sur la condam-»
nation des Chevaliers du Temple et sur Tabo-
lition de leur Ordre ^ si ^ à fespoir de résoudre
un problème historique^ il ne s'était joint un
motif plus noble et plus impérieux : j'ai pensé
que j ajouterais peut-être aux titres de gloire
de ma patrie , et au juste respect qu'inspire le
caractère national, si je recueillais, avec zèle
et impartialité; les preuves de l'innocence de
. -TOrdre et des Chevaliers; si j'offrais le tableau
fidèle de cette fameuse catastrophe, où tant
d'illustres Français, opprimés à la fois par
l'autorité et par l'opinion, subirent toutes les
épreuves du malheur ; où tant de braves guer-
riers, rejetés, punis par l'Eglise, comme héré-
tiques, montrèrent une constance vraiment
chrétienne; et, résignés sans orgueil, martjrs
sans enthousiasme, s'immolèrent noblement
à la religion, à l'honneur et à la Ycrité: évé-
nement unique dans lés Annales du monde !
Quand les commissaires du Pape deman-
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dèreat au .Grand-Maître , Jacques cle Moki^
s'il TOulait défendre 1 Ordre , il répondit ;
fc Je suis prêt à le {aàre\ sélon mes faibles
« moyens ; ne serais-je pas vU et méprisable
« à mes jeux et aux yeux des autres, si jV
« bandonnaîs la défense d un Ordre qui ma
« procuré tant de précieux avantages? » (i)
On ne sera pas surpris de retrouver, dans
cet ouvrage, quelque chose du sentiment qui
dicta cette réponse du Grand-Maître.
(i) « Paratus erat, juxia sul possibilltatera , dictum
<c Ordinem defendere. Nam aliàs se vilem et miser ura
« reputare et posseï ab alii» reputarl, nîsi ipsum Ordi-
« nem defenderet , à quo «ccpcrat tot eonUUOda et W^-
« nore*. » processus corUrà Tem^larioSi
INTRODUCTION.
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INTRODUCTION.
DE PHIIiPPE-LE-BEL.
Philipp£-l£-B£l fut roî de France à lage
de dix -sept ans* Son éducation avait été
confiée aux soins du célèbre Gilles Co-
lonne, depuis archevêque de Bourges, pri«
mat d'Aquitaine , qui mérita dans l'école
le surnom de docteur te^s- fondé. Ce
maître habile composa ^ pour son auguste
élève , un traité de Téducation du prince.
Il répandit dans ses ouvrages de théologie
quelques maximes alors remarquables ^
surtout celles que Jésus-Ghbist n*a point
DONNE DE DOMAINE TEMPOREL A SON ËGLISE
et que le roi de France ne tient son au-
torité QUE DE Dieu (i).
On reconnut bientôt dans Philippe une
Volonté ferme et constante d'ajouter sans
(i) Ah de vérifier ha dates, 1. p. £90.'
a
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Ij DE PHILIPPE-LE-BEL.
cesse à sa puissance et à son autorité* C'est
le premier roi de France qui ait employé
la formule ; par la plénitude de la puis-
sance AOYALB ; et il ne se borna point à
faire àè cette formule une vaine décoration
de ses diplômes.
Dès le commencement de ce rëgne^ il y
eut en France une révolution administra-
tive. Depuis long-temps, c'était principa-
lement le caractère de nos rois qui diri-
geait le gouvernement ; sous Phiiippe-le*
Bel , ce fut la raisou d'état.
La France était en guerre avec la Cas-*
tille et TArragon. Des traités de paix, furent
conclus, et Philippe fit l'essai de sa poli-
tique , en sacrifiant la cause des Lacerda^
ses alliés, quand la France n eut plus ia-
térêt à la soutenir.
Ëdouard 1" avait rendu Thommage
qu'en sa qualité de vassal de la couroaue
de France , il devait à Philippe ; tout sem*
blait assurer à ce jeune monarque la paix
au dedaus et au deViors : des ministres, ha?-
biles et dévoués, l'aidaieut à gouverner^ des
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DE 3PHILIPP£-LE-BEL* iij
savâns distingués^ des auteurs estimables
pronettaientàson règne la gloire des suc-
ces littéraires ; les classiques grecs et latins
, étaient connus et recherchés -yïU niversité
de Paris avait le droit ou le soin de taxer
le prix d«s copies des livrer ^ et il est pet«
mis de croire que , même avant la prise
de CoiisLaiitiiiople, événement auquel ou
affecte d'attribuer la renaissance des lettres
en Occident, la France les aurait cultivées
avec distinction y si les malheurs des rë-
gnes suivans n'avaient arrêté le progrès
des lumières.
Tont«à-coup une rixe entre deux mate*
k>ts, l'un Anglais^Taulre Normand , occa-
sionne des voies de fait j elles sont suivies
de représailles violentes qui amènent une
guerre de nation à nation*
Philippe ne vit ou fit semblant de ne voir
dans les hostilités du roi d'Angleterre que
la félonie d'un vassal : au lieu de déclarer la
guerre à Edouard comme monarque étran«
ger ) il le cita comme feudataire rebelle j
j^iocédure qui aujourd'hui paiait j^eut-*
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\
iv DE PHILIPPE-LE-ÇEIi.
être bizarre , mais qui alors servait d'heu«
icux prétexte aux projets de la politique.
A cette époque ^ Boniface Viil fut élevé
à la papauté. La cour de Rome était loin
d'avoir renoncé au système de suprématie
que les croisades avaient tant favorisé^ en
réunissant les rois ^ les princes et les grands
de la chrétien té 9 sous l'autorité du pontife
suprême et sous la bannière de la croix. .
Philippe avait accueilli à sa cour les en-
nemis personnels de Boniface, qui , portau t
jusqu'à l'extravagance les prétentions ul-
tramontaines ^ devait iuévltablement se
heurter contre la fermeté d'un monarque
jaloux des dioits et de l'indépendance de
sa couronne. Des débats s'élevèrent entre
eux 9 et le pape publia cette fameuse bulle
qui défendait au clergé de payer aucun
subside aux puissances laïques , sans une
expresse permission de la cour de Rome.
Il y avait plus de présomption que d a-
dresse dans la conduite du pontife romain.
Défendre au clergé de contribuer aux
suLsides c^i^és. par les besoins des Ëtals^
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• DE PmLIPPE-LE-BEL. ^
c'était évidemment déplaire à tous le$
rois, et snrtoat aux grands et aux peuples^
puisque Texemptioa n'était accordée qu'à
leur préjudice*
Philippe profita babilement de cette
faute > pour mêler à ses propres intérêts
l'intérêt des grands et du peuple^ et faire de
sa cause là cause de tous les autres princes.
' La cour de Rome retirait de la France
des sommes considérables : le roi dcfeadit
l'exportation de l'or ^ de l'argent , des
marchandises. Par ce moyen indirect , il
priva le pape d'une partie de ses revenus.
Cependant les cours de France et de
Rome parurent se rapprocher^
Le pape avait interposé son autorité
pour rétablir la paix entre la France et
l'Angleterre. Philippe^ qui devait à l'esprit
de son siècle de ne pas refuser cette haute
médiation , trouva un moyen heureux : ce
fut de remettre la décision de l affaire,
non au pape y mais à Thomme privé ^ Be*
hoit Gaétan 9 qui accepta la fonction d'ar-
bitre eu celle seule qualité.
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vi DE PHILIPPE -LE -BEL.
r
Là sentence de Benoît Gaétan proposa
les mariages de la sœur et de la fille àé
Philippe avec le roi d'Angleterre et son
lils aîné, fixa les dots, et ordonna que
les deux rois se restitueraient réciproque*
ment ce qu'ils avaient pris l'un sur l'autre^
depuis la guerre.
Philippe avait seul gagné dans cette
guerre ^ il possédait les terres conquises
Sûr Ëdduard : ainsi , sous cette feinte mo-
dération, Boniface prononçait, contre Phi-
lippe, la sentence la plus sévère.
Philippe n'acquiesça point.
Bientôt il fut en rupture ouverte avec
la cour de Rome. Boniface déclara que les
irois lut devaient être soumis , même dans
le temporel.
Le roi , offensé , mit dans sa réponse un
ton de hauteur et de mépris qui n était
convenable ni à la justice de sa cause, ni
à la dignité de son rang
(l) La xépouse du roi fut conçue eu ces termes :
« PHIUrra, PAK U GRACB DE DiEU» KOl Ptt
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DE I>HILIPPS-];£-.B^. Tîi
• • • . .T
Il défendit plus noblement Tindépen-
(iance de la couronne contre les usurpa-;
lions de la tiare , lorsqu'il réfuta les pré-r
tentions de Boniface , en lui opposant le .
fait incontestable q^ue « les rois exerçaient
u leur pouvoir en France > et y donnaient
ic des lois y avant qu'il y eût un clergé ( i ). >^
Le souverain pontife, persistant dans
ses menaces et dans ses entreprises^ le roi
déploya i^ne habileté et une hardiesse in-f
connues jusqu'alors , dans les cours de la
chrétienté.
Au milieu d'une illustre et nombreuse*
t
« Français , a Boniface y prétendu souverahi
« PONTIFE ; PEU OU POINT DE SALUT.
ii QU£ VOTRE SUPRÊME DÉMENCE SACHE QUB^
M DANS LB TEMPOREL, NOUS NE SOMMES SOUMIS A
' • ■ • » / .
« PERSONNE. »
PhilippuSy Dei gracia^ Francoram rex , Boniiacio ^ se
ferenti pro sammo ponlifice^ salutem modicam , 9en
nnllam.
Sciât znaxima iua fatuitas^ in temporalibus^ alicui
nos non «ubesse.
, '{%) ÂiUequam ess^nt Clepîciy rex Ffaaciae habebat
dulodiam regai et poterat staïuta &ceis»« . >
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viij . DE PHILIPPE -LE -BEL.
assemblée, il fit Li ùler une bulle du pape j
cet acte d'autorité fut annoncé dans Paris
à son de trompe , et peu de temps après ^
eu présence de tous les grands du royaume,
il prononça Texhérédation du trône contre
ses propres fils, s'ils reconnaissaient jamais
que la muronnëde Francç relève d'homme
vivant et d'autre que de Dieu.
Le pape se montra fort scandalisé de
Taffront fait à sa bulle. « Quoi ! s'écria-
k t-il y mes bulles ont été brûlées en prê-
te sence du roi lui-même et des grands ^
« ce que n'ont jamais fait hérétiques j
u païens ou tyrans ! n
Il convoqua à Rome les prélats et les
ecclésiasticjues de France^ pour aviser à la
conservation des libertés de l'Eglise^ à la
correction des excès du roi , à la réibrma*
tion de son administration et au bon gou-
vernement de son royaume (i ).
(i) CoDsenrationeni «cclesiasticae'lîbertalis, et re-«
fermalionem regni et regiâ, correctionem pr<et€ritoruia
excesftinini^ hmvm f^;iineii r^gnii
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BÊ MLIPPE-LE-BEL. ix
: De son coté , Philippe prit ses mesures.
Bientôt Paris reçut dan^ ses murs une
Assemblée de la nafioa j oiî, pour la pre»
«xnière fois ^parurent les députés des com*«
ffiunes.
- 11 ae (ut pas difficile d'obtenir des Fran-
çais , réunis devant le roi ^ une adhésion à
sa juste vésistance contre le pape. '
Doutera-^-on de la nécessité des me-
sures que le roi avait prises, quand on
saura que, malgré ta décision des Etats,
malgré les ordres du roi et la surveillance
de ses officiers, trente-cinq évêques, quatre
archevêques et six abbés se rendirent à la
convocation du pape?
Le roi ordonna sur-le-champ la saisie
^e leur temporeU Cette démarche hardie
est d autant plus. remarquable, que Phi-
lippe était alors dans tous les embarras de
la guerre.
Bailleul, roi d'Ecosse, allié de Philippe,
avait pris les armes contre l'Angleterre.
Guy, comte de f landrci allié d'Edouard,
s\jtait à son tour déclaré contre la France.
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» DE PHILIPPE ^LE- BEL.
> Philippe , accâ^lant aussitôt son vassal
rebelle , eut Part de se créer un parti pat-
jmi lea Flamands : il affecta de flat^r lea
iX)mmunes ; il annonça ^u il protégerait
leurs privilèges contre le comte , et ne dér
idaigna pas la ressource d'une excommu*
jnicatipn, quil fit fulminer par l'ai che-
yéque de Reims et réviâque de Senlisf la
JFlandre fut mise en interdit
Ainsi , tandis qu'il bravait avec succès
les entreprises de la cour de Ronie , il em-
pruntait les foudres de la religion contre
jceux qui résistaient aux projets de sa por
litique.
Ce trait caractérise Philippe jet soci
siècle (i).
Le comte de Valois ^ qui commandait,
J'armée du roi^ fut vainqueur en Flandre y
( I ) Autre trait égalemeat caractêrîstîqiie : PhilîppQ-
le-Bei soUidu et obtint de Clément V une bulle par
laquelle il fut absous d'avoir enlevé les biens de l'Eglise,
sous le prétexte des besoins de TËUt j la mèaie bulle
jdispensa le monaf^ue de rendre ce qu'il avait pria
aux Juifs (i5o5j.
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PE PHILIPPE-LE-BEL.- xj
Guy y ses deux fils et quarante seigaeurs
se livrèrent au prince français, en stipu-
lant la condition que si, dans un an , oa
ne convenait pas la paix^ ils recouvre^
raient la liberté.
U n'est pas permis de taire que Philippe
s'aveugla , ou feignit de s'aveugler sur ses
droits. Il désaTOue le traite consenti par
son frère le comte de Valois; il retient pri-?
meuniers Guy, ses ûls et les seigneurs fla-
mands 9 prend possession de la Flandre e(
la réunit à la couronne*
Philippe fait, avec la reine sou épouse ,
un voyage en Flandre, s'applique à gagner
l'affection de ses nouveaux sujets^ et y
réussit d'abord par ses manières populai*
res et par raholition de quelques impots.
Mais bientôt il reprend le caractère de
sa politique: des citadelles sont bâties pour
contenir les Flamands } les impôts sont
rétablis.
Le pape, irrité de ce que la plupart des
prélats et ecclésiastiques fraaçais ne s e^
taient pas rendus à Rome^ menaça de la
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xi) DE PHILiPPE-LE-BEL.
perte de leurs dignités ^ tous ceux qui n'o-
béiraient pas à la convocation»
Il prétendit qae Dieu avait mis dans
àes mains deux glaiyes, Tun spirituel et ^
Tautre temporel; mais Philippe ne crai-
gnait ni l'un ni Tautre.
Le nttonarque assembla les Etats-Gé-
ûéraux , qui demandèrent la convocation
d^un concile ^ et déclarèrent appel à ce
concile contre Bouiface, pour Vy faire dé-
poser^ à caose de ses excès et de Tinvali*
dite de son élection.
' Aussitôt le roi s'adresse aux églises ,
couvons et communes du royaume afin
d'obtenir leur adhésion à cette démarche
extraordinaire : des commissaires parcou-*
rent la France ^ et dans peu de temps s'é-*
lèye y en faveur du trône , Thommage de
. Topinion publique.
11 faut le dire:; ce fut à ce soin habile
d'associer le clergé, les grands et le peu-^
pic à sa résistance contre le pape, que
Philippe dut la soumission apparente des
esprits et la tranquillité réelle du roy auuia
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J
DE PHILIPPE-LE-BEL, xuî
. L'abbé de Citeaux expiait dans les pri-
sons du Ghâtelet son refus d'adhérer à ces
détibératioas i il recouvra la liberté et
se démit de son abbaye, (i) ,
Le clergé de Paris ayait donné i'exem-
pie de la soumission. U9 sieul pi^étre, Mar^
tin Rippa , chauoine de Notre-Dame et
régent de la Faculté de Théolc^ie, aviait
fait des protestations contraires j bientôt
il les désavoua en plein chapitre , et douna^
comme les autres ^ son vœu d'adhésion; ,
A Montpellier, les Frères-Prêcheurs de-
mandèrent dû temps pour consulter leur
prieur-général , qui était à Paris. On leur
intima soudain, au nom du roi,uu ordre
de sortir, dans trois jours, de leur couvent
0t de la France ; ils n'hésitèrent plus.
(i) J. abbace cisteroensi détente et aliis.... alîquo
tempore inCastelleto servatis, dUaitBoNiFACM dans
M bulle Sufer Petii soliùm *
Joannes de Pontisara m conventu Parisiensi aA^
versus BoiiiiH( iuiii papaai solus restit t su» ecclesiae
et aUarum per orhem regimen dimbû. GiUtia Chrût
iiana*
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xif DE PHILIPPE -LÏ-BELi
Ce prieur- général des !Frèrea-Pl:é«
cheurs écrivait de Paris à tous les coU'*
^ens de son Ordre , et les invitait à ne pad
refuser leur adhésion, craignant sage*
MENT, disait-il, d'encoueir l'indigna-
tion DE NOTRE SEIGNEUR- ROI (l). On
peut présumer que les autres chefs d'Or«
dre avaient écrit de la même manière.
A toutes ces mesures le roi ajouta la
défense de sortir du royaume , sous peine
de mort et de confiscation des biens , et il
déclara qu'il punirait, comme trahison
d'état , la fraude ou même la négligence
de ses officiers.
Dès les mois d'août et de septembre
i3o3 , le roi avait obtenu des corps ec-*
clésias tiques et des communes plus de
sept cents actes d'adhésion.
Telle était, cependant, l'espèce de ter-
reur superstitieuse qui pesait sur les es^
*
(i) UtetTOSyapertocomiderationisocttloySÎciigalis
ne îndîgnatiaiicm domini nostri regisrincurme, vdiab
aiiquo aiio possiti& meritd repf «h^ndi.
*
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DÉ PHHJPPE - LE - BEL. xf
prits, que le roi crut uécessaire de pro-
mettre solennellemeDt y ainsi qué son
épouse et ses fils ^ de ne jamais abandon'*
ner ceux qui adhéraient à la résistance
que la France opposait à la cour de
Rome.
Boniface , toujours plus irrité , lance
enfin contre le roi me bulle d*excommn«*
nicatioa^ défend à tout ecclésiastique de
célébrer les saints mystères devant lui, et
; mande à Rome son confesseur, auquel il.
reprochait d être trop indulgent (i).
A celte démarche violeate,qui outrageait
également les lois de la religion et celles
deTEtat^le roi n'opposa d'abordque des
(j) On sera peut-être surpris aujourd'hui que k
pupe ait mandé k Borne ce confêaseor; mais les son^
Yerains pontifes ont exercé lon^-temps une )nrMlic«*
tiou particulière 9 une autorité directe sur les coules-
seurs des rois et des reines. Voici y entre autres y 1^
lettre que dément V écrivait à Frédéric , rot de Sidle :
a Nous vous permettons de ikire choÎK d'un confes-
« seur apte et discret y qui y toutes les fois que la cir-
« constance Pexîgera y entende la confession de voa
(( péchés I vous en accorde rabsoluûou y eu vous impo*
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xvj IME PHILIPPEtLE-BEL.
mesures de police. Il voulut empêcher
balle de parvenir au légat qui était dans
sa com\ il ordonna et on établit la sur--
yeillance la plus sévère daai tous les ports,
passages et routes ; les voyageurs étaient
' arrêtés, fouillas » interrogés } ou envoyait
au roi les dépêclies suspectes [i] : la bulle
<( sant une pénitence salutaire y à moins que vos péchés
« n'exigent que le Sainl-Siége 3oii consulté,
Charissimo in Christo filio Frederico , i egi Trinacriœ
iUustri.
Indulgemns ut aliquem idoAeum et discretum pret^
Bytcnim in tuum possîs confessorem eligere, qui quo-
tiens oportunum fuerit confessionem tuam audiat et ^
pro ooinmîssis, debitam tibi absolutionem impendat,
ae in jungat pœnitentiam salutarem , KiBl TALIA FtJB-
KINT FROFTER QUJB â£D£S APOSTOLICA SIT MERITO
C0NSVL8MOA. jivemani^ toLjunU aninoy.—Arch.
êecrêtea du Fatican. — Ragesirum UUerurum com^
munium anni F Clementia papœ F ^ iili, 6i0«
(l) Intellexit rexsenteutiam ejus Diudi latam iuîsse
contra se Rom^^ quâe né in Franciam ad legatum Jo-
hannem transferretur ; jussit omnes vîas , portus^ adi-
tusque custodire diligeuter, et quoscumque, peregrè
accedentes, intem>gari| undè, et què^ Utteriisque> si
^uas rei testes difierrent ^ ad se mittî... . •
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DE PHILIPPE -LE -BEIi. xvij
iul. ia ter cep tée. Ceux qui Tapportaleat au
légat furent mis en prison ( i ) ^ et des
prêtres , auxquels ils en avaient laissé
preudre des copies, furent punis de leur
imprudente curiosité. .
' Knfin, ce ponlile allier qui avait osé
éciiie au rui ; a Nos prédécesseurs ont
« déposé trois rois de France (2) ; les Frdn-
(1) Nuper Nîcolaum de Benefracta Capellaaum car-
dioalis dicti , Dosirasadeum portsCDtem liueras , qaibiu
legem excommunicaium y per etindiein cardinalem ^
mandavimus publiiè minciaii, c«îpi fecit et repetitunx
a cardinaii eodem noiuit relaxare^ etc. BuUe ^UFJSR
PSTRISOLIO*'
(2) Aucun autre niopunicnt liisLoiique ne parle de
. cette prétendue déposition de trois rois de Fiance. La
ikUe Blême de la déposition de ChUdértepairZachartey
n'a été inventée que long-temps apii;^ la inoi i de Chil-
dérîc } si les papes avaient exercé une telle autorité sur
nos rois, est -il vraisemblable que, postérieurement ^
les prélats de FEglise gallicauc eiisoent répondu à Gré"
goire IV, qui, venant en France en b53, pour favoriser
Ym des fils de Louîs-le*-Débonnaire, menaçait d'ex-
comniuuication : « Si vous venez pour excommunier,
({ vous retournerez excommunié. Sx excomkunica-
« TUaUS VBNIS , EXCOUHUNICATUS ABIBIS.9)
, ' f^it, LucL piL
h
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xviij DE PHILIPPE -LE -BEL. .
K çâis ea oni^^es pieuvesdans leuis cbro*-
« niques^ et nous dans les nôtres; et si
« yous ne vous aaieodez^ je vous déposé-
es raicomme un petit garçon ^sicux unumi
If GARCiôNRM 9 n Boniface poussa l'arra*^
gauce et le délire jusqu'à disposer de la
couronne de France en fav>eur d'Albert
d'Autriche.
Philippe, justement indigné contre le
pontife, le traita militairement, comme
prince tempodrel, qui déclarait la guerre.
Voulant le faire déposer dans un con-
cile, il résolut de s'emparer de sa per-
sonne. Bonilàçe résidait alors dans la ville
d'Agn^^.nie; quelques Français, conduits
par Guillaume de Nogaret , s'y rendi-
1 eut secrètement, surprirent le pontife et
Iq firent prisonnier. .
pape, délivré par les habitans, mou*<
rut peu de jours après, au moment oii il
ordonnait, pour sa vengeance, la convo-
cation d'un concile général.
Le nouveau pontife, Benoît XI, eut assez
de politique et de religion pour révoquer
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DE PHILIPFE-LË-BEL. adx
•
les censures et l'exeommitaicatioii lau**^
çées par Boaiface WlkL *
Dans la bulle qui lève rexcommuhica<«
tioQ y le pape déclare qae Philippe n'a pas
sollicité d être absous^ et cependant le roi
avait fait à ses ambassadeurs une procu-*
ratien expresse pour recevoir cette abso-^
lulion.
Si Philippe la désira, ce fut sans doute
pour montrer à la France et à l'Ëurope
que les censures de Bouiiace avaient été
lancées injustement; et, en même temps, il
eut assez d-adresse et d autorité pour obte-
nir que non seulement le pape ne fît pas
mention de la demande, mais même qu'il
déclarât qu'elle nWait pas été faite.
Le siège de Rome devint encore vacant.
Philippe-le-Bel fut le premier roi de
Frauce qui sentit l'importance et même
la jiéccassité d'appliquer sa politique aux
opérations du conclave } il pr<^ta habile-»
ment de la disposition des électeurs, et le
candidat qu'il protégeait , Clément fut
élu.
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xk DE PHILIPPE-LE'BEL.
- Doit on accorder une entière croyance
au récit d'un historien étranger qui a
doiiné le détail des conditions secrètes
qu iia^>osa Philippe à Tarchevèque de
Bordeaux^ avant de placer sur sa tête lai
couronne pontificale ?
S'il était poi mis de hasarder des con-
jectures à cet égard, je dirais qu'il est
vraisenibiable que Philippe exigea une
seule condition, qui renfermait toutes les
autres, la résidence du pape ealixancej
et ce ne lut pas le moindre succès de la
haute politique du roi. .
Heureux si )a sagesse de son adminis-
tration l'avait préservé de la nécessité ,
également fatale aUx princes et aux peu-
ples, d'employer souvent des moyens
désastreux pour se procurer des ressour-
ces pécuniaires !
Depuis le commencement de la mo-
narchie jusqu'à ce jour, Pliilippe-le-Bel
est Tuu des princes qui ont joui des re-
venus les plus considérahles. Cependant
il fut souyeut rëduit aû malheur d'altérer
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DE PinLIPPE-LE-BEL. xxy
les monnaies j et ce fut peut-ctve pour y
avoir toaché imprudemment une pre-
mière fois, qu'il se trouva dans la néces-
site de les altérer encore.
La voix publique le ûétrit du surnom
de FAUX MONNAYEUR, et la postérité n'a
pas encore révoqué cet arrêt; cependant
le devoir de Thistorien commande d'exa-
miner si cet arrêt fut juste.
Du temps de Philippe -le -Bel, la
taille^ soit réelle , soit personnelle , n était
pas d'un produit considérable, et même
elle n'était exigible que dans certaines
circonstances.
Le monarque avait, pour revenus or-
dinaires ^ les impôts sur les marchandi-
ses , les droits de péage , d'entrée , et quel-
ques autres , le produit des biens de la
couronne ^ et surtout les proiits sur la fa-
brication des monnaies qui avaient cours
à la fois dans ses propres domaines et
dans ceux des barons et grands vassaux ,
tandis que leurs monnaies n'avaient cours
que dans leurs terres»
DE PHILIPPE-LE-BEL.
Le droit de battre des monaaies d'or
appartenait exclusivement au roi. '
Comme le commerce n^avait pas en-
core étabii de fréquentes et d'importantes
relations entre les sujets des divers états ^
il n'était pas aussi nécessaire qci'à présent
de régler une juste proportion , entre la
Taleur réelle des monaaies de chaque
pays et leur valeur nominale. Aiissi les
rois regardaient-ils raltéralion des mon-
naies, comme nn droit de la douro'nne ,
comme un impôt légal , et les sujets ne
se récriaient que contre Textrême abus.
Philippe , donnant cours à sa monnaie
affaiblie^ s'obligea d'indemniser ceux qui
l'auraient reçue, {i)
w
(i) Mo6 pro ingnientibns inconvenientîbus nostrU
. et regni nostii oi*gotiis , tem'pôribus his monetam cdâi
seu fabiicari disponentes, ia quà fors alrqUcintulum
deerit de pondère^ allayo^.»*.. proxniuiinas qu^d om-
nibus qui moneUm bajusmodî....» récipient ^ m iuto-*
rnin id qiiod de îpsîus valore, ralîone mînoris pondcris,
ailey, sive legis deerit, io întegmin de nostro suplebi-
mus. Ord. de PhUippe-U^el.
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DE PHILIPPE-tE-BEL. xxiij
En i3o5 et t3o6, trois deniers de la
nouvelle mpauaie n'en valaient qu'un de
Tancienne*
Les prélats du royaume , assemblés ,
avaient offert au roi le dixième du rer
venu annuel de leurs bénéfices ^ à la coa-
dition que ni lui ni ses successeurs » n'af«
faibliraient plus la monnaie^ sans une
nécessité indispensable^ préalablement
reconnue.
Philippe n/avait point accepté cette
proposition ; mais Voffre et le refus prou-
vent évidemment que , de part et d autre»
on reconnaissait en principe que le roi
n'était pas soumis à un taux fixe et réglé
pour la valeur réelle des monnaies qu'il
mettait en circulation. • .
Charles VI » dans une de ses ordon-
naqces , déclare qu'il est obligé d aliaiblir
5es monnaies pour résister, dit-il, à nostre
adversaire d' Angleterre^. novs k'a-
VONS AUCUN AUTRE REYëKU DE NOSTRE
BOMAIKE NE AITTREMEUT DE QUOT VOVS
PUISSIONS NOUS AIDEa.
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xxir DE PHIUPPE-LE^BEL.
Sons le règne de son fils y Taffaiblisse^
ment des monnaies fut tel , que pour les
droits de seigneurlage et de fabrication ,
on retenait les trois-quarts du marc d'ar-
gent.
Enfin, le peuple demanda à Charles VU
et obtint comme une grâce ^ qu en rem-
placement du droit de faire des change*
mens aux monnaies , les tailles et les aides
deviendraient ua impôt perpétuel.
Quand le peuple se plaigqait de Talté-
raiîon des monnaies , il demandait , pour
corriger l'abus ^ la monnaie du temps de
Jkf, St-Louis.
Philippe-le-Bel prétendait contre ses
grands vassaux , qu abaisser £t AMEjifui-*
SEU LA JVlOINNAlE EST PRIYIX-EGE SPECIAL
AU KOI, DE SON DROIT ROYAL ^ SI QX7E A
LUI APPAKTI£^'X^ ET NON A AUTK£S^ ET
ENCORE EN UN SEUL CAS, C*EST- A- DIRE,
iks-NKC£SSlT£S» .
Malheùreusenient pour la France et
pour Philippe lui-même, il se trouva
dans la continuelle nécessité d'exercer ce
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DE PHILIPPE-LE-BEL. m
droit funeste j rindignllé Je la ressource
sert même à prouver * l'extrême besoia
du moment. Il n'y a pas d'exemple que
des moyens si désastreux n'aient tourné
contre les gouvernemens qui avaient eu
Tavide imprudence d'y recourir.
* Cependant on ne peut pas accuser Phi-
lippe d'avoir trompé ses sujets j il a usé
en maître absolu , ou , pour mieux dire ,
abuse du droit d'altérer les monnaies ,
mais il a mis le peuple dans la conii-
dence, en prouieUaiU une indemnité:
peut-être sans ces fatales ressources (i),
Philippe -le -Bel n'aurait pu soutenir la
guerre contre les Flamands qui, s'étant
révoltés , et ayant renouvelé à .Gand
envers les Français , l'affreuse tragédie
des vêpres siciliennes ^ avaient gagné en-
f
( I ) Notum facimus qiiod oblatam iiobis liberalita-
tem..,.. pro &UBftlI>IO NOSTRiË GU£Ilil^> FLANDRliE
msTAKTls quod monetas noBlras ad sutuoi in quo
erant lempore Leail Ludovîci proavi nostrî. ...... infia
annum reduci faciemus, non mutaadaB amplius^ m&i
nrgenle nêomiuite» l mai i5oi*
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Xxvj DE PHILIPPE -LE-BEL.
suite la bataille de Gourirai, première
bataille coDsidérable^oii.ua roi de France
n'eût pas coii^battu à la tête de son ar-
tinée«
Philippe, consentit à faire la paix avec
rAngletei i e , quoiqu'elle se trouvât dans
une position devenue critique par les en*-
Ueprise^ de i'ËiCQ^se^ * .
, Le mariage d'Isabelle^ fille de Plii-
lippe 9 avec le fils aine. d'Edouard , fut
le gage de la paix; la restitution de la
Guyenne fut la dot d'Isabelle.
. Pour cimenter cette p^ix y les deux
princes s'immolèrent réciproquement des
yictimes : Philippe abandonna l'Ëcosse à
la vengeance d'Ëdouard^ et Edouard li-
vra la Flandre à celle de Philippe,
La guerre contre les Flamands recom*
mença. Après leurs précédens succès^ le
roi avait envoyé vers eux leur comte,
Guy y âgé de quatre-*vingts ans , pour les
epgager à accepter les conditions que la
cour de France leur offrait ; mais n'ayant
pas réussi ^ ce vieillard malheureu;^ , qu^
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DE PHILIPPE-LE-BEL. xxni
Philippe avait retenu si injustement cap-
tif y retourna dans sa prison à Gompiè^
gne j il en avait donné sa parolô*
La bataille de Mons-en^Paelle , oii le
roi commandait en personne ^ vengea la
France du mallieur et de la houle de la
bataille de Gourtrài.
Cependant l'épuisement du trésor pu-
blic était si grand, que le roi fut réduit
à faire aux monnaies de nouvelles al-
iératioQS^ aussi injustes (£ue les précè-
de ti tes.
• Il j eut une émeute à Paris; la foule
essléga le roi dans le palais du Temple, oU
jl^'était réfugié. Le roi , délivré avec peine
de ce danger, sévit contredes principaux
coupables ; mais les exécutions terribles
ne donnèrent point aux monnaies une va«
leur réelle qu'elles n'avaient pas.
Si raUératloa des monnaies causait des
séditions à Paris , l'établissement de divers
impots en causait dans les piovinces j et
Philippe, malgré sa fierté royale, révoqua
uae imposition de dix deniers pour livret,
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xxTiij DE PHILIPPE -LE -BEL.
qui avait excité un soulèvement géuëral
en Normandie.
J'attribuerai aux circonstances diiïiciles
dans Jescpîelles le roi se trouva si sou-
vent, cette mesure aussi extraordinaire
que violeate, d'arrêter, dans la France
entière , en un même jour, tous les Juifs ,
pour bannir leurs;personnes et s'emparer
de leurs biens. . .
En dénonçant Tinjustice de cette me-
sure , peut-on toutefois. ne pas remarquer
avecquelle hardiesse Philippe-le-Bel créait
et employait les moyens d'assurer à son
adminisLi aiiua , cette vigueur et cette ra-
pidité d'exécution , qui trioai plient pres-
que toujours des plus grands obstacles ? *
La persécution contre les Juifs était de-
puis long-teinps une espëcë d'impôt en
faveur des rois (i).
(i) Ett Au§ieterre^ le père de Henri III les awt
croellement persécutés^ en^^ autres vexations, H avait
dànandédîx mille marcs d'ar-ent à un juif de Bristol,
et ordonné de lui arracher cUai^ue jour une dent, jus-
qu'à ce qu'il eût acquitté sa taxe : barbarie d'autant
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DE PHILIPPË-LE-BËL. xxix
♦
Philippe *le-Bel se montra vraiment
digne de son trône par deux actes de son
administiallou qui auraient suffi pour lui
marquer une place honorable dans notre
Il protégea , il faTorisa raffranchisse-
ment deS' communes, et appela leurs dé**
pûtes à ces grandes assemblées pii la na-
tion n'était auparavant représentée qUé
par les prélats et par les grands ( i )•
Edouard , pressé par le besoin des sub-
side)»', avait déjà «idmis au 'Parlement les
députés des communes d'Angleterre j il
plu3 atroœ qu'elle était ridicule i Le malheureux, ne
paya qu'après en avoir perdu sept*
Henri III et Edouard lui-même avaient dépouillé el; ,
banni les Juifs.
( I ) L'admission des députés des communes k des
assemblées provinciales est constatée par des monu-
mensaniérîeiirs.
L'ordonnance rendue par Louis IX pour la séné-
chaussée de Beaucaire porte : •
« Côngreget senescaQus concilîam non snspectumin
« iquo sînt aliqui de prelaiis, baionibus, miiitibus, et
m UOIIINIBU6 BONA&UM tXULA&UM, »
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XXX DE PHILIPPE-tE-BEL.
avait reconnu alors et proclamé ce pria-*
cipe : C'est la règle la plui^ équitable ^
i< que ce qui intéresse tous soit approuvé
u de tous 9 et que le danger commun soit
u repoussé par des eiïorts réunis**»
De méuje , quand Philippe - le -Bel
convoqua les députés des coimmunès de
France, il n'y fut déterminé que par rin<-
térét de sa politique et par les besoins du
trésor royal* Toutefois ce respect public
pour les dioits de la nation mérite notre
recounaissance, surtout envers un prince?
qui était sî ardent à maintenir les droits
du trône. Peut-être cet art de s'environ-
ner des députés de ses peuples était-il le
moyen le plus heureux de relever encore
sa propre dignité : il honorait le trône eu
honorant ses sujets. *
Philippe fut heureux: en ^ministres. 11
avait eu la sagesse de les choisir habiles
et sélés ; il eut la sagesse plus rare de n'en
pas changer. Enguerrand de Marigny ob-
tint le titre de premier ministre et même
de coadjuteur. Cette Ibngue confiance des>
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' m PHIUPPE-UE-BEL. xxxy
rois es.pliqae quelquefois leur caract^e.'
Elle e^i pr^que toujours le sigue de sou
extrême faiblesse ou de sou extrême
force.
Tels sout les principaux traits du règne;
et de la vie de Philippe-le-Bel. Je ne me
suis attaclié qu'à ceuit qtti peignent, plus-
particulièrement^ la politique et le carac-
tère du prince' qui proscrivit' l'Ordre et'
les Chevaliers du Temple. *
Ce prince eut de graades qualités j mais
il vi^.eti fit pas toujours et peut*- être ne
lai fttt'il pas possible d'eu faire souvent ua
noble usage.
Supposons que , trouvant dans la pré-
voyance des règnes précédens> dans le
dévouement de ses peuples, dans réta-
blissement d'un sage système de tinances^
le$t ressources qui lui manquèrent sans
cesse , il n'eût pas été réduit à des expé-
dions d'autant plus condamnables^ qu'ils
furent presque toujours des fautes d'ad-
ministration : la réforme de la justice ^
l'indépendance du troae . envers JLa cour
xxxij DE PHILIPPE-LE-BEtii
de Rome, l'autorité royale affermie contre
les grands vassaux , l'admissioa des dé-
putés des communes aux Etals -Géné-
raux, le perfectionnement de la politique,
i:artde maîtriser Topinion auraient mé-
rité à ce monarque les justes hommages
de son peuple et ceux de la postérité.
Au contraire, le manque de fonds, la
nécessité indispensable de s'en procu-
rer, rignorance.de Fart moderne qui sait
créer des ressources, rentraîucrcnt à de
grande^ injustices ; alors cette haute po-
litique qui, dans djes temps peureux , ap-
pliquée sagement et volontairement , n'au-
rait servi qu'à de nobles . entreprises ,
devint souvent injuste, quelquefois fu-
neste, et presque toujours condamnable.
. L arrestation du comte Guy de Flandre
fut la cause de longues guerres et de longs
malheurs, • '
Pour assurer la paix avec le roi d'An-
gleterre , Philippe souscrivit des condi-
tions auxquelles il eût été coupable de
consentir, si la pémirie des.linauces et la
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DE PHILB?PE-LÈ-BËli. Xxxuy
guerre de Flandre ne lui eussent imposé
la nécessité de s'apaUvrir encore : il aban-
donna 9 pour la dot de sa fille , cette même
province de Guienne qui , démembrée du
jroyautne de France par la répadiàtioa
d'Ëléonore , avait coûté tant de sang à
reconquérir j en sorte que Von peut dire
que le mariage dlsabelle, fille de Phi-
lippe-le-Bel , recommença le malheur
politique du divorce d'Ëléonore d^Aqui-
taine.
Plusieurs des ordonnances que publia
Philippe-le-Bel révèlent encore les torts
ou les erreurs de son administration.
La variation du taux des monnaies mit
le monarque dans la nécessité déplorable
de statuer souvent âur leâ modes de paie-*
ment des obligations^ fermages^ loyers ^
salaires ^ etc»
Manquant de matières pour battre de
nouvelles espèces et faire des prolits sur
cette fabrication , il ordonna plusieurs fois
que ses sujets livrassent leur vaisselle.
Le discrédit des monnaies ayant fait
XKJÛv OtE PHILIPPË-Lfi^BËL.
resserrer . et renchérir , les denrées , le roi
fut réduit à permettre les perquisiiticms et
les l ë^uisitioas des grains j pour dernier
mallienry il en fixa le prix» le souniit à
un mAxiBCUM (i) , prononça la confisca-
tioa des grains cachés et encouragea èt
récompensa les dénonciateurs » en leur
promeltaut une portion des objete confîsr-
qués*
Enfin , il se trouva dans la malheureuse
circouslance ou il crut nécessaire de pror
clamer une défense de staasemliler dans
Paris» de jour ou de nuit» en puhlic o^
en secret y au nombre de plus de cinq
personnes » de quelque rang et condition
qu elles fussent» sous peine d'arrestation {
et il prononça la même peine contre ceux
qui » ayant connaissance de telles réu-«
nions» ne les déaouccraient pas (2).
(i) Le maxitnom da meiHeàr fioroent fut taxé à
4o 8. le setier.
Celui de . l'orge à. • • So
Celui de Favoine à . . 30 s.
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Sens ajaliciper sur ce qui concerne les
Templiers, jed<HS obeeryeirque Philippe ,
qui GoauaîjSMÎt %om lee^ moyens d'impo^ei:
àj'opinion, introduisit, Iprs de TarrcsUn
tion de ces GhevaUers , une nouveauté
dangereuse.
Le peuple de Paris fut convoqué dans
un lieu public, pour entendre, au nom
du roi , le motif d'une démarche que lui
suggérait sa politique. Il ne s'agissait pas
alors d'appeler les députés des communes
à une délibération légale, mais de séduire
l'opinion populaire , en rendant la mul-
titude confidente et pour ainsi dire juge
des actions du roi : c était la Hatter, c'était
la craindre, c'était surtout manquer à la
dignité du trône. j
teru aut status, in villa npstrà predictà ultrà qainque
insiinal per diem Tel noctem , palàm vel occulté^ con^
grcgationes aliquas suh quibu&cumc[ue forma, modo,
vel simulauoae«*..., et qai eos coDgregatos ultrà iiume-
mm predictum viderint et revelare pmterjmtterinl ,
capi facias. Ordonnance du 2j avril l3o5* '
xxxvj EK PHILIPPE-LE-BEL*
Cette mesure extraordinaire annonçait
les moyens violens qui amenèrent la des-
tructio& de l'Ordre et l'illustre malheux^
des Chevaliers.
MONUMEîvS
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MONtJMENS
HISTORIQUES,.
KKItATIM
A LA CONDAMNATION
CHEVALIERS DU TEMPLE,
A L'ABOLITION DE LEUR ORDRE.
Nhuf des cheyaliers français qui avaient suiyi
Godefi'Oi de Jîuuilloa à la conquête de la Pa*.
iestine, se consacrèrent à protéger^ contre les
attaque» el le brigandage des Musulmans^ les
pieux voyageurs qui^ de toutes parts^ accou*-
raient à Jérusalem.
L'exemple de ces Français excita le zèle de
beaucoup d'autres guerriers, qui se joignirent
à eux* Cette milice généreuse parut bientôt
ayec gloire dans les champs de bataille. Ainsi
se i'omia l'Ordre religieux et militaire des
GHByAi«iBRS DU Tvxpj^E, OU Tempoers^ qu'ou
appela aussi les SoiéDats nu (Juaist^ la AIilics
1
2 DES TEMPLIERS.
DU TEMPLE D£ SaLOMON^ LA MlLICE DE SALO-
MON, (l)
• Le Concile de Tro;yes approuva cet Ordre ,
en 1^28. Uae règle fut donnée aux Chevaliers :
on s'empressa d'accorder des encouragemens
et des recompenses à leur dévouement et à
leurs succès.
« ,Ils vivent , disait saint Bernard > sans
tt avoir rien en propre, pas même leur vo*
« lonté. Vêtus simplement et cou vcrU de pous-
« sière, ils ont le visage brûlé des ardeurs du
« soleil, le regard fier et sévère : à 1 api)roclie
« du combat, ils sarment de foi au dedans et
te de fer au dehors; leurs armes sont leur uni-
« que parure ; ils s'en servent avec courage
« dans les plus grands périls, sans craindre ni
ce le nombre, ni la force des Barbares ; tout«
( I } Saint Bernard adresse ses esliortatioiis ad Milites
Christi.
Leur sceau portait riuscriptioii ; Sigillum militum
Dans quelques monamu anglais, VOrdredaXciii|iit
est appelé : Militia Tïmili SAZ^MOins.
M.S.C. Bibliot. Cottoniajiœ et Bodlejatiœ.
Ils sont aussi nommés Fbatjies MiiaxiiS SaiiDMonis
in chart cum. ii^f^Df/cMcs, Gloss. nov.
Dans leurs anciens statuts on lit : tiEùUhk TAVtjtRVU.
CoiucxusioiïUM ^£Mri«i Salomokis. •
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" DES TEMPLIERS. S
« leur confiance est dans le Dieu des armées;
« et, en combattant pour sa caase^ ils cher-
«client une victoire certaine ou une mort
« sainte et honorable.
« O rheureux genre de TÎe, dans lequel on
«peut attendre la mort sans crainte , la dési*
« rer avec joie , et la recevoir avec assu-
« rance! (i)
Les statuts de TOrdre exilaient et inspiraient
les vertus chrétiennes et militaires.
Les principales dignités étaient celles de
grand-maitre^ qui avait rang de prmce dbiez
les rois.
De précepteurs ou grands-prieurs^
De visiteurs^
Et commandeurs, etc. ^
Lorsqu'il s'agissait de recevoir un nouveau
chevalier, le chapitre s'asseiuhlait : la céré-
monie avait lieu ordinairement pendant la nuit
et dans une église.
Le récipiendaire attendait au dehors. Le
chef, qui présidait le chapitre, députait, à trois
différentes reprises « deux frères qui deman-
daient au futur chevalier s'il voulait être adnds
dans la Milice du Temple -, d apre« sa réponse, il
( i) D. BsBNABSX exhortatio ad mUUes T^mpli.
i DES TËMPLIEHS.
était introduit. Il sollicitait tkois Ibis (i), à ge-
noux , le pain et l'eau , et la société de rOrdre«
Le chef du chapitre lui disait alors :
«Vous allez prendre de grands, engagemens;
« vous serez exposé à beaucoup de peines et
<c de dangers. Il faudra veiller^ quand vous tou«
( I ) On pourrait croire que le nombre trois était parmi
les Templiers un noiulire de pi cici ence.
On interrogeait trois fois le récipiendaire avant de
l'introdaire dans le chapitre.
n demandait par trois fois le pain et Feau, et la so-
ciété de 1 Ordre.
11 faisait trois vœux.
Les Gbevaliers observaient trois grands jeûnes.
Ds communiaient trois fois Pan.
L'aumôiic se faisait dans toutes les maisons de FOrdre
TROIS Ibis la semaine. ^
Cbacun des Chevaliers devait avoir trois chevaux.
On leur disait la messe trois fois la semaine.
Ils miingaient de la viande ixioib joui s de la semaine
seulement.
Dans les )Ours d'abstinence on pouvait leur servir trois
mets différenà.
Ils adoraient la croisa, solennellement a tkois épo<^ues
de Pannée.
Us } nraient de ne pas fuir en présence de trois ennemis.
On flagellait par trois foîÉ en plein chapitre ceux qui
avaient mérité cette correction, etc. etc. etc.
Je ne présenterais pas cette remarque, si je n'avais lieu
de présumer qu'elle avait été £iite avant les malheurs de
■
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DES TEH PLIERS. S
« driez donnir ; supporter la fatigue , quand
« vous voudriez vous reposer; souffrir la soif
« et la faim^ quand vous voudriez boire et
«« manger ; passer dans un pays , quand vous
<c voudriez rester dans un autre » •
Ensuite il lui faisait ces questions :
Etesrvous clievalier? (i)
f%i;i«JÊte»-vous - sain de corps?
H iN eiei- vous point marie, nu iiance?
« N'âppartenez-Tous pas déjà à ub autre
«^UiJre? ^ . ; ; ' - -
f^q.'^'M avez-TOus pas de dettes que ^irous ne
^<i>|>uii>siez acc^iiiller par vuu:>-meiiic uu par vus
fv-nmis »? • ) . . ■ >
^ Quand le récipiendaire avait répondu d une
Ha^ière satisiaisante^i ii prononçait les trois
vœux de pauvreté, chasteté, obéissaijïgb. lise
l'Ordre, cl que les accusa tours des Templiers regardaient
eux-mt'uxcs ce nombre comme consacré, pu^i^u'on leur
reprocha de renier Taoïs fois, de cracher pair trois fois
sur la croix.. XEE abuboasant, et bomlibuli crudbu-
TATE TER IN FACIEM SPUEBANT EJUS. OrCttl. dê Pkt^
lippe-le^Bel y du i4 septembre iSo/. Et li fait benier
PAR TROIS vois liB PRoruiTE et par trois fois cra-
eaiXR sur la croix. Instruci, de PlnqmâUmrGmUaumê
(i) On ne faisait point celte queslion aux récipien-
daires prêtres, ni à ceux qui devaient être skrya^is.
6 DBS TEUPIilERS.
C4;msacrait à la défense cie la Terre^-âamte^ et
recevait le manteau de l'Ordre ; les chevaliers
préseas lui doonaieot le baiser de Iraieriuié*
On lit dans Henriquez (i) la formule de leur
serment, trouvée dans les archives de i abbaye
d'Aloobaea :
«Je jure de consacrer mes discours, mes
<c forces et ma vie à défendre la erojance de
ce Tumie de Dieu et des mjstèrtô de la foi, etc.
«cJe promets d'être sonmis et obéissant au
<e grand-mai tre de TOrdre Toutes les fois
ft qu'il en sera besoin, je passerai les mers
« pour aller combattre; je dpnnerai secours
« contre les rois et princes infidèles, et, en
« présence de trois ennemis , je ne fuirai point,
m mais seul je les combattrai, si ce sont des
w Infidèles. »
Leur étendard était appelé le Bbaucsant. Oo
y lisait ces mots : Non nobis. Domine j non
nobiê , ëed nomini tua da ghriam.
C'était après avoir participé ou assisté aux
saints mjrstères, qu'ils marchaient à l'ennemi, *
'précédés de Fétendard sacré , et quelquefois
récitant des prières.
Leur sceau portait cette inscription i^igillum
miUtum Chrutif sceau des soldats du Christ*
(i) FrwUegia Ord, ckierceiuù, p, 479.
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DES TEMPLIERS. . j
• Des témoignages «uthentiqiM» soleaneb
ont consacré le dévouement et la gloire de cei
Chevaliers.
Fidèles à leur institution et à leurs sermens ,
ils respectaient les lois de la religion et de
Ihonneur. Des liistoriens leur ont reproché
un zèle trop ardent à augmenter ces richesse»
qui devinrent la cause de leur infortune ;
d'autres les ont accusés d'une fierté audacieuse^
que leur opulence, Tesprit de eoi^ et la gloire
même nourrissaient dans leurs cœurs , fierté
qui peut-^tre n'était pas inutile à leurs succès
guerriers.
Une ancienne chronique mann6crite(i)parle
de leurs richesses et de leur ambition
JÀ frcre , U mestre du Temple
Qu'esloieiit rempli et ample
B^or et d'argent et de riefaesie
Et qui menoieni tel noblesse,
Oii soat il ? que sout devenu ?
Que tant ont de plaît malatenu,^
Que nul a elz ne s'osoit prendre j
Tozjors achetoienl sans vendre
Nul riche a ek n'estoit de prise ,
Tant Ta pot a eue qu'il brise.
w
f
(i) ChrontquêàiasMÙteduromandeFjrifXi.
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8 DES TEMPLIERS,
r Ce n'est point dans les ouvrages écrits depuis
la destmclion de l'Ordre que rhomme impar-
tial cheiclicia quelles étaient les mœurs , la
conduite et les opioions des Templiers : rare-
ment des proscrits trouvent des apologistes.
laterrogeoQS les auteurs coatemporaios de ces
Chevaliers , les témoins de leurs vertus et de
leurs exploits , et considérons surtout les té—
moig-nages honorables des papes , des rois et
des princes qui , peu de temps après, devin-
rent leurs oppresseurs»
Personne y avant leur terrible catastrophe ,
n'avait jamais accusé , ni même soupçonné les
Tem pUers des impiétés , des déréglemens qu'on
leur imputa quand on voulut les proscrire ; et
même l'adage boire commb un Templier n'a
été imaginé que long-temps après eux* Il ne
se trouve point dans les divers recueils des
anciiens proverbes Irançais^ et il ne prouve pas
davantage contre les Chevaliers, que Tadage
sans doute plus ancien ^ bibbiœ fapaliter* (i)
(i) Dans la huitième Vie de BcuoistXIl, on lit que
toute la cour de ce pontife le citait comme un très-grand
buTeur , et qu'il arait douié lieu au proverbe ^ boir^
comme un pcgite, .
Potator vini maxîmus ab omnibus curialibusdicebatur,
acle& ùtyersum sit in proverbium consuetum diei ; Biba-
MUS PAPAiliTSR. Bajlluz. ^ vU, pc^, jâpen.
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DES TEMPLIERS. 9
bùire comme un pape , ne profiTe contre les
pontiies. romains.
Le chroiiiqueQr 9 déjà cité, rapporte les ac-
cusations qui servirent de prétexte aux op-
imase^rs derOrdre» etlnen loin d'accuser les
moeurs deb C lie viiliers, il ajoute :
Si fesoient le monde pestre
Que ils SEMBIOIENT FAR DXHOHS SSTHB
Bons; mais or n'est pas queliquî luist.
Chapitre tcuoient de uuit, etc. etc.
Les Templiers ne furent jamais dénonces
pai les Troubadours ; ignore-t-on que les sir-
ventes de ces poètes hardis ne faisaient point
de grâce à la dépravation de leur siècle , et
4}u elles attaquaient impitoyablement le pape^
le clergé , les princes et les grands ?
L'auteur de la satire intitulée la Bible
GuiOTy nomme les Templiers et parle d'eux
en termes honorables ^ tandis qu il médit de
la plupart des autres Ordres religieux. (1)
Molt sont prodommc II Templier.
. Là se rciitlent li chevalier
Qui ont le siècle asavoré
£t ont tôt Tea et lot tasté.
«
(1} Glossaire de la langue Romance, V, Tcmpiika.
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10 DES TEMPLIERS.
Dans les quinze- dernières années qui ont
précédé la proscription de l Ordre, je vois les
papes s'intéresser Tivement pour lui auprès des
rois d'Angleterre, d'Anagon et de Chypre.
Le concile de Salzbourg, tenu en 1292, et
plusieurs autres assemblées ecclésiastiques ,
avaient proposé de réunir en un seul Ordre,
les Chevaliers Templiers, Hospitaliers et Teu-
toniques.
Si les Templia*s n'avaient alors joui d'une
réputation au moins égale à celle des autres
Chevaliers , aurait-on proposé de réunir ceux-
ci à un Ordre dégénéré? Et puisque les Tem-
pliers étaient, à eux seuls , plus puissans , plus
nombreux et plus riclies que les Hospitaliers
et les Teutoniques , et devaient nécessaire-
ment transmettre aux incorpores leurs maxi-
mes et leurs mœurs , n est-il pas évident que
proposer cette réunion , c'était rendre un
hommage solennel à TOrdre des Templiers ?
' Il fut en eflPet question de réunir les Ordres
du Temple et de l'Hôpital : ce projet fut dis-
cuté dans un mémoire que le grand-maître
des Tenipliers adressa à la cour de Kome.
Il craint la discorde parmi les frères réu-
nis : « On les entendxait se dire les uns aux
«r autres : Som yalions mieux que vous; dans
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DES TEMPLIERS. i*
« Bôtre piemiaff état ^ nom &iaîon5 plus de
« bien ».
On jugera que ht règle et la conduite des
Templiers étaient plus sévères que celles des
Hospitaliers , puisque le grand-mattre ajoale :
« Il serait nécessaii e que les Templiers se re-
«c lâchassent de leur discipline, ou qae les
« Hospitaliers réformassent la leur. »
En lisant ce mémoire sur la réunion des
Ordres , et un autre sur les moyens de recon-
quérir la 1 erre<^aiute , on reconnaît dans la
grandHnaitre la franchise , la loyauté el le
zèle d'un chevaiier ammé par la religion et
par rhonneur , et qui surtout avait le droit
de traiter avec le pape et les souverains^ sans
craindre qu'on pAt lui Teprooher les torts dé
l'Ordre ou Imconduite des Chevaliers.
Aussi; avant de seconder les mesures violen-
tes de Philippe-le-Bel , le pape exprima
l'extrême surprise que lui causait le genre
d'accusations portées contre eux, accusations,
disait-il, invraisbublables , incrotables et
INOUÏES, (l)
Le roi d'Angleterre rendit en faveur des
(i) Ad eredendnm qaae imc dicebantar , eimi quasi
jvetL-gtnvitXA et nmssiBiuA TÎderentur , nottrum anî-
muiu vii potuimus applicare, quia tamen plura incredi-
i'2 DES TEMPLIERS.
Templiers un témoignage encore plus hono-^
rable, en invitant les rois de Portugal, de
Gastille, de Sicile et d'Amgou, i ne pas
ajouter foi aux calomnies c^u ou répandait
contre Tordre.
Il écrivit au pape : « Comme le graad-^
« maitre et ses chevaliers , fidèles a la pu--
€c reté de la foi catholique , sont en très-
«e grande considération et devant nous et de*
« Tant tous ceux de notre rojatune , tant par
« leur conduite que par leurs mœurs , je ne
« puis ajouter foi à des accusations aussi su»-
«c pectes , jusqu'à ce que j'en obtienne une
« certitude entière j». (i)
Ce témoignage d'Edouard II est d'autant
plus précieux y que le grand -maître et le»
chevaliers fiançais étaient alors dans les Jers/
Il est permis de croire que le roi d'Angle-
bilia et ixat dita, etc. LeU, de Clàmswt V à PkI'^
x^PM^ZE'BMif , du 9 kal, de wptemhre, €made ton pon-
(i) £t quia predieti magister et firatres in fidei cathoU-
cae pnrîtate canstantes à nobis et ab omnibus de régno nos-
tro tàm vilâ quàm nionbus habentur multlplicîter com-
XDendati, non possumus hujus modi sugpecûs relatibus
dare fidem^ doaec super iis nobis pleoÂor ipnotaerit cei>«
titudo. RrKMn, i. 5, ad atm. 1307.
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DES TEMPLIERS. i3
terre aurait persisté à protég er les Templiers ;
muib devenu gendre de Piiilippe-le-Bel , il
céda enfin aux instigations de son beau-père.
Cependant il n'emploja point les moyens
rigoureux dont le monarque français don^
naît Texemple. Et en livrant les Templiers
aux inquisiteurs et aux conciles ^ il déclara
expressément que c'était par respect pour la
demande du pape*
Ainsi , il est certain que jusqu'à l'époque
de leur inlortune , les Templiers avaient joui
de Festime générale ; que non seulement
aucun ennemi, ni public , ni secret, ne leur
avait reproché les dérèglemens et les im-«
piétés dont ils furent cn^uile accusés , mais
que les papes et les rois , même ceux qui leû
ont ensuite poursuivis avec le plus d*achar-
nement , rendaient hautement justice à leur
zèle pour la religion et à la pure lé de leurs
mœurs*
Il existe en leur faveur un titre aussi so-
lennel qu'honorable , émané de Philippe-le-
Bel lui-même : ce titre ne peut laisser aucun
doute sur les droits que l'Ordre et les Cheva-
liers avaient à l'estime du monarque et de la
nation.
En octobre i3o4i trois ans seulement avant
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i4 DES TEMPLIERS.
l&xr proscription , Philippe<*le«>Bei9 dans un
acte qui contient de nombreux privilèges
en faveur des Templiers, explique en ees
termes les motifs de sa munificence :
- « Les œuvres de piété et de miséricorde ,
te la libéralité magnifique qu'exerce dans le
ce monde entier y et en tout temps , le saint
» Ordre du Temple , divinement institué de-
« puis longues annnées , son courfi^e qui
te mérite d'être excité à veiller plus attentif
et vement et plus assiduement encore à la dé-*
u fense périlleuse de la Terre-Sainte , nous
. m déterminent justement à répandie notre li-
m béralité rojale sur TOrdre et ses Gheva^
«< liex'S , en quelques lieux de notre royaume
te qu'ils se trouvent, et à donner des mar-
«r ques d une faveur spéciale à l'Ordre et aux
« Chevaliers pour lesquels nous avons une
«c sincère prédilection, i» (i)
Sans entrer dans les détails des bienfaits du
roi , je me borne à rapporter ce préambule de
(i) Octobre i3o4. Admo&tuultio rao obdwx TbmpiiA*
aiORUM.
PliilippusDei gratîâ Fr^ncommrex; opéra pietatls et
misericordiae , magnifica pleiiltucio quz in sanctâ domo
jBÙlitis TempU, ab olim diyinitiis institutà^longè latèque
per orbem terrantm |ag«ter exercentur, cujasque yireB
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DES TEMPLIERS. i5
f acie qui les contient ; il oflfre une preuve
incontestable de la considération dont jouis-
saient rOrdte et les Gherâdiers : le roi eût-^il
consigaë dans cette chartre solennelle un té-
moignage aussi honorable et ans«i authenti^-
que , s'il n avait été mérité par TOrdre et
approuvé par Topinion publique ?
Je l'ai dit et je le répète : Les écrivains
modernes , qui ont hasardé Topinion que
l'Ordre des Templiers avait alors dégénéré ,
ne se sont autorisés d'aucun témoignage con^
temporain ; et il est très-vrai àe dire que gé-
Qéralement les Chevaliers étaient , par leur
bravoure , leurs mœurs et leur piété , dignes
deFillustre chef auquel ils obéissaient*
Jacques de Molai, leur grand-maitrCi était
né en Bourgogne, de la laïuille des sires de
Longvic et de Raon. (i) Admis dans TOrdre
♦
animarl sperantur atteatiùs et immlnentiiis vigiiare prae-
sertiia ad sanctae negotiosum terne subsidium promptè
cunctis temporiliasoppartaiiiB, merîtè nos indncimt, ut
dictae domui Terapli et fratrlbus ejusdem in reguo BOStro
uBîlibet constitutis , quos sinccrè diligimus et prosequi
favore cupimus fipeciali^ regiam liberalitalLs des.U'aïuei^
tendimus. Volentes^ etc. etc. IV'ésor de$ Chartres,
(i) Molai était uae terre dudoyeaac de iNoblant, au
diocèse de Besançon.
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tO DES TEMPLIERS.
du Temple vers Tan i265 , reçu par Imbert
de Pcrauclo , visiteur de France et de Poitou ,
dans la chapelle du Temple à BeajLiue, il avait
passé outre mer et s'était distingué dans la
guerre contre les Infidèles , sous le magistère
de Guillaume de Beaujeu.
Absent de Issi Terre^ainte (i), lors de sou
élection unanime a la dignité de grand-maître,
Ters 1298 y il ne tarda pas à réaliser les es-
pérances des Chevaliers , et à se montrer
digne d'un choix, aussi honorable.
Il se trouva en 1299, à la reprise de Jéru-
salem par les Chrétiens ; forcé ensuite de se
retirer dans Tile d iVrade^ il parut encore
assez redoutable aux Musulmans pour qu'ils
fissent contre les Templiers un anncuicat
considérable; après avoir résisté long-temps,
réfugié enfin dans Tile de Chypre, il rassem-
Jjlaxt de nouvelles lorces poui* aller venger les
*
(i) Por oonfonnidade de TOtos Mkio eleilo Jacobo de
Volai.
Como. fora eieito ausente séria recebido com grandes
e con ben ftmdadas espeninças.
. Fbbbbiha , Memorias et noticias bistoricas
da célèbre Orden militar dos Templarîos.
Lisboa, 1735.
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DES TEMPLIERS* 17
derniers revers des armes chrétiennes , lors-»
qu en i3o5 le pape l'appela en France.
Il arriva suivi de soixante Chevaliers,
vieillis dans les combats , éprouvés par l'ad-
versité » toujours prêts i donner leur vie
pour la défense de la religion et la gloire
de rOrdre* Outre l'immense trésor que VQv^
Are conservait dans le palais du Temple à
Paris ^ le chef apporta de l'Orient cent cin-
quante miUe florins or et une grande quan^
tité de gros tournois d'argent, qui formaient
Ueharge de douze chevaux (1) : sommes con-
sidérables pour le temps , mais faible portion
du numéraire que les croisades avaient ex-
porté de la France !
Traité avec distinction à la cour de Philippe-
le-Bel, qui lui lit rixonneur de le clioisir pour
parrain de l'un des en&ns de France^ il obtint
la considération que méritaient son cuuiage,
son rang et ses vertus , et qu'augmentaient
encore les marques d'estime et d'amitié que
lui accordait le monarque.
(1) Cette circonstance est attestée par la déposition de
Jean de Folbac, que le pape, interrogea luMoiiéme sur cet
•bjet, le 39 )itiii i3o8.
lUposit.fact, coram J}, LanduLpho et Coiumna,
i8 DES TEMPLIERS.
Le projet de réunir les.Ordres du.Teniple et
de THopital avait été le motif apparent du pon*
tife romain pour appeler le grand -maiUe.
Bientôt le Téritable motif fut connu. Des dif-*
famations Tagueb et sourdes , des délations
insidieuses accusèrent TOrdre et les Cheva-
liers du Temple.
Vers le mois d'avril iSoj, le. grand -maître
•e rendit à Poitiers, auprès du souverain pon-
tife, pour se justifier et justifier TOrdre. Molai
avait avec lui Rimbaud de Garon y précepteur
d'Outre-mer; GeolFroy deGoneville, précep-
teur de Poitou et d'Aquitaine; Hugues de
Peraudo, précepteur de France.
Le pape leur parla des impiétés dont on
les accusait, et notamment de l'adoration des
tètes et des idoles. U ne fut pas difficile aux
chefs de l'Ordre de le disculper pleinement.
Le graad-mattre revint à Paris, crojrant
que les explications données au pape avaient
détruit jusqu'au moindre soupçon.
Habile à cacher ses projets, Philippe con-
certait dans l'ombre et le silence les moyens
terribles qui devaient opprimer tout- coup
rOrdre et les Chevaliers*
furent expédiés pour airéter les Templiers, le
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DES TEMPLIERS- 19
iS octobre, à la même heure, dans toute la
France ; cL le roi dissimula si bien, que ni le
grand-maître ni ses Chevaliers ne conçurent
pas la moindre alarme : cette confiance était
permise à leur vertu»
, La veille de Tarrestation , le grand -mattre
fut choisi pour être Tune des quatre personnes
qui portèrent le poêle à la cérémonie de
Tenterrement de la princesse Calherine, héri-
tière de Tempire de Gonstantinoplei épouse
du comte de Valois.
n est évident que , depuis TairiVée du grand-
mai ue, le roi s était affermi dans le dessein
de parvenir à l'abolition de l'Ordre ^ et en
avait calculé les moyens.
Et 1 on peut avouer que si ces moyens
avaient été moins injustes et moins violens^
Tintérét de l'Etat, la sûreté du trône auraient
justifié peut -être cette grande mesure poli-
tique.
Ghassésde laTerre-Sainte, exercés aux comr-
. bats, possédant des richesses qui leur permet*
taient de fiiire la guerre par eux-mêmes, et de la
-faire continuellement; toujours prêtai par de-
vc»r et par habitude, àobéirsans réserve a leur
chef; milice courageuse et entreprenante, qui
restait armée au milieu des États de r£uvopt ,
M DES TEMPLIERS.
où elle était forcée de chercher des asiles, il
est vrai de dire qu'à cette époque oa les rois
a'ayaient pas encore de troupes réglées, il eut
été difficUe d'échapper aux entreprises des
Chevaliers, s'ils avaient eu la coupable au-
dace de s'armer contre les trônes.
Un historien contemporain a porté à plus
de quinze mille le nombre des défenseurs du
Temple, la plupart Français.
Parmi * les iaits qui pouvaient exciter les
craintes du monarque, il en est que l'historien
impartial ne doit pas dissimuler.
Durant les guerres, toujours renaissantes,
entre les princes de la maison d'Anjou et ceux
de la maison d'Arragon, qui se disputaient les
royaumes de Naples et de Sicile , les Templiers
avaient eu le tort de prendre parti pour la
maison d'Arragon, et d'aider à ses succès.» '
Armés au nom de la chrétienté pour corn^
battre contre les Infidèles, les Chevaliers pou-
vaient sans doute et devaient combattre aussi ,
comme sujets, sous les drapeaux de leurs rois,
ilans les querelles de prince à prince, de
royaume à royaum'e; mais l'Ordre n'avait au-
cun droit d'intervenir, comme puissance bel-*
lijS^érante, dans les débats des princes chré-
tien.s.
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DES TEMPLIERS. 21
Ce principe a toujours été reconnu et res-
pecté. Aussi, lorsque Louis XIV requit TOrdre
de Malte de se déclarer pour lui contre les
Hollandais, eu 1672, c'est-à-dire, à 1 époque
la plus brillante de sa puissance et de sa gloire ,
rOrdre eut le courage et le mérite de lui op*
poser un refus ; et le monarque français- eut le
mérite sans doute plus rare d en pardonner le
motif.
Philippe -le-Bel pouvait donc justement
prendre des niesures pour empêcher un Ordre
trop puissant de s'armer un jour contre lui ou
contre ses successeurs, soit en faveur d'un
monarque étranger, soit surtout en laveur des
grands vassaux de la couronne.
Lorsque, à Foccasion des changemens faits
auj^ monnaies, une émeute avait Ibrcé le roi
à chercher un asile dans le palais du Temple ;
les Chevaliers, en le protégeant avec succès ,
avaient prouvé , par ce succès même , qu'il
n'eût tenu. qu'à eux de labandonner aux fu-
reurs populaires. L'effet heureux et prompt
de leurs soins à calmer la sédition avait peut-
être donné à penser qu'ils n'y étaient pas en--
tièrement étrangers.
Que Philippe eût soupçonné ou non la
loyauté des Chevaliers, son caractère cuniiu
22 DES TEMPLIERS.
permet de croiré qu'il n'ayait point pardonné
à une corporaùoD assez puissante pour le pro-
téger contre ses propres sujets.
Enfin, cette lutte longue et pénible de la
France avec la cour de Rome avait sans doute
laissé dans Tesprit du roi de fortes préven-
.tîons contre un Ordre aussi redoutable que
^ celui des Templiers, cjui, soumis par sa cons-
titution même à l'autorité des papes , pouvait
trouver, dans Iti» dcbals de la couronne et de
la thiare, des motifs ou des prétextes pour ré^
sister à Tautorilé des rois. *
Us furent donc coupables, aux jeux de
Philippe-le-Bel , de tout le mal qu'il était en
leur pouvoir de faire ; sa politique prévoyante
ne leur pardonna point.
.A la raison d'État se joignait une raison
particulière ; le besoin de s'emparer de leurs
trésors, et Tespoir de s'approprier leurs licbes
possessions. -
Quoique, par la suite des événemens, ces
possessions ne soient pas restées dans le do-
maine de la couronne, il csi évident que
Philippe-le-Bei a eu primitivement le desseinr
de les y réunir.
Si 1 Ordre était abolie la prétention que les
biens devaient appartenir aus princes dans la
DES TBMP{iIËR& 2S
j]ùâdicti<Hi desquels ils étaient situés» n'ayait
rien de contraire aux principes adoptés alors
par les tribunaux civils, et ecclésiastiques* (i)
On accusait les Templiers d'hérésie , et la
loi prononçait la confiscation contre les héré-*
tiques.
En i5o6 et iSoj, époque où fut concerté
et exécuté le projet de saisir les personnes
et les biens des Templiers , les finances du
rojaume étaient dans un tel épuisement , qu'a-
près avoir promis solennellement aux états-
généraux de remettre les monnaies an taux ou
elles étaient 6ous Louis IX, Philippe se vit
réduit à fausser sa parole royale et à com-
mettre de nouvelles altérations ; à la même
épo<{ue, le soulèvement général en Norman-*
die l'obligea de révoquer une imposition de
dix deniers par livre, qu'il avait essaj^é d'éta-^
blir sur les marchandises.
Douterons-nous que, pressé par l'extrême
(i) Le sénéchal d'Aquitaine ^ à Voccasion nième de la
saisie des biens des Templiers, réclamait la^coufiscaliou
eu faveur du roi d'Angleterre.
Bbk Anglia; , dux Aquitain», ùtitur in dicto duoatu si<ïut
fiscus, et ad ipsmn luirtinet confiscatio omnium honorum
incursoriuu ratioue omnium criminum pubiicorum et
malestatîs et hœresis. Balum. ^ pii,pap. Aven.
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24 DES TEMPLIERS,
pénurie des finances^ le roi^ en pouisuiTant
rOrdre des Templiers , n ait eu a la fois
le désir et le projet de profiter de leurs
dépouilles^ comme il s'était approprié^ peu
de temps auparavant, celles des malheureux
Juifs ?
Mais il ne reste plus de prétexte au moindre
doute; PIiilippe-le-Bel lui-même, dans une
pièce qui se trouve au Trésor des chartn^^ et
qui est postérieure à Tarrestation des Templiers,
pose la question : Si leurs biens doivent être
confisqtiia en faveur du pririce dans les États
dnquei ils sont situés? (i)
Il est constant que Philippe^ le* Bel , P^'^*'
dant tout le temps de son règne, ne cessa
de jouir- des revenus de l'Ordre ; lorsque les
grands et le peuple, murmurant de la longue
détention des Templiers, osèrent dire haute^
ment qu'on ne les avait fait arrêter que pour
s'emparer de leur fortune^ si le roi consentit
à ce que la cour de Rome disposât des biens
(i) Aeticuli qvjbstionw ik HmoTxo tzMriijuutomtncy
Sexto quacrîlLir de houis quae f^ictî Tcmplarii in com-
iQuni tamque siia propria possidebant, an causa bajusuiodi
debeant confîscari, in Ga)iis potestate eonslilula sunt.
Tréêor deu Chartr99.
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DES TEMPLIERS. '26
en faveur des Hospitaliers^ il continua tou-
tefois de perceToir les revenus, dont ni lui,
ni ses successeurs ne rendirent jamais compte,
et même il ne fut jamais question du riche et
'immense moLilier, ni de For et de Targent
trouvés et saisis au moment de l'arrestation des
Chevaliers.
En i3i6, Jean XXII se plaignait à Philippe
le-Long de ce que, sous prétexte d'exiger de
rOrdre de l'Hôpital le montant des traitemens
, fixés pour les Templiers prisonniers, et surtout
pour leurs geôliers, les agens de ce roi' saisis-
saient les hiens mêmes des Hospitaliers, éta-
blissaient des gardiens dans leurs maisons,
ordonnaient des ventes, etc. (1)
Enfin, en i3i7, Philippe-le-Long obtint des
Hospilaliers, sans leur rien donner, une quit-
tance finale de tout ce qu'ils avaient droit de
•
( I ) Senescalll , balliy î ceterique j usticiarii regai Fr a n-
ctse prétexta quanuudam iitierariïiii quae a regali corià
émanasse fenintar àe corapellencEîs Hospîtalariîs per cap^
tionem rt explectatloiicm bonoi um ijuoutlam ordinis
Templi ({liiG iiospitalariis ipsisaplicata fuerunt adsc^ven-
dum in Parisiensibus personis dictî quoadam ordinîa
Tada sibi assignata tam pro se quam pro custodibus eo-*
runitlcm unA cum arreragiis praelerili teniporis, }am
miserimt pcr omkks i>omo« iraïus hospitalis ccrtos exe-
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a6 DES TEMPLIERS.
prétradre des admimstrateuis des biens du
Temple, (i)
Quek que fussent les moti& et même les
droits de Philippe-le-Bel, comment excuser
les mesures Tiolentes auxquelles il-fut succès-
f sivemeut entraîné, contre les Templiers, du
moment que, les ajant dénoncés devant la
chrétienté, il crut 6on intérêt et son lionneur
engages au succès de l'accusation?
Philippe fut cruel, de peut de paraître in-
îuste.
Ce monarque , et la plupart des courtisans
qu'il employait à combiner et à exécuter ses
desseins, étaient, à certains égards, au-dessus
de l'esprit de leur siècle ; et la preuve qu'on en
peut donner, c'est qu'ib surent seconfcKnner à
cet esprit.
Enguerrand de Marigni, ministre, et Guil-
laume de Npgaret , chancelier, étaient remar-
cutores qui v£>'j>unt et distrahukt piio ubito boka
UO6FITAI1IS XT NiBiuDMiNug ssRvixims aliquos in sior
gttlb domibas posuerunt qui bdna omiha bwitaus ip-
SIUS DISTRUUNT ET COUSUMUï^T.
'Lettre de Jsjiir XXJI, Arimpvr , xr ial, juin ;
prem. année de son pontificat, i3i6,
■ (i) DupuY,p. i84.
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DES TEMPLIERS. %^
quablespar leurs lumières, par leur caractère
iërmç et entreprenant» et par leur déyoaeineitt
absolu aux intérêts et aux volontés du roi.
L'un et l'autre montrèrent la plus grande
énergie dans la défense des droits du trône ,
contre le& entreprises de Boniikce VIII»
Nogaret osa, en son propre nom^ intenter
contre ce pape une accusation d'hérésie et
d'impiété ; et , ce cpii surprendra moins pent^
être, cette accusation fut prouvée par une
multitude de témoins.
Parti secrètement de Paris , avec quel-
ques hommes sûrs et résolus; et» se mOQ^
trant tout-à-coup au milieu de l'Italie, il
réussit à surprendref le pape dans le village
d'Agnanie, où il le tint quelques jours pri-
sonnier.
Gesr ministres étaient secondés par des agens
animés du même esprit. Senoos-nous étonnés
des mesures extraordinaires et violentes exé-
cutées contre les Templiers ?
On dira peut-être aujourd'hui que le roi et
ses ministres ayant cru TaboliLion de TOrdre
des Templiers nécessaire ou utile , il eut suifi
de la prononcer ou de la faire prononcer, en
faisant respecter cette décision légale par les
moyens de puissance et d'autorité que le Gou-
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d8 DES TEMPLIERS.
▼ernement avait employés si heureusement en
d autres circonstances.
On se tromperait. Non seulement alors on
ne reconnaissait puint que le monarque eût le
droit de détruire un Ordre , mais*oii pouvait
douter que le pape lui-même eût ce droit ; il
n existait encore aucun exemple de suppres-
sion d'Ordre religieux , et on verra bientôt
que f pour le donner, la cour de Rome jugea
nécessaire de convoquer un concile et de pré-
parer les preuves de la nécessité mdispensabie
qui pouvait légitimer cette mesure extraor*
dinaire.
Si Philippe n'avait pas cmplojé un coup
d'état , s'il avait usé simplement de son au-
' torité rojale , s'il s'était borné à prononcer
ou à faire prononcer l'abolition de l'Ordre, le
clergé et le peuple n auraient vu dans les
Templiers que les victimes de la puissance
rojale , et les grands qui regardaient les biens
de rOrdre comme un second patrimoine de
leurs familles , auraient peut-être })ris haute-
ment le parti des Chevaliers déposèiédés ; une
guerre^ civile pouvait naître de telles disseu-
sions,
La politique fut donc réduite à emplojrer
contre les TempUers des armes plus puissan-
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DES. TEMPLIERS- 29
les, celles de la religion. Il fallut, enlesacca-^
blant, séduire le vulgaire, les calomnier dans
l'opinion , les présenter comme hérétiques et
impies»
Les Templiers défendaient en public la re-
ligion , on les accuse de loutrager eu se-
cret Ils étaient respectés et considérés , on
leur impute des mœurs infâmes. L'invraisem-
blance et Fatrocité des crimes imputés devien-
nent même des mojens de tromper la crédu-
lité publique ; et le vulgaire , au lieu de voir
dans ces infortunés des victimes de la politi-
que ou de 1 avidité du prince , n'ose pas même
les plaindre , quand ils sont dénoncés comme
coupables d'impiétés et de déréglemens*
Lesagensdu roi qui connaissaient toute l'in-
fluence que les signes extérieurs et l'appareil
religieux exercent sur la multitude , les em-
plojrèrent avec une babileté cruelle ; si un
Templier mourait dans la prison , son corps
n'obtenait pas la sépulture ecclésiastique :
c'était le châtiment imposé aux impies ^ aux
hérétiques ; et le peuple qui distingue si ra-
rement le fait d'avec le droit , jugeait les
Templiers hérétiques , parce qu'il les voyait
punir comme tels. \
L'accusation portée contre les Templiers
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3o DES TEMPLIERS,
n était pas difficile à rédiger. Depuis long-
temps^ tcaites les £ûds que la hidne ou le
fanatisme avaient poursuivi des victimes ,
les dénonciateurs avaient supposé le même
genre de délits , et après laffaire des Tem-
pliers , quand on voulut faire des coupables
aux jeux du Tulgaire , on suivit k même
méthode.
Le rendredî (i) .i5 octobre iSo;, le grand-
(i) Baed«&(qa,'âid»toraidioU
£t ne Mà A MET 00 A. smoiT
Furent li Templicti itns douUnce
Tous pris par le Royaume de Ftutet
Au mob d'oetohre , ma point dn jor
Et on vendredi lit le jor.
L'expression ne sai à tort ou a droit est à remarquer
de la part de Tauteur^ qui rapporte tous ks crimies
pâtés aux Templiers. On Iroare dans la suite de san i^t
ces réflexions :
Adoncqups Diex qui tout surmoule
De leur iiaut estât les trébuche ,
Si les brise comme une cruche.
Ainsi les Templiers il a fet
Car ils s'estoient trop nieiiet
Si coninie assez de gens le dient.
Mais j£ »b aai ai lU mbsdievt.
• •••••••«
£t MAXHS 00 XOVSB QOVnBlOMXS
SosT XAsnra ov cibl oomtoxiiss-
Cirjtojr» MANUsex, défà dtée.
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DES TEMPLIFRS. 3i
maître et une foule de Cheyaliers soat toutnà-
fïoup arrêtés dans le palais du Temple à Paris ,
on s'empare de leurs possessions et de leui^
richesses.
Le roi occupe leur palais.
Le même jour^ les autres Cheyalieis sont
arrêtés dans toute la France.
Le roi publie un acte d'accusation qui les
qualifie de loups raviësans , de société perfide,
idolâtre , dont les œuvres , dont les paroles
seules sont capables de souiller la terre et
d^ infecter Voir , etc^
Les habitans de Paris sont convoqués dans
le Jardin du Roi \ toutes les communautés et
paroisses de cette capitale s> rassemblent ;
des commissaires ^ des moines prêchent le
peuple contre ces proscrits.
Ils étaient dans les fers; l'inquisiteur, Guil-
laume de Paris , les interroge ; ils sont privés
de tout conseil , . de tout secours ; on les
menace; on laisse manquer du nécessaire
ces guerriers! qui , par leurs privilèges et.
leur opulence, rivalisaient naguère avec les
princes.
On promet la vie , la fortune, la liberté aux
Chevaliers qui avoueront les crimes imputés
à rOrdre.
r
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3û DES TEMPLIERS,
Pour les y engager,, on leur présente de
prétendues lettres du grand-maître , par les-
quelles ils sont inTÎtés à fiiire cet ayeu. (i)
Lorsqu'ils ont le courage de résister à tous
les genres de séduction, on les livre aux tor-
tures ; elles varient selon les lieux et selon
les personnes ; trente-six Chevaliers périssent
à Paris durant Tépreuve des plus horribles
tourmens. (2)
D'autres ne peuvent y résister. Pour se sous-
traire' à la douleur, ils font les aveux exigés.
On s'étonnera peut-être que des Chevaliers
qui aiFrontaient courageusement la mort dans
les combats, et qui la bravèrent si noblement
sur les bûchers , n'aieuL pas aussi heureuse-
ment résisté à la douleur violente des tortures*
Pour apprécier avec justesse quelle difFé-
rence existe entre la force morale qui rend
rhomme capable de se résoudre à mourir
un instant, et la force phjrsique nécessaire
pour endurer de longs tourmens , il faut se
#
( 1 ) Copiam litterarum magnl m a gi str l q lùbns omnibus
fralrlbus suis iutimabat quocl hoc et hxc fuerat coufessus
et quod idem coulitereatur omaes.
(3) Procesâus conir. J^mpl,
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DES TËMPLIEK& S3
faire une idée précise des diverses manières
de torturer les accusés.
J'en trouve les détails dans les codes avoués
par rinquisition et dans les procès des Teu^
pUers,
Les lecteurs , qui partageront le sentiment
pénible que j'éproùve à transcrire ces cruautés
juridiques, auront bientôt jugé s'il était po&*
âble de les supporter long-temps.
On dépouillait le patient , on lui liait les
mains derrière le dos ; on attachait des poids
énormes à ses pieds -, et la corde qui serrait
ses mains» trayersait ensuite une poulie pla-
cée au haut de l'instrument fatal de la torture.
Au signal des inquisitéurs , la corde jouait,
le patient ^tait rapidement suspendu en IW ,
et tout son corps cruellement tiraillé.
Il poussait des cris; les inquisiteurs avaient
soin que les greffiers prissent note non seule-
ment des réponses de Taccusé , mais encore de
tousses soupirs, de toutes ses larmes, (i)
(i) Che il notario serîve non solamente tutto le riposte
de]l reo, ma anco tutti i ragionameati e moU che tara e
tatte le parole che egU proferirà né tormentî, anxt Tvrrr
z Bvsftnif Ttmi i*s oeiba, vtmt i uLsmn s ut ui-
onuiE. clic mandera. // Sacro ArsmaUj ù$wv pratica
4d S, Officio, Aut. Masiui,
54 DES TEMPLIERS,
L'une des varia lioû^ de la torture consistait
à hi3ser le corps , à lâcher ensuite rapidement
la corde # et à retenir tout-à~coup dans Tair
le corps retombant de tout son pends ; la chute
et le mouvement rétrograde causaient au pa-
tient la dislocation de tons ses. membres , et
d'horribles douleurs , surtout daas les bras et
4
dans les cuisses , ^tc. (i)
La torture de la corde était la plus usitée ;
on emplojrait qu^lqueiois celle du ieu. (b)
On enchâssait les pieds nus du patient dans
un instrument qui nt lui permettait plus de les
retirer;on les firottait d'une matière onctueuse,
et on les présentait ainsi au feu le plus ardent.
Pour éprouver la constance du torturé ,
on plaçait tout- à- coup, entre ses,, pieds et le
feu, une planche qui interceptait la douleur;
et , s'il persistait dans ses dénégations , gn re-^
levait la phnobe, et la douleur le resaisissait.
Il j avait aussi la torture des talons« (3)
Ou étendait le patient à terre , on enfermait
son talon nu dans un talon concave de fer
que Ton resserrait à volonté , et cette com-
pression causait uue douleur insup|>ui lable.(4)
Pt si la £ùblesse du corps ne peimettait pas
(x) USacroAnmde. (a) Md. (5) Bid. (4) ii^.
V
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DES TEMPLIERS- 55
d'autre torture , on plaçait , entre chacun de
ses dpigtâî , de peiits morceaux de baguettes ,
en forme de sifflets , que l'oii pressait avec
Ibrc^^ de mitoieri^ à £ûre craquer les os des
doigts.
OuUre ces tourmens ordinaires^ on voit daas
les procédures faites contre, les Templiers
qu'ils eu^ subifeixt de plus cruels encore.
En quelques pajs , on leur arrachait les
de^ts ^ (i) en d autres, on leur faisait calciner
les pieds ; (?) ailleurs. e|i leur suspendant des
poi4s à différ^nl^Ê^ psii^tiç^ du corps,' on ne
pmgnuii pas de rendre la torture même im-
pudique. (5)
Upe fpule de Chevaliers périrent durant ces
épi eu Y es terribles ; plusieurs de ceux qui
ay^^nt lété 4Fi:étés dans ie palais du Temple f
(1) In quîlms tormentls dioebat se c^uaUtor dentés per^
4idi$se. Procès, contra Ulsmplar,
(2) Quodin tantum tortus et lortlonatus fiieratet tamdiii
leiiius ad îgaeiu^ quod carnes talonumsuorumcombustae
et ossa taioniim suoruia infra paocos dies ce«idenmt
(0) i\Lït quaestionatus pondéribéé appepsis in osnx-
tiliiBus et in aliis memliris uii^ue e&animaûonem.
^I Qce^, contra 2 '^ mplar*
36. DES TEMPLIERS.
torturés et interrogés par Tinquisiteur Guil-*'
laume de Paris , confesseur du roi :^ ou par
ses délégués , ne purent éviter le malheur de"
faire enfin les déclarations eiûgées par les in-
quisiteurs ^ et Ton obtint un instant du grand-
maître lui-inéme layeu que , lors de sa ré-
ception , il avait renié la croix malgré lui » •
et qu'invité à cracher dessus^ il avait craché
à terre 9 et une seule fois.
Que la crainte ou les tourmens de la tor-
ture , le désir d'épargner aux Chevaliers de
nouvellès épreuves , l'espoir de s'entendre
avec le pape et d'apaiser le roi , eussent fait* \
céder un moment le grand - maître ^ il est
certain qu'il donna bientôt à tous les Che-
Taliers le signal et l'exemple de rétracter
^es aveux arrachés par la violence. Ils offrirent
ainsi y en faveur de FOrdre, un témoignage
plus remarquable et plus authentique encore
que ne l'eût été raffirmation continue de leur
^ innocence I puisqu'il fallut soutenir et qu'ils
soutinrent jusqu'à la mort cette rétracta.tiou
courageuse. *
Ceux des Chevaliers qui avaient la forcede
résister aux tortures^ jetés dans des cachots
et menacés de nouyeaux tourmens, n'avaient
que le pain et Teau pour toute nourriture.
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DES TEMPLIERS. S7
Telles étaient les rigueurs ordonnées par
les ministres d'un roi qui arait proclamé cet
. axiome , digne des ^Trajan et des Marc-Au-
rèle , que le citoyen accusé , même par Fin-
quisition» devait entrer dans la prison seules
ment pour être gardé et non pour être puni,
ad custodiam non ad pœnam !
< En blâmant les mesures Tiolentes des ag^ens
de Philippe-Je-Bel, gardons-nous •d'oublier
que ce monarque arait bien mérité de Thu-
m^nité et de la religion , lorsque touché des
malbeurs et. dea gémissemens de ses sujets ,
il s'était opposé vivement à l'inquisiteur Foul-
ques i Frère-Prêcheur , qui exerçait ses ra-
vages dans ]p Languedoc.
«Quoi y s'écriait ce prince , cet inquisi-^
«t teur a rinjustice de commencer les procès
« par les arrestations^ par les tortures, par ki»
« tourmens iiiouis , contre les personnes qu'il
« lui plaît d'accuser d'hérésie ! Quoi ! par la
« violence de la douleur , ce prêtre les force
«d'ayouer qu'elles ont renié le Christ^ etc! » (1)
«
(i) Clamor Talidus et msinuatio luctoosa fidelium sdb-
ditorum* . . . . processus suos in inquisitionis negotîo ft
CAPTIOÎfIBUS , QU.^STIONIBUS , ET EXCUGITATIS TOR.MEjSTIS
iucipieus personas <^uas pro libito asserit haeretica khe
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c
38 DES TEMPLIERS.
Et ce même monarque permet qu en iSoj,
on autorise de son nom tes terriMes mesures
qu'il avait condamnées si hautement et si juste-
ment en iSot !
Tous ces mojens injustes , violens et cruels ,
étaient employés afin d'obtenir Taveu que lors
de la réception des Templiers , et d'après leurs
statuts» on^xîgéait d'eux Tobligation esiLptesse
d'être impies dans leur croj aiice et dépravés
dans leurs meeurs; ifa'il% raiiaieut Gkristi
qu'ils crachaient sur la croix s> etc. , etc. *
Les instructions adressées par le roi à tous
' les baillis et sénéchaux , aTaièiit été les ikiémes ;
saisir les personnes et les biens > interroger^
torturer^ obtenir des aVeux, prcgnettre grâce
à ceux qui avouent, menacer ceux qui nient.
Aussi ^ dans les dépositions qui furent envoyées
au roi, on trouve celte uniforniiléj qui est une
forte présomption que l'accusé» cédaut à la
force ou à la crainte, s'est borné à répondre
affirmativement à tontine qu'on lui a demandé.
noiatas, abnecasse ciiristum ycI, etc. etc. VI vel mztu
loaMEKTOBUM f ateui compell.it.
Lettre de Phmppe~îe^Bel tmrhant rinquUiteur de
Touhu9e, datée dePontainehleau , duvendredi aprèê *
la Saint-Martin cFInver, i3oi.
Preweadei lliêtoire de Languedoc, t, ir,p, ii^.
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IXBS TËHPLIfiRS. 39
avjourdlim» dans le Trésor
des Chartres, les interrogatoires de plusieurs
TempHets, qui» cédant auxiorturooo aux
menaces, firent les déclarations que leurs per^
sécutEUEs 43xigeaieiit$ mtts on ny trout^e pas
les rëpoijses de ceux qui curent le courage
et la £orce de résister aux douleurs^ aux
menaces et aux séductions, soit qu'alors les
coaunissaires négligeassent de rédiger ees ré*-
ponses, soit qu'on ne jupeât pas à propos
i^ojner à la coar des pièces aussi peu satisfais
sâtntes. Les instructions données par Tin^piisî^
leur général, Guillaume de Paris, portaient ;
« Envoyet au rot, sus le^ seaux des fscmaài^
« saires de l'inquisiteur, le plustost^ue il po]>-
« ront, la oorts m 1. a. i>fiMsmoir <3&ex <^xst
« GOVFESSfiiiOHT LBS DITES • ERREURS , ESF£CIAU~
« LS sBmimv M ïFOtRS sb^ubuh isxsn<-
« CRIT. »
Dans les infonnatkntis prises à Caen , on lit
que treize témoins qui accordent enfin les
aveux exigés , les ayaient conitaxnment refusés
lors des interrogatoires précédens(i), dont il
ne parait pas qu'on eût fait la rédaction»
Ainsi , Philippe - le - Bel répandait dans
(i) Les ç[uiex aTaientjuré par deux fols et est jexAinmé»
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4o DES TEMPLIERS.
tojjite la France des inquisiteurs , qui n a-
valent aucune mission de la cour de Rome;
il poursuivait les Chevaliers d'un Ordre re-
ligieux qui, par les lois générales de l'Église
et par leurs privilèges particuliers, n'étaient
soumis qu'à la juridiction immédiate du sou-
verain pontife , surtout quand il s'agissait
d'une accusation d'impiété et d'hérésie* Grê-
lait, de la part de Philippe, un acte d'auto-
'rité rojale beaucoup plus iiardi que tout ce
qu'il s'était permis lors de ses démêlés avec
Bonilace VUI.
• Clément V avait vu la cour de France, enne-
mie de Boniface , n'attaquer en lui que le pape ;
et il voyait aujourd'hui cette cour amie atta-
quer en lui-même la papauté. U oomprit qud.
danger courait l'auto rite du saint-siége. Il se
récria contre les démarches du roi, députa
deux cardinaux , et suspendit les pou^irs des
évéques et des inquisiteurs.
Les plaintes et les obstacles mirent Philippe
dans le cas de déplojrer toute sa fermeté; le
pape fut bientôt réduit à céder, et lé roi pro-
• ♦
diligemmôit sm les articles desus dis et singaliëremeiity
les quiex articles eus avoieut nié à plein. Tris, det Chart.
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DES TEMPLIERS. 4i
fila de cette condescendance pour obtenir
idismitagé. T! . . ' -...i tir
,»^iSoigneux de donner à toutes ses poursuites
IWl^Areil etHViéme l'ostentation de la fustiee,
le roi avait consullé la faculté de tliéolocie ,
.qui ayait répondu, le aâ mars i5oH, en fâi-
sant Fapologie des mesures déjà prises.
Il ^i^ait convoqué à Tours une assemblée .
'àe «obles, de gens d'église et du tiers- état,
" pour le mois de mai suivant. Cette assemblée
«'expliquant an nom du peuple français^ de-
manda unanimement au roi que les Templiers
lussent pouTSuiTis et punis. •
Une circonst^iance très -digne de remarque,
c'est que, d#ns cette supplique, le peuple
français non seulement demande la punition
des prétendus crimes des Templiers^ mais
encore observe que le roi n'a pas Lesoin du
concours du pape pour exterminer des héré-
tiques notoirement coupables :
u Le chef des enfans d'Israël, MoiLse,::Cet
K ami de Dieu , qui lui parlait face à face ,
(c s'écria dans une semblable circonstance ,
tt contre les apostats qui Waient adoré le reau
ic d'or : Que chacun s'aiime du gjlaiyb et
« FRAPPE. Et il ne demanda point , pour cette
«vengeauce, le consentement dAaron, qui
4» DES TEMPLIERS.
«t était le grand** prêtre établi par Tor^lre de
H Dieu.... (Tons les Templiers sont hodiicides
«ou faateui» d'iK^asiiiCides Eh! pourquoi
« lé roi tfès-chrétien fte procéderait-il pas de
(c la sorte» même contre tout le clergé, si mai^
«*hraeeu8emeiit le clergé tofudMiit dan^ Fer^
« reur^ ou soutenait et ia^wisait cisax: qui j
« ftOat tombés? (i)
Il est évident que ces idées singulières pour
le temps ayaient été dictées par la politique
du roi et de ses ministres ^ qui opposiùent ha^^
hitement ce lang'age hardi, ce ▼cm iftïposànt
du peuple français aux prétentions ou aux
sompules de la cour de Rome.
Le monarque avait jugé utile que tout le
elergé de fVance participât h te vùtu. Quel--
(i) CuB&iastaaciadeYaiësi^p^^caipopuIus regui Fraocia
quatenos adTertat tegii^ magestasi qiiod.«.; Pnnoepftfr»
liorum Israël, Moyses, arnicas Beî , oui facîe ad faciem
Dominiis loqucbatur, cùm propter simJlrîn aposlasiam
filiorum Israël > qui titulum aureiun adoraverant, dûdt :
AcmiÀt tntttaqjnÈqpt ^ItAImitm Ifr iinm#iciA^ maxir
Mirnf 9UUM oonsensu Aaron fratrîs ëtti qnî mtsunre
mus sacerdos constitutus de maD<lato Domini miuiroè
requisito.... Isti Templarii omnes sont homioidae, velko-
uûcldiorum fantores Quare non sic procedet rei: et
prlnceps cliristîanissimas, otiam contra totiim clerum,
61 sic erraret vei erraut/ç$ sastiueret vel faveret ?
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FIÉS templiers: 43
^qiies évéq(^:Vfê»t réfiaaé on négligé ik se
f^i^re à rassemblée, il leur fit payer la dë--
pense des.autres.prékis «jmiaTaieiii tifaii^*à
convocaliun. (i) ' ' • * '
^U\m> à^. moyens tpà contnbyâient lè
efBt^cèment aux stoccès cfu 'ambitionnait Phi-
l^pp^-rlerBely c'étaii de traiter lai -même eft
personne les affidres iÉnopotialsliei «jui "èm^
geaieiit Le secret et la célérité*
<^ ;iA^f«M4é;pfakcer la ibiare hmhi téte iteiW-
chevéque,d<^ iiordeatiX, il s était concerté avec
^jîpffjaMfa eoiiférencfe'éeRSeintHiim
c.^jBnî>uUe .il aviul a^âu^ à Lyon au couronne-
iliit 4u nM^masa papev^ punir les ièt«sr'€fc
iS^céiéiHOnies religieuses, il avait uàédité et
nll^ ses ipedptiuibies rproiieis^ On le Tem
bientôt accourir au concile de Vieniip , y
îi^ié-4u ^verain fpMAi£e; mâiatè^
nant c'est lui-même qui apporte dans Poitiers,
4l(fjiémeQt y > ie vœu (ab^qurimé fpaf le peuple
(i) Hoc Item iauio nisMktiiin Fbi%po FratÉi»
coi*m re^ , quo fmetpkiir pvdbtîs ^prfmaem Bitiirîocvi-
sis , qui non interftierant cuidam conrentui quem feœmt
rex super facto Templariorum^ quod solvereut^expeusas
prelatorum qui adf uerunt
G<dJ^L» Cmrmst., in8trumBnii^Ecck$iœ Clara-
mofiÊenns, t, a.
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m
44 DES TEMPLIERS.
' Hy 6at de Tires discuMons entre le papè
et le roi, et surtout entre les persoiioes (jui
paidâie&t ou agiraient en leur nom.
A son arrivée dans Poitiers, le monarque
s'était prosterné devant le poiitdé et avait
humblement' baisé ses pieds. Pendant le cours *
des négociations > Clément Y ajant voulu s'é-
vader et se retirer à BordeanJi^, ses bagages et
ses trésors furent arrêtés aux portes de la vitte.
L'activité vigilante du roi, ayant décottyeit le
projet, en pmpécha l'exécution, (i)
Pour donner au pape la conviction des pré*
tendus crimes de l'Ordre, on lui présenta le
29, 3o juin et 1/' juillet i9o8', environ
soixante-et-dix Templiers choisis parmi ceux
qui avaient cédé aux menaces ou avA tourmens.
T^us ne répétèrent pas leurs précédentes dé-
clarations* Jean de Valgellé, Tun d'eux, sou-
tint ensuite devant la commission papale à
Paris, qu'en présence du pontife il n'avait rien
avoué, et plusieurs autres révoquèrent a Paris
les dépositions que la torture et les menaces
leur avaient arrachées, et, se rangeant parmi les
défenseurs de TQrdre, confirmèrent, par une
mort sublime, leur vertueuse rétractation.
(i) Jodsrjsfsa Cajsfonig, Srt, Vxct. , Fita démentis.
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DES TEMPLIERS. 4$
Le a luiUety le pape, tiot un consistoire pu-
blic, où, devant son clergé, ks grands et le
peuple, on lui les dépositions des soixante-dix
Templiers.
Cet appareil juridique frappait sans doute
le Tulgaire ; mais que devaient penser le»
personnes éclairées, quand elles reconnais^ r
saient par les dépositions mêmes de ces infor^
tunés, qu'ils avaient été torturés ou présentés
à la torture ? Ignoraient- elles que si oïdinai*
rement des coupables se réi>ignent à l'épreuve
des tourmens plutôt que de faire dea aveux
qu'on n'exige que pour les condamner à la
mort, dans cette cause, au contraire, les ac»**
cusés étaient d'avance assurés de l'impunité et
même des i>ienraits du roi, s'ils ikisaient les dé-*
clarations exigées ? Il était donc évident que,
ceux qui refusaient les aveux ou les révo-
quaient, ne pouvaient être animés que par un
sentiment d'honneur et par leur attachement
à la vérité et à la religion.
Quel eilèt dut produire sur cette nombreuse
assemblée l'interrogatoire relatif au trésor
de l'Ordre î.6es richesses étaient -elles sou
crime ? (i) * »
(i) l^àtomiov DE Jbak ds Foi.hao.
Interrogdtas si scmt àli^id de thesaaro et pecuniftOr^
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46 DË& T£MPLIËR&
. Le 5 du même mois, le pape écriTif à rio*
^piisiLeur Guillaume de Paris :
fi Quoique tous ajie& à juste titre mérité
« mon indignation , de ce que étant si voisin
m de moi, ircuis avez eu i auciace de procéder
«ç sans ma réquintiaii contre le» Oievaliers du
«« Temple 9 je veux bien toutefois user envers
m VOUS de eléflieiice plutôt que de sévérité, et
« d '«tprès les instances souvent réitérées du roi
« dsi^Fvanoais, jeVous permets de procéder
« avec les prélat^ du rojffaume et les délégués
9 que je leur asiocierai; mi|is noB autre-»
'% meat, contre les personne de l'Ordre du
« Temple* »
On se garda bien de présenter au pape le
grand-mattre et les autres ehefe de l'Ordre. On
les traduisait deyant lui; mais on les retint à
Ghinon , sous prétexta que quelques uns
étaient iiialades et hors d'état de continuer
leur route jusqu^à Pojliiers.
Mais pourquoi le pape^ dan^ une occasion
^inis^dtxitquodaudÎTit diet a Delphlno prsedicto (j[iiod
ciuB loAgkSler lemt àe ultra mare, portavU seeum csk-
rVM XT QUXITQVAOIKTA Xl£X.IA rU>AKNORirM AU^UmOK XT
0£CaM SmCARIOS ONERATOS TURROKUM OROSSOR0SC.
Ih^uU. Gonfr. Templ. in çwr^ fiti9m> Àrf^ 4u Fkiiean,
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DES TEMPLIERS. 47
ai importante, dans une oSÙme tpui intéressait
si essentiellemeni la chrétienté , ne ae trans^
porta-t-il pas i GliiBOii, qui n'est qu'à une
petite distance de Poitiers? Pourquoi du moins
n'app^la-t^il pas à PoîtierS' teisix des cheft qtii
n'étaient pas malades ? Car une buUe atteste
qu'ils ne Tétaient pas tous (1). Pourquoi ne
mit-il aueun empressement à entendre le
grandHEDattre, qui lui arait toujours demandé
d'être admis 4 justifia l'Ordre ? Et puisqu'on
reconduisit ces ichevalie]» de Gbincm à fiar^^
pourquoi ne leur fit-on pas faire le court tra-
jet de Oûnon à Pditiersi avant de les ramener
dans leurs prisons ?
, Xic pape devait 3tnettre à interroger et à
entendre le grand -maître, un empressement
d'autant pllb grande que dans Tune des dépo-
sitions (a) publiées dans le consistoire, on lit
que les Templiers prisonniers à Paris aTaient
(i) QuipAM ex. ijpsis sifi iufînnabaAtur hoc tempor«
^od iQiriTAiut non poterant oeo ad BOftnun pveteûtûna
quoqao modo adducî. 3 kaLjan.j an Mr pontif,
(â) Déposition de Jean de Folhac le témein rapporte
la lettre en ces termes ; Scîatis quod rex et cavdinaks
cras renient atl doinum istam. Alii îmti es revocabunt
confessionem. EevocetisetYos^ et tabulai reddatis por-
tatori.
«
48 DES TEMPLIERS.
reçu des lettres du graad -maître^ qui Iqs ea-
gageait à rétracter les aveux^
Jl est certain que Tentrevue du pape et du .
grand*- maître eut mneaé des jéclaircissemens
importans. Ou les craignait, un les évita.
. Ije. p^P^ avait pjermis aux évéques de
procéder contre les Templiers. D'après sa .
volonté, et surtout d'ajprès les loi» ecclé-
siastiques, chaque ^évéque • n'avait droit de
procéder que.daos son diocèse, et seulement
cont^ Içs piersonnes soumises à sa juridic-
jtion : la cour de France, importunée par ces
formes , demanda que le pape autorisât les
évéques à informer dans leurs diocèses contre
les chevaliers étrangers qui s jr trouveraient,
et le pape n'osa pas refuser rautorisation.
Alors le roi sollicita encore le |tape de don*
ner à chaque évéque le droit de poursuivre les
Templiers, même hors de son diocèse ; et
quoiqu'il n'y ait jamais eu peut~éUe d e-\einple
d'une telle violation de l'ordre des- juridic-
'tions, le pape ne résista pas davantage.
Enfin, avant que TOrdre lût jugé dans un
'Concile, avant qu'aucun tribunal eût prononcé
'^suT les accusations dont on noircissait les Che-
valiers, Clément V lança une bulle d'excom-
xuunicatxon contre toutes les personnes qui
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DES TEMPLIERS. 49
accorderaient aide^ secoursi retraite ou coa-*
seil à ces infortunés. (1) . ^ - >
A-t-on besoin de recourir à des mojrens
aussi yiolens> quand il s agit de punir un yéri^
table délit ? ,
Dans rentrevue de Poitiers, il„ a^ait été^
convenu <ju^un concile œcuménique stîiait
convoqué à Vienne pour prononcer Taboli-
tion de l'Ordre. ^
Le pape nomma une conmiissionqu il char-
gea de se rendre à Paris et d j prendre contre
rOrdre en général une information juridique ,
(x) Nos enim bmnes et singulos, cujuBcumquepnee^
nûnentUe tùat, dignitatis, ordinis > condîdoms aut status ,
etiam si pontificalî pnefulgeant dîgnitate, qui supra dictis
Templariis , vel eorum allciii, scienter, publicè, vei*
OOCULTÀ, FR^STABUNT AVXtLlliM,, COUSILIUM, YSI* FAYO-
EBM, yel alias ipsos, vel aliqpios ipsorum receptare
retinere y aut eis ut piremittitur farere presumpserint , avf
torîtate presentis^ e&cojocujmicatioms s£nt£14tia inno-
BAMUS
Absolutionem pnedictonimi pneterqnam in mortis ar^
ticulo, ac relaxionem ipsius interdicti nobis nostiîsque
succesboi ibus reservantes. Si (]ins autem his atltTiiptai-e
presumpserit , indiguationem omai-poteatis Dei et bea-
torom Pétri et PauU apostoloram ejus se noverit iucur-
sanan. Datum TolosS; 5 h€Uênd. 7atmaru,poiU^icaiû»
no9tri arniQ quarto.
5o DES TEMPLIERS.
dont les preuT^ pussent motiyer la décision
du concile.
Les membres de cette commission furent :
L'arcjievêque de Naibonne; les évêqiies de
Bajeux , de Mende , de Limoges , les archi-
diacres de Pluucu, de Treille, de Maguelune;
le préyot d'Aix.
On présume aisément par tout ce qui a pré-
cédé, que les ministres du roi ne fuient pas
étrangers à la rédaction de Tacte d'accusation
contre les Templiers.
Mais il n'j a nul doute que cet acte d'accu-
sation n'ait été rédigé à la cour de France : par
une singularité assee remarquable > on a gardé
au Trésor des Chartres , le brouillon original
de cet acte , sur simple papier , chargé de
quelques corrections (i) et tel qu'il se re-
trouve parfaitement mis au net sur le yélift
envoyé par la cour de Kome.
(i) Voici €[uelq[uesruues de ces corrections i
Ait. 5i. Leâ mois ; lUorutn ^ui eraiU in capUulUj
sont ajoutés.
Ârt 55. Ajouté en en^r.
Art. 61. Finissait ainsi : et portarerU de nocte»
Gorrection : ei uoniùUiè porimni et hœc fa*
cieharU du iwcte.
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DES TEMPLIERS. Hi
La bulle qui ordonnait d'informer contre
rOrdre , prononçait que l'Ordre entier et
chacun des Clieraliers qui voudraient le dé-
fendre^ seraient cités par devant les com-
missaires, et que rinformation achevée, TOr-
DRE, PA.a LE MINISTÈRE DE SES StNDIGS OU
DéPElfSBTJftS , COMPARAtTRÀlt DEVANT LS PON-
TIFE DANS lîN. CONCILE GÉl^ÊRAL.
Toute la chrétienté fut divisée en arrondis-
semens , dans lesquels chaque archevêque ,
chaque évéque , tous les délégués du pape et
tous les inquisiteurs reçurent Tordre exprès
de poursuivre les Templiers. Ainsi, en France,
en Angleterre, en Suède, en Norvège, eu
lOanemarck, en Allemagne, en Pologne, en
Espagne, en Portugal, en Italie, dans les îles
de Majorque, de Corse, de Sardaigne, de
Sicile, de Chypre, dans le duché d'Achâîe et
& Comtaatinople» il ne kur resta plus ftueun
»*
Art» 68. Le mot />nea^H^ est ajouté. . -t -
Art. ^. Fr^èrè yèràvân t item }jlùiili mti M^HiÙSf^
fktêèê mh fcmHquo. * ' « ' "' '
Conectioii : Item, quod non esi menloria ali-
cujus dê Ordine qui piuat
Art 97. Les mots ut débtbaht, ont été outés.
• ASPt. 137 . In toto cotisistorio , a été comgé yar ^Uno
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Sa DES TEMPLIERS.
asile; partout ils furent sous l'œil et . sous la
zçiam de 1 Iii(|uisilioii. (i)
Cependant les éréques ou les inquisiteurs
interrogeaient dam toute la France les Tem-
pliers arrêtés»
Dans la procédure faite par révéque de
Glermont, en juin i5og, soixante-neuf Tem-
pliers comparurent; quarante firent des aveux
et vingt- neuf soutinrent rinnocence de TOr-
dre. (2)
Après les dépositions, Févéque les. rassem-
bla tous ; d'un côté furent placés ceux qui
(t) lia bulle ad omnium fitB notUù^, fut adressée,
d'après l'indication du registre de la eorrespondance de
Clément Y, à solxante^tHlis.-huit archevêques dans la
chrétienté , etc. etc. , aux patriarches de CoiUtantiiiople,
d^Aquilée ,-de Jémsalem , etc. etc.
#
(2) Ftedictos fratres examinatos ad nostram adduci
fecîmus preseatlam ^ confiteniibiis ab ttoâ parte positis et
negantibus en alterâ Dictique negantes ante nobis
interrogati suis depositiouibus se asserueruut velle per-
aistere i protestantes qu^ si de cetero meta tormenti , Tel
carceris , yel alterius poeiue seu maoerationis carms , coit«
filerentur alia quàiu confessi sunt , uolunt quod credatur
cisdem nec quod eis uoceat^ quouûnùâ per primas depo-.
sitîones suas fiât eis justitÎK complementum. • -
Interrogati qui faenint ante nobis prelktî firatres con- -
iitentes^ an velleut aliquid ad eoi uiu dcHeasioncm propu-
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DES TEMPLIERS. 55
avaient fait des aveux , et de lautre ceux qui
étaient restés fidèles à l'Ordre.
Les Templiers fidèles, interpeUé%de nou-
yeau / déclarèrent qu ils persistaient dans leurs
réponses, et qu'au reste , si par crainte de
la torture, de la prison du de toute autre
peine corporelle, ils faisaient dans la suitd
quelques aveux > ils demandaient que ces
aveux ne fussent pas valables et que la justice
n'eut égard qu'à^leur première déposition.
Les autres, interpellés s'ils voulaient propo-
ser quelque défense, ou attendre le jugement
définitif, répondirent unanimement qu'ils ne
voulaient ni se déiéndre, ni être jugés, mais
qii'ils se soumettaient en tout et partout à la
miséri/corde de l'Eglise.
> Quelle différence entre le courage inébran-
lable des vrais Chevaliers , et la timide et
lâche conduite de c^nx qui abandonnaient
l'Ordre !
nere,et aiiTeilent)udîciûm vel deffinitivam sententiam ex-
pectore, qui qmdein unanimiter respondemnt quèd noie-*
limit altquid proponere , nec sententiam audire , sed eccle*
aiaenaiseï icordiae se la omnibus etper omnia submiserunt.
ARTlCUZa JiT JN^ORMATJO FACTA PSrDoUIITUM
EPÏSCOPaM CjLARAMOJSrTBNSMM COITTJLâ TsU'*
BiBidOT. IMPER, f manmcriu de Baluze.
64 PES TEMPLIERS. *
ï/é\èquc d'Elne (i), par ordre de l'arche-
véque de Narbonne, avait pris, durant le moU
de févrj^r, une iiilurmatioa contre vingl-
cinq Templiers de la maisoa de Mas-Deu,
détenus dans le château de Trulars.
Cette procédure est un monument remar*
quable.
Tous attestent la pureté çt Tinnoceace d^
rOrdre, tous déclarent qu'ils ne croient pas
qu'4ucua Templier ait avoué les crimes in-
vraisemblables et honteux que suppose Tacte
d'accusation. Si quelque GheYalier , disent-^ils^
a fait des aveux > fôt-ee le grand-maître, il bu
▲ MENTI PAR SA. QO&GMb {à)
L'un d'eux ajoute : m Ceux «pi ont fait de
«c tels aveux ne sont pas des Templiers., mais
« le diable incarné dans la peau des bammes. »
Ils expliquent en détail les règles et les
usages de TQrdre ; ils déposent entre les maibs
(i) li'évéché d'Elue a étémnrféré à Perpignan.
■
(9) Mentitos est rsa ovIiAK sua» faiso modo
Illos non fuisse fralres Tenipli, sed j>iabolus m pelle
RdYMViTDt Eprscopi sslskbstsîs ijrçtrisiTt^
CONTRA TeMPLARIOS.
Bjbx>* infjp, , mamscriU de Colberi-,
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DES TfiMPHEaS. 55
de 1 evéijue le livre des 9tatut3, qui conyneaçe
par ces moto en langue romance : Quam al-
GUN P&O CM a£QU«KK LÀ COMPAYA DE I^A MaïSO*
Leurs réponses, dictées par un sentiment à
la Ibis religieux et chevaleresque, ^accordeat
non seulement avec les dépositions des autres
Chevaliers fidèles, mais encore avec le texte
des statuts de l'Ordre , qui n'ont été retrouvés
que depuis peu d années.
Mais pourquoi s'arrêter à ces procédures
partielles qui précédèrent les grandes opéra-
ûoDs de la commission papale; opérations dont
devait dépendre le sort de FOrdre entier?
Cette commission se réunit à Paris, le 7
août i3o9, et ordonna que les frères du Teui-
plo lussent cités devant elle au premier ^our
non fériat; après la Saint-Martin d'hiver*
Elle envoja des, messages pour faire puhher
la citation en présence du clergé et du peu-
ple ^ dans les cathédrales, collégiales, églises
et écoles , dans les principales maisons de
rOrdre, et dans les prisons oii^les lemphers
étaient détenus.
A l'époque désignée , la commission s'as-
sembla à révéché de Paris ; mais durant plu-
sieurs séances, personne ne comparut au nom
de rOrdre'; de nouvelles citations jurent laites
m ^
4
56 DES TEMPLIERS.
à cri public. Les commissaires prorogèreat le
délai , parce cp'ils s'étaient aperçus que les
mandemens donnés pour citer les Templiers
avaient été ou mal interprétés , ou non exé-
eûtes*
Que, dans les provinces éloignées, cela fût
arrivé, il nj aurait eu rien de surprenant;
mais que penser, lorsque à Paris, sous les
jeu\ même de la cour, on avait négligé ou
plutôt refusé d'intimer cette citation aux pré-
venus? Si devant les inquisiteurs, ou devant
révéque de Paris, ils avaient avoué librement
l'hérésie dont l'Ordre était accusé, pourquoi
craignaitH>n de les avertir qu'il étaii permis de
le défendre ? Devait-on attendre que les com-
missaires du pape refusassent de commencer
leurs opérations, avant que ce préalable sacré
n'eut été rempli? 11 est évident que la cour de
France ne voulait qu'un simulacre de procé-
dure, et qu'elle cherchait à éviter les explica»
fions franches et les justifications courageuses
des Chevaliers*
Cependant Tévêque de Paris, invité par la
commission papale, va lui-même iaire publier
la citation dans les prisons où étaient gardés
le grand-uiaîlre, le grand-visiteur et quelques
autres chefe, et ensuite il fait remplir la même
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DES TEMPLIERS. 67
formalité daas les autres prisons de la ville et
du diocèse*
On peut juger encore de Tesprit qui diri-
geait les ministres du roi , par un événement
consigné dans la procédure.
Les commissaires apprennent que le prévôt
du Ghatelet a fait arrêter, emprisonner et. tor-
turer quelques particuliers qu'on présumait
être venus pour défendre 1 Ordre.
Le prévôt appelé par la commission /
déclare (1) que les ofHciers du roi avaient^
ordonné de saisir sept particuliers en habit
laïque^ dëuonoés comme Templiers fugitifs
cffa, ayant quitté Thabit de TOrdre, étaient
venus à Paris avec de l'argent, pour procurer
des avocats et des défenseurs aux accusés ; il •
avoue qu'il a fait donner la question à ces
étrangers, mais qu'il ne croit pas qu'ils soimt
Templiers.
La commission ordonne au contraire d a-
mener devant elle tous ceux qui voudraient
déiéndre TOrdre*
' Ainsi, dans le même temps que la commission
papale faisait appeler à cri public, au-devant
de la porte de rÉvéché, les personnes qui
(1) Proeet^ oontra Templar.
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I
1
I
58 DES TEMPLIERS.
désiraient défeadre l'Ordre » 1^ officiers du
roi arrêtaient tous les malheureux $oupçoniiei|
de s'mtéç^ïser à cette défense ; on les empri-
fonnait, qh Ifs torfurait, cmime TempUera
présumés !
Qu'oa juge commeatoa traitait les Ghera-
liers ^ux-mêmes !
• Cependant la publieatioH de la citation dana
les dilierentes prisons de Paris, avait réveille
Tespérance et Iç courage des accusés. Op^
primés par les officiers du roi, et par les
inquisiteurs, ils apprirent avec joie que, sous
les yeux et par les soins d'une commission
nommée par le pape, le procès contre TOrdre
entier serait instruit avec une publicité et une
, solennité dignes de ses malheurs.
Le mercredi 26 noTembre> J acques de Molat
parut devant les commissaires. Ils lui deman-»
' dèrent s'il Toulait défendre TOrdre ou parler
pour lui-même.
Le grand -maître leur dit : « Il serait
« étonnant que TEo^lise mît tant de précipita*
« tiou à exiger la défense de TOrdre, lorsque
« la sentence relative à l'empereur Frédéric a
« été suspendue pendant trente *deux ans. Je
«< n'ai ni assez de lumicics, ni assez de talent
« pour défendre TOrdre; cependanl; je suis
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DES TEMPLIERS. S9
«c prêt II le faire> seloo mes faibles moyem ^
«ne serais -je pas vil et méprisable à mes
M jeux et aux jeux des aut^'es, si j'abandoii»
« nais îa défense d'un Ordre qui m'a procuré
« taat de précieux avantages ? «le ne me dis-^
« sipiule pas la difficulté d'une telle entve^
u prise , lorsque je suis captif du pape et..
« du roi 9 n'ayant pas lè moindre argent pour
ic fournir aux lirais de cette défense^ je de-»
« maade donc secours et conseil. Mon inten-^
<c tion est que la vérité soitéclaireie^ non seu-
le lement par les ChevaUers^ mais dans toute»
m
« les parties du monde^ par les.rois^ princes ^
« prélats, docs, comtes, barons; je suis préff
tt à m'en tenir aux dépositions et aux téaioi-
« gnagesdesrois^ princes, prélats, ducs, comtes
« et barons, et autres hommes probes (1)».
Les commissaires répondirent :
<c Réfléchissez bien sur votre offre de dé-
« fendre l'Ordre ; pensez aux aveux que vooa
« avez faits contre lui et contre vous-aicine.
« Néanmoins nous vous admettrons à le dé^
«fendre, si vous persistez dans ce dessein;
« nous vous accordons même un délai ; mais
« en yous avertissant qu i^u niulière d'Iic-
(1) Procès, contra Templar.
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6o DES TEMPLIERS.
«résie, on procède sonimairenient et sans
formalités^ sans plaidoyer d'avocats ni forme
«r de jug-ement fi) ».
Afin cpiïL put délibérer avec connaissance
de cause 9 les commiissaires firent lire, en
langue vulgaire , les pièces qui contenaient
leurs pouvoirs*
Durant la lecture des lettres apostolicjues,
<jui supposent les aveux du gvand -maître en
présence des cardinaux qui lavaient inter-
rogé à Cliinon, il fit et répéta souvent le
signe de la cioix, et, par d'autres mai^ues
plus énergiques ^ il manifesta son étonnement
et son indignation, ajoutant que s'il ne de-
vait du respect aux envoyés du pape, il
s'exprimerait différemment ; et , comme les
commissaires lui répondirent qu'ils n'étaient
point là pour accepter un défi, il répliqua
qu'il n'entendait point parler de cartel, mais
que plût à Dieu cpi'on a^t dans ce cas ,
comme agissaient les Sarrazins et les Tar-
tares, qui tranchent la téte et fendent le
corps par moitié à ceux qui sont reconnus
pervers. Les commissaires lui notifièrent alors
que ceux que l'Église reconnaît hérétiques
(i) Procès, contra Tempiar,
DES TEMPLIERS. 6t
ol>stinés, elle les abandonne à la justice sécu-
lière*
Guillaume de Plazian^ officier du roi, assis^
tait à cet interrogatoire ; les commissaires ont
soin d observer qu'ils ne Tayaient poiAt ap-
pelé. Ce courtisan dit au grand- maître de
Lien prendre garde à ne pas se perdre im-
prudemment* lie grand -maftre répond qu'il
voit bien qu'il doit sagement réflécl^, et il
demande jusqu'au vendredi*
Ainsi, la première fuis que le grand-qiaître
parait devant dpsagensinipartiaux, il se récrie
sur ce qu'on a inséi^é dans les lelires aposto-
liques des ayeux qu'il dénie formellement*
Et ces aveux sont relatés dans une bulle qui,
adressée à toutes les cours de la chrétienté»
se. trouve partout datée du 12 août, tandis
qu elle rapporte les prétendus aveux à la date
du lendemain de la féte de l'Assomption ,
c'çst-à-dire , du 16 août (i)î Et cette bulle
atteste que le grand-maître a abjuré, son hér
résie, et a été réconcilié avec rÉglisel Cepen-
dant le grand-maître était traité dans sa prison
à Paris ^ soit quant à Tentier dénûment.de
tout secours pécuniaire^ soit quant à la priva-
« •• ■
( 1 ) FiiEUET^-fiList Ecdéskistiquei Ut«xci; a le premier
fait cette remarque importante.
63 DES TEMPLIERS.
lion des secours spirituels , comme un Tem-*
plier toujours supposé hérétique et non récon-»
Une âlUM eirtoiistii&ce à remarque!', c'est
qu'un offîcier du roi soit présent à l'interroga-
toire ^ sânsy A^ùit été appelé ; ce courti^ , lié
amitié avec ie grand-maître avant sa disgrâce,
feint de é'intél^ésser encore à cet infortuné , et
ti'assiste à son interrogatoire que pour le dé-'
courager dans ses projets de défense.
' Favori de Philippe, Guillaume de Pla-
Éiati avait dénoncé Boniface VIII , datas ras-
semblée des états -généraux. Après la mort
du pontife romain, il avait été envoyé à
Rome pour s'entendre avec Benoît XI. Il ve-
nait de triûter à Poitiers l'affaire des Templiers
et avail obtenu, au nom du roi, qu'ils fussent
poursuivis comme hérétiques (i). On sent de
quelle influence pouvait élre la présence de
ce courtisan, que le grand-maitre regardait
encore comme son ami; et Ton devine i
quel dessein il avait offert ses conseils.
(i) SvM petitiones per militem Gnûllennitm de Fbh
sîano porrexit super facto Templarîorum , exponens ipso.i
inventos fuisse hxreticos, peteus dictas miles ut dicû
.Tem^larii sictu hierelîd pimiantnr. JI^am.»W/. ^Mp.
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DES TEMPLIERS. 63
Le 27 du même mois> comparut derant les
commissaires Ponsard de Gisi :
LES COMMISSAIRES (l).
« Vpulez-yous défendre Ternira ?
Ht PONSARD DB GISI.' ^ ^ ^ ^^î^^ '
« .Oui ; l'imputation qu'on nous fait de re-
« mèp Jésus-Gbrist, de cracher sur la croix,
t« et d'au Loriser des mœurs infâmes, et toutes
« 1^ accusatioils semblables'^ sont fausser. Si
tf moi-méiiie, ou d'autres Cheyaliers, nous
«ayons fait des aye^x devant l'évéque de
« Paris ou ailleurs, nous avons trahi la vé-
« nié, nous aycms cédé à la crainte, au pé-
« ril, à la violence. Nous étions torturés par
f( Hexian de iieziers, prieur de Montfaucon^
« et par le moine Guillaume Robert, nos enr
« nemis ».
« Plusieurs des prisonniers étaient convenus
» entre eux de iaire ces aveux poiir évMer
« la mort, et parce que, durant l'épreuve des
fc tortures, trente-six Chevaliers étaient morts
« à Parîs^ et un grand nombre dans d'autres
« pajrs.
et Quant à moi , je suis prêt à diéfendte
(i) Procès, contra Temjphr,
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64 DES TEMPLIERS.
« l'Ordre» en mon nom et au nom de ceux
qui leruiiL cause commune avec moi, si^
u sur les biens de l'Ordre , on m'assigne de
ce quoi fournir à la dépense iiécessaire. Je
«c demande qu'on m'accorde le conseil de
«( Rajnaud d'Orléans et de Pierre de Bou-
«( logne^ prêtres de l'Ordre.
« Je dépose cette cédule (i) où j'ai écrit de
K ma propre main les noms de ceux que je
f< regarde comme nos ennemis*
•
LES COMMiââAlKSS.
« Avez-Yous été toi luré?
PONSA&D DE GISI.
« Oui, trois mois avant Taveu que j'ai lait
« devant l'évêque. On m'avait lié les mains
u derrière le dos d une manière si forte, que
« le sang coulait presque par les ongles ; je
« fus pendant une heure abandonné, en cet
« état, dans une basse^fosse. »
r
I
(i) Ces sont les treTtonrs Itquel ont préposé fiiuselé et
debaate contre ceate de la religion deu Temple. Gailial-
xnes Robert moynes qui les mitoyet à geines^ Esquîus de
Flexian de Biteriis, eu prieus de Montfkucon, Bevnard
Pàleti , prieur de Man et Gendis et Ererances de Boxxol
echevalier Tcneus à Giâoiâ. Procès, contra Temphr.
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DES TEMPLIERS. 65
Ce .cheralier^ qoi le premier a le courâge
de se poster pour déiènseur de l'Ordre, ne
peut s^empécher de manifester se» craintes à
raiâoa de ce courage même : il prévoit qu il
sera-maltraité. Les comimssaire&le recomman-
dent aux inspecteurs des prisons.
J'ai du à Ponsard de Gisi l'honneur de le
nommer, iaunédiatement après le grand-
maître , à la tête des nombreux Chevaliers
qui bientôt nous feront admirer leur sublime
dévouement. Je rassemblerai les autres ré*
ponses qui m'ont paru dignes d être répétées
par riûstoire (i).
Le grand-maitre reparaît devant les com-
missaires.
LES COMMISSAIKES.
-
et Youlez-vous déiendre TOrdre?»
tt Vous m'avez lu des lettres du pape, qui
tt se réserve mon jugement; je ne vetut pas
«c défendre l'Ordre devant vous; je demande
«< d'être admis en présence du pape.
(1) On présume aisément que Ponsard de Gbi fut
Vunç dos premières victimes iiyrées awL bûchers.
5
r
^ Diaitizec
Digitized by Goc)',!K
■
I
m DES TExMPLIERS.
«c Faibla et morliel , ye n ai que cet instant
« .peut-étrç pour réclamer ce droit sacré. Que
tt le pontife m'appelle. Oui , qu'il m'appïdile
« AU plutôt ; et en sa pré^euce je parierai ,
« selonmea mojent^ àla glaire de Diea et de
« l'Eglise.
LES GOMMISSAI&£S»
ce Nous n avons pas à nous occuper des per-
te sonnes ^ nous sommes euTOjés par le pape
« pour iniormer contre TOrdre entier.
tt Je TOUS requiers d'a^r loyalement et fi-
ce dèlemeat; cependant^ pour lacquit de ma
tt conscience 9 je présenterai ttois observations
« en faveur de notre Ordre :
« i* Ëst-ii aucun Ordre où les églises
« soient mieux pourvues, et de riches orne-
€1 mens, et de tout ce qui est uécessaire au
« cuite divin; où le service se lasse uueux par
« les prêtres et par les clercs ? Je n excepte
<c que lei> cathédrales.
« 2° Aucun qui répande autant d*aumones ?.
« Dans toutes nos maisons , il est de règ'le
<c d'accorder l'aumône trois fois la semaine
« à tous les pauvres qui se présenteat.;
"S,
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DES TEMPLIERS. 67
n 3* En esiril aucun dont les GheTaliers se
u soient exposés aus^ généreusemeut pour la
» défense de la religion chrétienne contre les
« Infidèles, aient répandu autant de sangpouir
t eUe, et se soient fait également ledouter des
« ennemiâ de la fui catholi(juQ? •
LES COMMISSAI&BS.
^ Sans la foi, ces soins, ces œuvres, cette
«i :Ndeur ^ sont inutiles air salut de l'Ame.
« Je conviens de cette vérité. Mais j'atteste
u que je crois enDieu, àla Trinité des personnes
« et à tous les autres articles de la foi catho*
B lique; je crois cju'il ny a qu un Dieu, qu'une
« foi, qu'un baptême,- qu'une Éj^lise, et qu'à
« la mort, quand T^e se sépare du corps, il
« jr a un juge des bons et des méchansM.
Le chancelier Guillaume deMogaret, pré-*
sent, prend alors la parole^:
« Dand les Chroniques de Saint* Denis on
«trouve qu'au temps du sultan Saladin^ le
<c grand' maître et les autres chefs de TOrdre
u lui prêtèrent hommage , et que le sultan
te a;^ant appris leurs revers, les attribua à ce
« que les Chevaliers étaient coupables d'un
68, DÉS TEMPLIERS.
« vice infâme, et à ce qu'ils avaient préva-
le riqué dans lew foi et dms leur loi^
U ORAKD-MAiTRE.
V Jamais, jusqu'à ce jour, je n'avais entendu
ce de telles calomnies. Quand j'étais outre mer.
Ci et pendant le magistère de Guillaume de
il Beaujeu, moi et plusieurs jeunes gens qui vou-
« lions guerroyer, comme c'est la coutume des
« jeunes militaires^ nous murmurions contre
ce le ^and- maître qui restait eh paix avec le
a sultan durant la trêve que le roi d'Angleterre
•c* avait établie entre les Chevaliers et les Sar-
cc razins ; mais, dans la suite, nous fumes
« cobvaincus que le grand-maître agissait
ce prudemment , attendu que l'Ordre possé-*
« dait plusieurs villes et forteresses enclavées
« dans les terres du sultan ».
Ne sera-t*-on pas surpris de la présence du
chancelier? Par ce soin d'observer et d'inti-
mider les Templiers en public et sous l'œil,
même de lajustice, qu'on juge de ce qu un
osait dans Tombre et le secret des prisons.
Le chancelier ne pouvait ignorer la fer-
meté avec laquelle le grande maître > dans sa
précédente comparution, s était récrié contre
ses prétendus ave^x çnoQcés dans la buUe^ et
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' DES TEMPLIERS: 69
ee ministre ne prend la parole que pour lui
opposer les Chroniques de Saint Dénis ^ où
il s'agit d'un fait ancien et très- étranger au
procès !
Pourquoi n'engageait-il pas avec le grand-
maître une discussion relative à sa foi, à ses
aveux, à ses rétractations?
Cependant les commissaires reconnaissent;
par les réponses des archevêques, évéques,
vicaires et otficiaux, que dans la plupart des
* diocèses, on n'a point observé les formalité^
prescrites pour citer valablement les Cheval-
liers détenus.
Les commissaires ordonnent .de nouveâu
l'exécution de ces formalités; et le monar-
que, par son adhésion, autorise enfin les
gardiens des Templiers à les représenter aux
évêques qui doivent leur notifier la citation.
C'est aux seuls ôlficiers du roi qu'est com-
mis le soin de traduire à Paris, dev ant la com-
mission papale , ceux des Chevaliers qai de-
-inanderunt à cléfeadre l'Ordre.
Dans les instructions adressées par le roi
à ses officiers, il exige que les Chevaliers
soient surveillés par une escorte nondireuse
et fidèle, de crainte qu'ils ne s'échappent;
il veut qu'on les sépare^ afin qu'ils ne puis-
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I
70 DES TEMPLIERS.
sent se suborner les uns les autres, ni pré-*
parer des collusions^ des machinations, des
subterfuges, (i)
A la nouvelle époque £xéej les commissaires
reprennent leurs séances.
Bientôt de tous les points de la France arri-*
▼ent des Templiers traduits, du fond de leur
prison , pour prendi e la défense de l'Ordre
devant la commission papale.
Ici se présente un spectacle, .qu'un philo-
sophe ancien avait jugé digne des- regards da
ciel, la vertu aux prises avec le malheur. On
voit entrer à cliaque instant dans Paris, chisir^
gës de chaînes, ces braves et nombreux Che-
Taliers qui, jusqu'alors, avaient tenu dans les
cours, dans le monde et dans les armées, un
rang si honorable^. On remarque avec admi-
ration et attendrisseni^ent les doubles cicatiices
qui attestent leur valeur dans les combats et
leur constance dans les tortures.
A mesure qu'ils arrivent, ils sont présentés
successivement aux commissaires. Tous, à un
très-petit nombre près , déclarent vouloir dé-
(i) Sub tamen fidâ , tntà et certà cnstodiâ , quod non
possint aafugere et ità cautè et segregatim quod se iti-*
viccm non valeant sdboraare aut aliquas collusionçs,
falsitaies , maehiiiationes, subterfugLa ialuricare.
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DES TEMPLIERS. 71
fendre l'Ordre, se récrient contré l'accusa-
tion et prolestent de leur innocence ; ils de-
mandent qu'on leur rende les habits de TOr-
dre dont on les a dépouillés ; ils demandent
surtout d'être admis aux sacremens de TEgiise.
Plusieurs mettent dans leurs réponses cette
franchise et celte énergie qui sont si dignes de
Vinnocence, et (jui la caractérisent si bien.
LES COMMISSAIRES.
« Voulez-vous prendre la défense de FOr-
dre ?
J. DE CHAMES, RAYNAUD DJE PARIS, MATHIEU
DE TABLE , I!^ICOLAS DE COMPIÈGISE , ARNAUD DE
PERCHE , DENIS NEVEU ;
<t Jusqu'à la mort. (1)
RAOUL DE TAVERNI.
« Jusqu'à la fin.
RICHARD DE MARSEILLE. ^ „ ; ^
. « Oui , parce que je veux sauver mon âme. '
^ 1 ROBERT DE SORNEY, - . : -r.
*■ ■ 4
et Je Tai toujours voulu.
{ 1 ) Usque ad mortem. — Usquc ad finem. — Adjicîens
Richardus , quia volebat salvare animam suani ^ ctc.
73 DES T£KPLIERS.
SBHTRAVb DE SAmT-PAlTL. (l)
«Je n'ai jamais ayoué les crimes imputés à
« rOrdre , je ne les avouerai jamais ; ce sont
<c des calomnies. J'ose croire que Dieu ferait
« un miracle , si l'on donnait en même temps
«c la communion » et à ceux qui avouent et à
« ceux qui nient.
DOUZE CaEVALIBAS (2)
« De corps et d'âme.
IfSUP AUTRES. (3)
<i Devant et contre tous y jusqu'à la mort*
PI£Jaa£ DE MARVILLE ET JEAN DE FOETIKI.
«c Contre tout homme vivant , excepté le
Pape et le Roi.
(1) Bertrandns de Sancto Paaio Viemieiisis, qu! dixit
qnod nunquam confessus fuit errores dicti Ordini impo'
£itos> nec conûtdMtur^ quia Terwaiion «st £it crédit
quod Dominos operaretur miraculnm si corpus Ghrisli
•chninistraretur eis et si accipetent simul confitentes et
diffîtentes. Procès, contra Templar^
(2) Détenus à Pabbaje Saint-Maglolre.
(3) Détenus dans la majsoin deOmllawnr dsMartîléy
près la porte Saint-Antoine.
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DES TEMPLI£1\S. 75
SEPT CHEVALIERS QUI JlY AIENT IÈTE INTBRROGÉS
EN PRÉSENCE DU PAPE, (l)
' « Quoique nous ayons, en présence du PapC/
fait quelques aveux contre TOvdre et eontrô
«< nous, nous déclarons que nous avons meuli
«t deraiit lui ; nous révoquons ces aveux, el
m demandons à défendre l'Ordre.
JEAN BE VALGELLÉ.
. 1. '
« Et moi aussi , )'ai été présente au Pape
4fc et je n'ai fait aucun; aveu ; je demande à dé-
« fendre rOrdre.
BERNARD DE YADO.
î*c J'ai été tant torturé , on m'a tenu si long'-
<i temps devant un feu ardent, que la chair de
« mes talons est brûlée ; il s'en est détaclié ces
tt deux os que je vaus présent* Voyez , ils
pt manquent à mon corps. (2) « :
Mais voici un incident asses remarquable.-
»
(1) Gauzerand de Montpesat , Jean Costa , Etienne
l^rdbati, Jérôme de Fort-Aigu, Déodat Jafet, Raymond
t'inel, Ademard de Sparros. Procès, eonira Tèmplar,
. (2) Ostendens dno essa qnod dîcebat îUa esse qose ce-
«iderunt de iaiis. Froceê, contra Templar,
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74 DES TEMPLIERS.
Un Templier présente une lettre que te clêre
Jean Chapinî avait remise aux Chevaliers à
Sens , quand Févêque d'Orléans vint les in-
terroger. Marquée des sceaux de Philippe
de Voet , et de Jean Jain ville, préposés, l'un
par le Pape, et^lautre par le Roi, à la garde
des Templiers , elle était adressée à Laurent
de Beaune et aux autres accusés, détenus à
Sens. Ces préposés du Pape et du Roi invi-
taient les détenus à faire les aveux 'exigés,
et annonçaient que le Pape avait mandé que
tous ceux qui ny persislei aient pas, périxaieuL
dans les flammes, (i)
(i) Voici cette lettre :
Philipe de Voet prevost de Teglese de Poytcs et Jeliaii
de Janville, huissier d'armes notre seguor le lloi députe t
sus Toi^doiiance de la garde des Templera ès proyinces
de Sens 9 de Eoan et de Bems.
A notre améz frère Lorent dè Bianne jadis comman-
deur de ApuU et aus autres frères qui s.ont en prisaa de
SenS} salut et amor.
Sayoir tous fiiîsons que nous ayons procure que U
Boys notre siere vous envoie à l'eveche d'Orléans pour
vous réconcilier y si vous requirons et prions que vous
en la bone confeasion que nos tous lassâmes tous tenes
si dévotement et si gransement envers le dit evescheve
d'Orlièns que il n'aie cause de dire que par vous nous
laiens .fait travalier ne fait entendre mencmige. î^ous
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DES TEMPLIERS. 75
Cette kttre qui décelait les mojem coupa-
bles employés par les agens du Roi , fot pré-
sentée à PhUippe de Voct , qui rexamiiia at-
tentivement et répondit : « Je ne crois pas
« ayoïr enyejé cette lettre ; je ne sais si elle
« est empreinte de mon sceau ; quelquefois il
ft est resté dans mains de mon seeaétaire $
« je n'ai ni ordonné ni consenti qu'on l'y ap- .
f( posât i j'ai toujours dit aux accusés de dé*-
« poser la vérité ».
Quelle est cette réponse, de PJûUppe de
Voet , quand il dit ne croire pas avoir écrit ?
11 reconnaît sou sceau ; que n'interrogeait- on
le clerc, qu'il suppose en avoir été dépositaire?
Jean de Jain ville , autre préposé à la garde
des Templiers , aurait dû être appelé pour
donner des éclaircissemens^ soit au sujet de la
lettre ^ soit au sujet du second sceau qui était
le. sien. .
TOUS somons Jean Ghâpini notre amé cler en quel vous
Teilbet creire de part noiis de ce qu'il tous dira , lequel eu
len de nous tos anvoiens et saches que terb
VAVS A UAKDS QUE TtTIT CTI* QUI AVREKT FAYT LE» SUI-
2ITOS OONFES8IOKS DEV ANï SES ANVOUEZ , QUI EN CELE COV-
VEa&ia» KB VOVDROIJBMT PEBSBVSRis^ QUE lié 80BXNT MI&
A nAWbusxQK Jtv wmiT AU rsu, etc.
Procês, contra Templar.
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76 DES TEMPLIERS.
Et pourquoi ne pas interroger Jean'Gha-
liini , qui àyaît porté cette lettré aux détenus ?
La muindi e conséquence que Ton puisse ti-
Ter de ces diverses circonstances, c'est que les
agens du Roi avaient recours à toutes sortes de
mojens pour intimider les accusés ; et certes >
cette terrible menace , de condamner au feu
les, Templiers qui se rétracteraient , né tarda
pas à se Térifier. (i).
Le grand-maitre comparait encore devant
les commissaires, '
LES COMHISSAI&ES.
« Nous vouademandons de nouveau^ si vous
« voulez défendre TOrdre ?
JuE GiiAiXD-MAiTiiE.
ce Le Pape s'est réservé mon jugement ;
«faites -moi conduire en sa présence ^ ^t je
« dirai ce qui conviendra,
LES COMMISSAIUBS.
«Nous né procédons pas contre vous comme
« particulier ; nous n'en avonà ni le droit ni
( I ) Laui e nt de Beaune , qai avait î énoncé cette lettre,
fut Tiuie des Yictimes.
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DES TEMPLIERS. 77
« la volonté ; nousi sommes chargés d informer
« contre l'Ordr^.
LE GRAND-MAÎTRE.
« Ecrivez donc au Pape , qu'il nous ap-
te pelle moi et les autres chefe^ afin qu'il, nous
«c enteâde et qu'il nous juge.
LES COMMISSAIRES*
«c Nous VOUS promettons d'éfcrire» ».
Les commissaires écrivirent*-ils ? Il est évi-
dent, (jue Pliilippe-le-Bel n'eût jamais pernuA
que le grand-maître parut en présence du Pape.
On avait feint de 1 jr conduirejmais on avait eu
le soin et Tart de trouver un préte;s;te pour le
reteniij à Chinon ^ afin qu'il communiquât
seulement avec des commissaire$; et cerles,;
on ne pouvait pas douter^ d après tout çe
qui s'était passée et surtout d'après, les ins^
tances renouvelées par le grand -jnaitre en
toute occasion , que l'entrevue de ce che(
de l'Ordre avec le cLef Je TEglise, ne doniiât
lieu à des explications qui pouvaient devenir .
décisives.
Le système de défense , auquel se réduisit le
grand-maître, était sagement combiné :
« Je SUIS dans les, &rs^ disait-^! ; je suis.i^Cr
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7& D£S TEMPLIERS.
m cufié : le ponii£b roixiaia se réserre mon ju-
« gement ; je me présente à lui , qu'il pro-
ce nonce y et alors dégagé des accusations qui
« me diffSunent ; f entreprendrai la défense de
m rOrdre , avec l'autorité de mon rang réta-
* Ui 9 et de mon innbcence reconnue.
« Mais tant que Ton refusera de pronon-
ce cer sur mon sort , de décider der^t les
« rois , les grands , le clergé , les peuples et
<e mes Chevaliers, si je suis personnellement
« coupable ou non, c est -à -dire , digne ou
« non de représenter l'Ordre et de le défen-
m dre, je déclare que je me bornerai pour
M toute réponse à demander mon propre ju-
gement.».
Cependant on profita contre les Chevaliers
mêmes de cette fermeté du grand -maitre,
pour le dérober à leurs regards.
Le 98 mars ^ on assembla, dans le jardin de
VEvécbé tous ceux des Templiers qui jusqu'à -
lors iraient déclaré vouloir défendre FOrdre :
on en compta cinq cent quarante-six. Mais
ùa -eut aoin de ne pas amener le grand-
maître.
Les commissaires firent lire en latin Tacte
d accusation, et ordonnèrent ensuite une se-
conde lecture en langue vulgaire.
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DES TEMPLIERS. 79
cf II suffît, s écrièrent les Templiers ; il suffit
ce de la première lecture en latin : nous ne
« Youlons pas entendre encore en langue vul-
gaire de telles turpitudes ^ qui sont d'une
« insigne fausseté «. (1)
Alors ils se plaignirent de nouveau d'être
privés de leurs habits religieux, et des sa-
cremens de TÉgli^e ; ils ebsenrànent qu'on
refusait les secours spirituels à leurs frères
mourans ^ et la sépulture ecclésiastique aux
morts.
tt Appelez ici , direni^ik , le grand-^mattre
« et les chefs de l'Ordre ! s'ils ne s'unissent pas
« à nous pour le déièndre , nous aurons rem-
te pli notre devoir et nous le remplirons en-
«corev*
Cette noble fermeté de cinq cent quarante-
six TempUers qui s'offraient à défendre VOt^
dre , quiFéyoquaient et réparaient , ou expres-
sément ou tacitement , tous les aveux que les
tortures avaient arradiës à plusieurs d'entre
eux , fit une grande sensation dans Paris , et
les ministres du roi se hâtèrent de concerter le$
(i) Quod contenli erant de lectura factâ in latliio, et
quod non curabant quod tantae tiurpitudiaès^ quas assere*
bant omniiiè esse fidsas et non nommindas, Tolgarîter
exponerentor. Procès, contra T^smplar.
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8q des templiers.
mesures yiolent^ qui j^ientôt accablèrent ces
infortunés.
U arrivât encore, et il arriva dans la suite ,
de nouTeaux Chevaliers , qui auj^mentèrent le
nombre des deièuseurs de l'Ordre : on eu
compta près de neuf cents.
La conunisbion , pensant qu Us devaient se
Ëdre représenter par des mandataires de leur
cboix, envoja, daos les diverses prisons , des
notaires pour recevoir le vœu des Chevaliers.
Plusieurs refusèrent <ie nommer des man--
dataires ; leur respect pour VOrdrè éclate dans
leurs répuz^ses,
« Prisonniers, enchaînés, nous ne pouvons ni
<c ne devons, coasiituer des mandataires; nous
« avons un chef, nous sonmies sous son obéis-
«sance ; qu'on nous rcuiiissc dvcc nos supé^
<c rieurs , nous déUbérerons.
♦c Nous croyons que le grand -maitre est
u bon , juste,, honnête, lojal , et pur des elr-
« reurs dont la calomnie accuse l'Ordre», (i)
Quelques-uns demandeni à deièndre i'Otv
dre personnellement.
(c jNous ne voulons point de mandataires
(&) Réponse des.détenps dans laprUond«âaim*AUrlUL'«
de8-Qiamp8>
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DES TEMPLIERS. 81
«r poQr défendre TOrdre ; chacun de nous
ce veut en personne le ciéiendre de corps et
« d'âme. (1)
tt C'est ici une affaire criminelle , où cha-
«c Clin doit se justifier soi-même. Nous défen-
te drons TOrdre , nous voulons le défendre ,
K jusqu'à la mort : celui-là n'est pas TraiTem-
« plier qui avoue les crimes qui nous sont im-
« putés. (2)
c< îSuus a-t-on demandé si nous voulions
«r constituer des mandataires, quand on nous
« livrait aux tortures ? (3) »
Au milieu de tous ces débats , les mallieu-*
reux prisonniers sollicitaient toujours Ja pré-
isence du grand-maître , pour délibérer avec
lui ; on leur répondait que le grand - maître
devait être jugé par ie pape , et qu'il arait de-
mandé à paraître en sa présence. •
Quel absurde prétexte ! Le grand - maître
pouvait persister arec raison dans son refus de
*
(1) Réponse des détenus à Pabbaje de S«nt-Maf«
gloire.
(2) Réponse des déteaus à la maison de 1 Outre> vers
la Croix du Tirol.
(3) Diceiiles qaoJ non petebatur ab eis, quakdo
lONSBAKTUR IK JAUHIS, SI PROCURATOAE6 GQÏîâTITUERS VO*
LEBAUT. Procet» contra Templar^
6
82 DES TEMPLIERS.
se soumettre à la commission papale^ quand il
savait cjue le pape .s'était réservé de le juger,
mais ce refus autorisait-il les commissaires à ne
pas accorder aux accusés la coiibulation de
voir, d^entendre leur chef ? DeYaieaL*-ils les
priver du droit d'implorer son conseil, de lui
dedianderla permission' de nommer quelques-
uns d'entre eux puui les itpitsenter dans la
défense de TOrdre ?
II est ti vident que c'était uii parti ari cté de re-
fuser au grand-maitre la présence du pape, et
aux Templiers la présence du grand-maître ; on
craignait et on évitait tout ce qui pouvait ame-
ner des explications ; et certes , si on avait
ctàerclié à éciaircir la vérité , il eût été facile
de mener le grand-maître devant le pap^ de
faire prononcer son jugement , avant même
que l'information contré l'Ordre conMnencât :
c'était dans le mois de novembre que le grand-
maltre réclamait d'être conduit en présence
du pape, et le premier témoin ne fut entendu
-qu'au mois d'avril suivant.
Enfin ^ après beaucoup de procédures, d'in-
'terpellations et de réponses, soixante-quinze
Templiers sont choisis pour rédiger, au nom
de tous, la défense de TOrdre.
Kajrnaud de Pruino, Pierre de Boulogne,
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DES TEMPLIERS. W
^Tèixm, Guillaume de Chambonoel, et Ber-^
Irand .de Sartigesy chevaliers, sont désignée
{lour être présens à la déposition des témoins.
Les détenus saisissaient toutes les occasioîis
de s'adresser, de vive voix ou par éerit, à
la conumsiion papale, pour protester de leur
innocence et de ia pureté de l'Ordre , et ofirir
lems déffiDsed.
Voici les principaux traits de l'acte d'ac-*
CQMitioa, et dé la défense des accusé^.
PRECIS
JDE L'ACTE D'AGCUSATIOiX (i)
ilreââ^ au nom du Pape çoatre l'Ordre du Temple.
f€ Lors de la réception des Ghevî^liers, on leur
«faisait renier Dieut le Christ^ laVierge, etc.
« On leur disait surtout quç le Chris L n'était
a paa le vrai Dieu, mais un faux prophète qui
« avait été crucjiiié , non pour la rédemption
« du genre humain , mais pour ses propres
a crimes. On faisait cracher les récipiendaires
5 sur la croix. Ils la foulaient aux pieds (a) ;
(1) Proce9,coniranmpkir*
(2) « Us p «.t dessus, n
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^ - •
84 DES TEMPIITERS/
<t c'était . surtout le jour én yeiidredi«-Saint.
t« qu'ils laisaient ces outrages à la croix,
« Ils adoraient un cbat, qui apparaissais
« quelqueibis dans leurs chapitres ; ils ne
«I croyaient point au sacrement de Tautel ;
«leurs prêtres, en célébrant la messe, ne
w prononçaient point les mots sacramentels
« Je la consécration. On disait aux GheTa-
«rliers, et ils croiraient, que le grandHoialtre
« pouvait les absoudre de leurs péchés.
If Lors des réceptions , on leur annonçait
« qu'ils pouvaient se p^mettre des mœurs li-*
« cencieuses et coupables.
« Dans chaque province ils avaient des
a idoles, c'est-à-dire des têtes ^ dont quel-
« qucs-unes avaient trois faces , d'autres une,
M et quelquefois un crâne humain ; et dans
ce leur grand chapitre , iis adoraient ces
ce idoles.
<c Ils révéraient ces idoles comme Dieu ; ils
« disaient que Tidole pouvait les sauver, qu'elle
ce donnait les richesses de FOrdre, qu'elle £iî-
« sait fleurir les arbres et germer les plantes de
«( la terre. Ils entouraient la tête de lidôle, ou
la touchaient avec des cordons, dont iis se
u ceignaient ensuite sur la chair.
«c Ceu2^ qui, à leur récepiion, m voulaient
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DES TEMPLIEJRS.
« pas se soumettre à ces usages étaient tués ou
«c emprisonnés.
« Tout cela s'observait uamès les statuts
«e i>B li*ORDR£; c'était uu usai^c général et anti-
ce que, et il ny avait pas d'aulne mode de ré-
« ception»
«< Ils ne res^arclaient point comme un péché
u d'enrichir l'Ordre par tous les moyens licites
« et illicites, per fas et nefas, »
Tel çst le précis de lacté d'accusation que
le pape présenta contre TOrdre*
PRECIS
DES MOYENS DE DÉFENSE
présentés par les Œeyaliers.
« Ces imputations soi^t fausses, et, si quei-
« ques Templiers ont fait de» ayeux devant
ce révéque de Paris ou ailleurs , ces aveu^
a n'ont été que l'effet de la violence et de la
te terreur. Les Chevaliers étaient torhirés par
iK Flexian de Beziers , prieur de Montfau-
«c con, et par le moine Guillaume Robert;
it déjà trente^ix étaient morts à Paris dans les
c* toi Lures, et plusieurs autres en divers lieux.
« Les formes légales ont été violées ;
86 DES TEMPLIERS.
>oii BOUS a arrêtés dam procédure préa^.
« lable.
u Noua hrotà été saisis comme des brebis
« qu'on traîne à la boucherie,
it Dépossédés tout-à-coup de dos biens , nouà
• avons été jetés dans des prisons affreuses.
<c On nous a fait essuyer les épreayes cruelles
« de divers genres de tourmens.
1
Ml
1
<i péri dans ces tortures^ ou des suites de ces
« tortures»
« Plusieurs ont été forcés de porter contre
« eux-mêmes et contre l'Ordre un témoi^age
« qui, arraché par la douleur, a'apu nuire ni
tt à eux ni à TOrdre*
«Pour obtenir des dépositions mensongères ,
« on leur présentait desietti es du roi quiannon*
« çaient que TOrdre entier était condaitiné sans
« retour, et qui promettaient la vie, la liberté,
«r la fortune et des rentes viagères aux Gheva-*
<c liers assez lâches pour déposer laussement.
« Tous CBS FAITS SÔNT SI 91TBLIGS BT SI 90*
•( TOIUBS, qu'il k'y a HI MOYJEN TUl PABTBXTfi
« DB X«BS DiSAVOUBK.
« Quant aux chefs d'accusation que la bulle
M du pape proclame contre nous , ce ne sont
«c que faussetés , déraisons et turpitudes ; la
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DES TEMPLIERS. 87
« bulle ne coalieat que des mensonges détes^
«< tables, horribles et iniques.
« Notre Ordre est pur ; il n'a jamais été
« coupable des crimes qu'on lui impute. Ceux
« qui opt dit et ceux qui disent le con--
M traire , sont eux-mêmes faux chrétiens et hé^
« rétiques. Que les livres de nos statuts soient
« consultés^ on trouyera qu'ils sont les mêmes
« pour tous Ijes^rempliers et pour tous les pays*
« Notre croyance est celle de toute FE;-; lise.
« Nous faisons vœu de pauvreté, d'obéissance,
« de chasteté : nous nous dévouons, comme
« guerriers, à la déiiense de la religion contre
te les Infidèles.
€< Des pères appelaient leurs fils dans notre
« Ordre 9 des frères leurs frères, des onclés
leurs neveux, parce qu'il était pur et saint.
cr Quand les Templiers , prisonniers des In-
te fidèles, ont été réduits au déplorable choix
fc on de renier notre sainte religion , ou dè
«subir une mort cruelle, ont-ils hésité? et
« auraient-ils eu le courage héroïque de pré-
« férer la mort , s'ils n avaient été de vrais
Chrétiens ?
€t Nous sommes prêts à soutenir et à prouver
n notre innocence, de cœur, de bouche et de
« fait, et par tous les moyens possibles. Quels
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88 BJES TEMPLIERS.
« que soient nos accui>atcuis, nous sommes prêts
« à les combattre tous , hors le pape et le roi.
« Nous demandons à comparaître en pér-
ir sonne dans le concile général.
« Que ceux des Chevalieï^s qui ont quitté
te l'habit religieux » et ont .abjuré l'Ordre ,
« après avoir déposé contre lui, soient gardés
« fidèlement sous la main de TEglise^ jusqu'à
ce qu'il soit décidé s'ils ont porté un témoin
ce gnage vrai ou faux.
« Quand on interrogera les accusés, qu'il
« n'y ait aucun laïque, ni personne qui puisse
•e les intimider.
« Les Chevaliers sont frappés d'une telle ter-
reur , qu'il faut bien moins s'étonner si quel-
crquesrUDs. lont de faux ayeux> qu'admirer le
« courage de ceux qui soutiennent la yérité,
« malgré les périJs et tant de justes craintes.
« Une foule de Chevaliers sont morts dans
« les prisons. Qu'on interroge les personnes
<c qai les ont assistés à leurs derniers * mo-
'« mens j qu'il soit permis de révéler les con-
«t fessions des mourans, et les juges connaî-
« tront la vériLci ou ]a fausselë des accusations.
« £t n'est-il pas étonnant qu'09 ajoute plus
« de foi aux mensonges de ceux qui, pour
M sauver leur TÎe corporelle , cèdent à Té*
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DES TEMPLIERS- 89
€c preti^e ées toUirmens ou aux* séductions des
«promesses, qii'à ceux qui, pour la défense
«< de la yéritéy sont morts avec la ]^lme du
« martyre , et qu'à cette salue et majeure par*
. cr tie des Chevaliers qui survivent, et qui, par
<c le seul besoin de satisfaire à leur conscience,
« ont souffert et soufirexit encore chaque jour?»»
Cette défense courageuse, ces moyens de
justification que présentèrent publiquement les
• soixante-et-quinze mandataires des nombreux
détenus, ces cris de l'innocence opprimée,
produisirent sans doute un grand effet sur
l'opinion publique «t sur la cour; 'mais que
cet effet fut différent! Si, d'une part, les
illustres familles qui tenaient par le sang et
par l'amitié à la plupart des accusés, si les
parens, les aiiiis de ces victimes, si la pitié
publique applaudissaient à tant de généreux
efforts, le monarque et tous ceux dont l'in-
térêt était de servir les projets de la politique,
les passions, ou même les caprices de la puis^
sance, durent frémir d'indignation etdecrainte;
les victimes allaient échappe;*, et le nom du roi
restait , aux yeux de la France et de TEurope ,
et devant sa propre politique, iletri d un crime
non achevé.
, Les Templiers, qui jusqu'alors avaient dénié
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s.
90 DES TEMPLIERS.
les accusations, ne laissaient phis, aux agens dti
roi, Fespoir d oblenir des aveux ; et ceux qui
en avai^t fait» mais les avaient rétractes » res-
taient désormais attachés à la vérité par le sen-
timent de leur première &ate, et par celui de
leur honneur.
Où trouver des témoins à présenter devant
la commission papale? où trouver des Tem-
pliers apostats qui osassent soutenir les regards
des Templiers défenseurs de 1 Ordre ?
Et cependant un concile général était con*- -
voqué à Vienne; les Templiers eux-mêmes
avaient été pubUquemeift et solennellement
^ cités à j comparaître, pour plaider la cause de
rOrdre accusé !
Quand on connaît à fond le caractère de
Philippe--le-Bel, la hardiesse de ses ressources
et Taudace de ses ministres , on ne peut que
s attendrir sur le sort des accusés ; leur inno^
• cence même obligera les agens du roi à re-
-courir à des mojrens extraordinaires et vio*-
lens; on frémît du courroux et de la puissance du
roi; on frémit même du courage des opprimés.
Ii'information commença le 11 avril i5io.
£q présence des quatre Chevaliers désignés,
les commissaires donnèrent le serment à vingt-
un témoins , dont deux étrangers à l'Ordre ,
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DES TEMPLIEÇlS. gx
quelques -«lins apostate de rQfdbe , et la plu-
part des autres, choisis parmi ceux qui, ajrant
paru dans le consistoire de Poitiers > ne s'é-
taienL point engagés a défendre TOrdre.
Après l'audition de neuf témoins , Jean de
Juignac, amené devant les commissaires, lent
dit : « J'ai fait une déposition en présence du
€t pape ; ne m'interrogez plus sur les mêmes
M articles » •
Les commissaires prirent le sage parti d'in^
terrompre la nouvelle déposition. La discré-
tion et le silence des commissaires permet-
tent de présumer que le témoin était résolu à
consigner dans la procédure la rétractation
des aveux qu'il avait faits, ou qu'on supposait
qu'il avait faite devant le p'ape»
Cette présomption devient certitude, quand
on apprend qu'à la séance du 4 1^ com-
missaires déclarent que, ne leur ayant été pré-
senté ce jour* là aucun témoin qui n'eût déjà
été interrogé par le pape, ils prennent le parti
de lever la séance, sans recevoir les déposi-
tions (i).
(i) Gumque nidlus testis pFodueeretnr coram eis
exammatus non fuisset per Domintim nostrum Papam, *
nec oomodè possent ibidem liabere nt eîs dictum fuit:^..
recefiserunt. Froces. contra Templar.
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9« DES XEMPLIEKS.
Ils n'en étaient qu'à laudilion du treizième
témoin , lorsque éclata soudain Tun des coups
.d'État les plus terribles qu'aient jamais concerté
les ministres du trône et de l'auteL
Cinq siècles se sont écoulés , et les. preuTes
de cette grande injustice n'ont pu être entiè-*
rement L'iiacces,
L'archeyéque de Sens^t dont levéque de
Paris était suffragant, étant mort vers Pâques
de i3o9y le pape écrivit d'Avignon, le neu-
vièrue des kalendes de mai , qu'il se réser-
Tait la nomination du successeur, d'après
de grandes et justes causes, et dcicndiL atl
chapitre de nommer.
Le roi demanda rarclievéché vacant pour
Philippe de Marignjjr» évéque de Cambrajr»
frère d'Enguerrand^ son premier ministre. On
voit dans la correspondance du pape (i ), qu il
se prêta avec peine aux désirs du roi.
Mais le roi lui mandait : cr Quand je dé-
«< sire que vous nommiez à l'archevêché de
Sens, c'est que, faute de cette nomination^
« le concile provincial est retardé. Dans ce
« concile pourront se passer plusieurs choses
« qui intéressent la gloire de Dieu, la stabilité
(i) Bmu$., coUecL act, vet, p. i44.
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DES TEMPLIERS. g3
m de la foi et de la sainte Eglise. Que la jeu-*
« nésse du prélat ne tous fasse pas croire qu'il
(c mauque de capacité ; il est dans Tàge con-
te veuable ; et^ avec Faide de Dieu^ ses actes
« vous prouveront combien il est au-dessus
« de son âge » •
On saura bientôt par quel moj^en le concile
devait travailler pour la gloire de Dieu» et
quels étaient les actes qui devaient prouver la
capacité de rarchevéque.
Marigny fut nommé archevêque de Sens
dans le mois d'avril i3 16. A peine installé, il
signala son avènement, en 5e dévouant lout
entier a servir les projets de la cour. .
Le dimanche 10 'mai, les quatre défenseurs
de rOrdre apprennent que le ooncile provin-
cial de Sens est convoqué à Paris contre les
ekevaliers personnellement; le zele des dé-'
feiiseurs s'alarme, ils demandent audience à
la commission papale ; quoique la commission
ne tint point sesséainces les jours de dimanche »x
elle s'assembla , et Pierre de Boulogne parla
en ces termes (i) :
a Vous êtes commis par le pape pour infor-
« mer contre l'Ordre des Templiers. Une cita^
^ (i) Proceê. canira Templar.
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^ DES TEMPLIERS.
« tion que vous avez fait publier, au nom du
ce pape , a iavilé les Chevalier» qui voulaient
« défendre TOrdre , à comparaître devant
« vous; ou en a traduit un très -grand nom-
* bre^ et ils se sont offerts et dévoués à la dé-
<c fense de l'Ordre.
<t Cependant > d'après de sùis renseigne-
« mens, nous avons Ueu de craindre que Tar*
« chevélfue de Sens et ses snffiragaos, dans un
« concile qui est convoqué pour demain , ne
M ftssent le procès à la plupart des Chevaliers
« qui se sont engagés à défendre TOrdre. Cette
a mesure est prisée dit-on, contre eux, pour
« les faire désister de leur courageuse résolu-
a tion. Nous avons donc rédigé nn acte d'ap*
u pel; permettez-nous-ea la lecture w . ^
La commission leur réponditqu'eUe ne poun
vait pas s'occuper de cet appel, qui ne concer-
nait point ses propres opérations ; mais que s'ils
avaient à proposer quelque défende en faveur
de rOrdre, elle était prête à la recevoir; alors
ils déposèrent sur le Lureau une cédule en
ces termes :
« Nous savons que TartAevêquè de Sens et
« ses sufiS^agaus vont procéder contre nous i
« en droit , ils ne le peuvent pas tant que
« dure l'information que vous êtes chargés de
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DES TEMPLIERS.
« prendre contre UOrdre» à raison de laquelle
(c Qous a,voa$ été adxms à sa défense.
ce Et comme le recours de Tappel a été
c< établi eu fayeur des opprimes^ nous venona
« poiu* arrêter les poursuites du concile con-*
«e tre nous et nos personnes^ poursuites irré-*
<c gulières et injustes , qui vous empêche^
« raient vous-mêmes de remplir vobe corn-
« mission* . *
' n Nous venoiis déclarer notre appel au pape
« et au saint siége^ de ^ive voix et par écrite
ec plaçant nos personnes et celles de tous ceux
« qm ont entrepris la défense de l'Ordre, nos
c« droits et tous ceux de TOrdre, sous la pro-
« tection du saint siège* .
ce Nous demandons instanmient d'obtenir
M un conseil pour régulariser notre appel, s'il
« en est besoin ; nous demandons qu'on nous
« accorde quelques secou^rs pécuniaires , et
tt qu'on nous conduise sans danger devant le
« pontife, dans. le temps convenable, à Teifet
<i de pommiTre notre appel. Daignez avertir
c< l'arcbeyéque de Sens et les autres prélats
(c de ne pas. nous mettre en jugement peur
a dant la dm*ée de votre commission. Faites^
« nous comparaître devant l'archevêque de
te Sens , et nous lui notiEerons le présent
96 DES TEMPLIERS.
te appel. Désignez un ou ^eux de vos no-
a taiies pour en ickliycr lacle. Nous ne trou-
ce Tons pas de notaire qui veuille nous prêter
« son ministère. »
Les déiènseurs de TOrdre sortirent après
avoir déposé cette céduie, et la commission
eut k délibérer.
L'arcfievécpie de Narbonne , qui présidait
cette commission^ se retira de la séance, sous
le prétexte qu'il allait ou «dire ou entendre la
messe ; les autres commissaires renvoyèrent la
délibération après les vêpres.
Alors les défenseurs présentèrent à la com-
mission une noirvelle cédule adressée à l'ar-
chevêque de Sens, laquelle contenait lëar
appel au pape et au saint siég-e.
Les commissaires ajant délibéré, répondi-
rent : tt L'affaire dont l'archevêque de Sens et
« ses suiFragans s'occuperont dans le concile,
«c est totalement différente et distincte de celle
V dont nous sommes ^^hargés. Nous ignorons
«c même de quoi il s'agira dans le concile ; nous
« sommes autorisés par le saint siège à remplir
«c nos fonctions» et rarehevéque de Sens et
•tt ses suffragans le sont pareillement à tenir
€c leur assemblée. Au premier aspect, il ne
ce nou^ parait pas à nous, conuniss^es du
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DES TEMPLIERS. 97
XX pape, que nous ayions rien à ordonner à
«c TarclieYêque de Sens ni amx. autres p:^é*-
«c lats y relaliTement aux poursuites dirigées
« contre les personnes de l'Ordre ; cependant
« nous délibérerons plus mûrement. Nous
« ordonnons aux notaires d'insérer yotre ap-
te pel dans le registre des dépositions des té-
« moins w. ^ *
Le lendemain lundis 1 1 mai, la conuonission
s'assembla pour continuer rau4^tion des té-
moins. L'histoire ne doit pas omettre la dé-
position de tiumbert du Puy, quatorzième
témoin. Tandis que Talarme était répandue
parmi les accusés ^ tandis que le^ inquisi-^
teurs du concile marquaient les Tictimes ,
ce Templier eut le courage de ne pas taire
que, refusant d'avouer les crimes imputés à
rOrdre, il avait été torturé trois fois, jeté et
détenu, pendant trente^ix semaines, au fond
d'une tour infecte, réduit au pain et à l'eau,
par ordre de Jean de Jainville, chargé de
garder les prisonniers, et de ]cs présenter
à la conmussiou*
Le jour suivant, mardi 12 mai, les commis-
saires procédaient à Tauditibn des témoins.
Le (j^uinsième^ Jeaa Bortaldi, déclarait que,
7
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98 DËâ TËMf LIBRS.
par ofdre de Jean de JainviUe, il. avait rafaî
une première épreuve de le question (i)
Touirà-CQup la coaimission apprend (2) que
cinquante-quatre de$ Chevaliers qui s'étaûent
présentés pour la déiense de TOrdre^ &out
menacés d'être livrés aux flammes.
Elle ordonne sur-le-champ à l'un des
préposés à la garde des Templiers ^ et à Tun
des notaires , de se rendre auprès de Tar-
chevéqne de Sens et de ses suiBBragans, pour
les prier d'^^gir avec une sage circonspeo-
tion, et d'examiner s'il ne convenait pas
d'accorder des délais, attendu que lui-même,
préposé à la garde , et plusieurs autres per-
sonnes pouvaient affirmer que les Templiers
décédés en prison avaient attesté à l'heure
de la mort, et au péril de leur âme, ren-
tière lausseté des crimes imputés à eux et à
rOrdre.
Les eavojrés devaient observer encore que,
si le concile de Sens passait outre, les opé-
rations des commissaires seraient arrêtées ,
puiscpie des témoins , qui avaient été pré-
sentés ce jour- là et le précédent, avaient
a. '«
(1) AI^LUiululum qu^estionatuf. JProc, vontr. T^mplQr.
(2) JProe, «oMr. -
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DES TËMPLIBA&
paru ai épouyatiités des iatentioiis du concile^
que la commission avait jugé qu'ils n'étaient
poiat ea état de porter témoignage ; enfia,
que les Templiers avaient remis uii appel des
procédures que ikisait contre eas. concile
de Sens (i).
Ojd pense bien que ces rennontrances ne
devaient pas arrêter Farchevéque. H e^t
temps de dévoiler le sjrstème inique qui fut
inventé» et les formes barbares furent
employées*
, PlusiemdesGlievalieisqiiis'étaiemtoffi^
(*) Quod rogarent eos et suadereiit eis qnod placcrct
eis plenè deiiberare et matuvè agere circà prenùsaa et, si
fis videbatur utile | differ|« et fsœre differri pradicta
quia dictus preposttus et multi «lii asaerebant quod fira*
très dicti Ordinis qui obierant, in extreino vite suic,
asseruerunt in pericuiuiu auimarum suartunse et dictum
oïdinem ùl\a6 ddatos fuisse de criminibus eis imposîtis ;
et quia i&dicia ezaealio nanO'fieffet, videbatur possa im-
pediri oÛlcium domiriorum commissarioruiu pra^dicLo-
mm, et quia etiam testes aliqui adducti eodem die et
pecedenti coram ipsis dominis in ioquîsltione prsdiotâ,
erant adeo exterriti ratione processttum <pi09 vel doùii-
ïius archiepiscopus seiiouensis ejiis suirraganel el cou-
silium e)iis fecisse et£iàcturi esse dicebantur,quod non vide*
baatttr em pkao sensu mm sk tînora prodkt» nea' esse
idooel ndhfTiimdumteiHiwnnînm Prrmt cmtr^Timplar*
,oo DES TEMPLIERS,
à défendre TOrdre, qui, sur l'invitation con-
tenue dans la bulle du pape, ayaient consenti
^ être traduits à Paris, furent soudainement
iiiiacliés ae leutfs prisons, et traînés au mi-
lieu du concile»
Les Chevaliers cjui, ayant fait des aveux,
les avaient ensuite révoqués, eurent le plus à
craindre de ce tribunal.
' L'archevêque les interrogea de nouveau.
^ Ceux que n'intimidèrent ni les menaces des
inquisiteurs, ni l'aspect de laïuort, et qui affir-
nièrent constamment l'innocence de TOrdre,.
furent déclarés HÉiiBriguES relaps (i), livrés
à la justice séculière, et cQudamnés au feu. Il
s'en trouva cinquante-quatre.
Quant aux Chevaliers qui n'avaient jamais
fait d'aveux, et qui ne voulurent pas en faire ,
bn prononça contre eux la peine de la déten-
tion, comme Templiers vos béconciliés (2).
Et enfin ceux qui persistaient dans leur aveu
' de toutes les impiétés et de toutes les turpi-
• . ■ ■
(1) nu qui praef^tds casas énormes de se et aliis pu-
Micè confessi sunt et posteà negarunt, velutrelapsi coiA;^
Lusti sunt. Joan. Can. Sti, FicL — Contin, de Nantis.
(2) Qui nunquam voluerant fateri , in carceribus de-
tioentur. /o»». Cou. SéL FicL — Contin. d» Nangis,
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DES TEMPLIERS. loi
*
tuclés imputées à rOrdre , furent mis en liberté;
récompensés. Ils reçurent Tabsolutionj et on
les nomma Templiers B£eoNcn.i£s (i).
Arrétons*nou$ un inoment sur les motifs ,
je ne dirai pas de ce jugement injuste, mais
de cette horrible proscription.
J*ai observé cj^ue la politique du roi était de
présenter à lopinion publique les Templiers
comme des hérétiques, afin d'avoir un pré-
texte pour supprimer leur Ordre.
Virans, on leur refusait les secours spiri-
tuels ; morts^ on ne leur accordait pas la sépul-
ture ecclésiastique.
La torture ayait arraché à plusieurs accusés
les aveux des crimes imputés à l'Ordre. Les
Chevaliers qui persistaient dans ces aveux ob-
tenaient grâce ; avilis » ils n'étaient plus à
craindre; le peuple et les grands ne leur de-
vaient plus ni estimé 9 ni pitié, ni secours.
Mais révoquaient-ils les déclarations arra-
chées par la violence , leur rétractation accu-
sait leurs persécuteurs : alors la subtilité des
inquisiteurs imagina de les déclarer héréti-
/ ' ■
(i) Qui yerà prim6 confessi sant et sempier confiten*
tur , pœmtentes et Teniam postulantes ^ uberÎ sunt dir
luii^ii. Joan, Can. Sù. Vict»^ Conùn. du j^ungia.
lod DES TEMPLIERS.
ques relaps. Voici quel fut le raisonnement
bizarre et cruellement ridicule de Tarclie-
Téque de Sens.
«Vous avez, disait- il, avoué que dans les
tf réceptions des Chevaliers, ils reniaient le
« Christ, crachaient sur la croix, et que vous-
•c même aviez participé à ce crime. Vous avez
et reconini ainsi que tous étiez tombés dans
« rbérésie.
« Par votre confesûon et par votre repen-
te tir, vous aviez mérité d'être absous et d'être
*t réconciliés à-TÉglise.
<c Si vous révoquez vos confessions, TEglise
« ne vous regarde plus comme réconciUés,
«< mais comme retournant à vos premières er«
n reurs ; vous êtes donc relaps , et les relaps
<c sont condamnés au feu».
Les Chevaliers pouvaientinvoquer la justice»
la religion^ les principes de la théologie et
même les codes de l'inquisition , en répondant
à 1 archevêque de Sens qid présidait ce tri-
bunal d'inquisiteurs :
«Les actes publics sur lesquels vous pouvez
ce juger notre Ordre et nous-mêmes» ont» en
« tous temps et en tous lieux, été conformes
« aux dogmes, à la morale et à la discipline
et de l'église catholique.
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DES TEMPLIERS. io3
«Vous prétendez > qu'en secret nous avons
ce des usages sacrilèges et des opinions héré^
ce tiques. •
. « Hais comment prouTez-TOUs nos pré*^
ce tendus crimes ?
«.Par des preuves matérielles?
a Non.
«c Par le témoignage d'hommes dignes de
ut foi ?
« Non.
« Par nos propres déclarations faites librc-
k ment et volontairement?
. « Non*
te Vous n'avez pour toute preuve que les
<c déclarations qni noos ont été arrachées par
« la violence des tortures.
« Nous avons révoqué ces déclarations»
ce qui étaient nulles devant la raison et devant
« la loi. Nous sommes donc dans la même
<c position où nous étions avant qu'elles nous
m eussent été arrachées : alors nous n'^ons
« pas hérétiques, on ne nous considérait pus
«.comme tels; pourquoi dirait-on aujour-
cc dliui que nous sommes hérétiques ? pour-
«c quoi nous traiterait- on comme coupables
« d'hérésie ? *
« Et siméme vous tenez pour i^asime qu'une
loi DES TEMPLIERS,
ce rétractation libre, volontaire et dictée évi-
te demment par le sentiment de la vérité et de
<c 1 honneur, ne détruit pas la preuve que vous
« supposez résulter de nos déclarations foi^
« cées et involontaires, que pouvez - vous
« conclure de lapplication de cette étrange
«c maxime à notre cause ? qu'à vos yeux
« nous restons dans Tétat de nos premières
fc déclarations, c'est-ànlire, que nous sommes
if censés être précédemment tombés dans des
ce erreurs; mais sur quoi.vous fondez-vous , en
c» nousaccusant d'jr être retoml>és, d'être relaps?
ic Le relaps est celui qui, étant tombé dans
ff une erreur, l'ajant avouée et aj^ant été ab-
tt sous, retombe dans la même erreur en vio-
« lant le serment qu'il avait fait de s en garan-
« tir (i).
« Depuis que nous sommes dans les ffivs,'
tr avons-nous commis de nouveau les prêtent
« dues impiétés dont nous avons été accusés?
« le «prouvez-vous? non, sans doute : vous
« n'osez pas même le supposer. * • *
« Et c'est pour nous juger et pour nous con-
(i) Ut quÎ8 haberi possit iiei#afstj6, necease est qaod
conslet eum fuisse lapsum, etnunc esse relapsum.
Parcaorez les DirsctoaiuM; AjBFJBRToaiVM j Luc£iina
mquisitomm. .
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*
DES TEMPLIERS. io5
« damiier comme relaps, que tous nèm en-
« levez à nos juges nliturels , à nos conci-
«les diocésains ou provinciaux! Quel droit
€c avez -VOUS de^ violer aiasi Tordre des juri-
€c dictions? Loin de tous, nous attendions au
« fond de nos cachots le jour tardif de la jus-
te tice. Nous avons cru qu'il était arrivé, et
u nous n'avons consenti à être traduits à Paris
. ic* que pour défendre l'Ordre, comme la bulle
€< du ponlife romain nous en cluiiiic la per-
ce mission et le droit; que pour attester linno-
« cence de l'Ordre et la nôtre, et faire nos
« déclarations solennelles de catliolic^ité.
« Ne nous a-t-on oflPert cette espérance , que
ce pour nous livrer à des juges qui ne sont pas
H les nôtres, et qui nous offrent grâce et liberté
«c si, pour sauver noire vie, nous avons la fai-^
«c blesse coupable de répéter des déclarations
tt mensongères, tandis -qu ils nous menacent de
« la mort si nous persistons à nous dire inno-
« cens, ainsi queTexigent la vertu, Thonneur,
« la vérité, et surtout le salut éternel de nos
« âmes.
V Nous avons déclaré devant les commis-
« saires du pape, nous déclarons devant votre
<v assemblée, toute illégale qu'elle est, que nous
<c avons toujours été, que nous sommes, et
lo6 D£S TEMPLIERS.
f( que nous serons toujours soumis d'esprit el
K 4^ cœur à la foi caAolique et aux dogmet
«c de l'église » .
Tel fut le cri des cinquante-quatre cheva-
liers, telles étaient les raisons, tels étaient les
sentimens <|ui auraient du parler à la cons-
cience des juges.
Mais, quoique jamais le nom de relaps n'eut
été appliqué à des accusés qui affirmaient ayoir
toujours été unis de fait et d'intention à l'Eglise,
et qui se bornaient à rétracter des ayeux que
la torture avait arrachés, on crut qu'appliquer
le mot, c'était prouver la chose.
Il parait que celle question avait été agitée
à la cour du pape. Je trouve dans les archives
du Vatican, une consultation (i) décidant,
entre autres questions, que les Templiers qui
ont rétracté leurs premiers aveux , ne peuvent
pas être déclarés relaps.^ Le concile de Ravenne
et d'autres conciles assemblés pour Faffaire
des Xemphers, le décidèrent formellement de
(l) VxDSm QVASI OOKTEAKIUM BATSOIII TAUSS niBI-
CARE RELAPSOS..... IN TALIBUS DUBIIS RÏSTmKOBTOjB «TUT
POINTE. Respousiones concillaril provinciae Narbonensis
super dubtis ia facto singularlum personarum Texu-
pUrlorom. jireh» du Vatican,
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DES TEMPLIFRS. 107
inéme ; mais rarchevéque de Sens ne cherchait
qu'un prétexte ; et, pourvu qu'il immolât les
intrépides défenseurs de TOrdre» peu lui
portait de commettre une injustice également
cruelle et bizaire*
Les Templiers non réconciliés condamnéi*
à la prison perpétuelle» subissaient è-^ffois.
Texclusion de la société civile et de la soc^té
religieuse (i)«
Enfin, pour compléter le scandale, on ac-
corde la liberté et même des récompenses à
ceux qui, ajant fait des aveux, j pends^
taient
f s- • - : •
t (1) On trotire à }a Bibliothèque hmféxule, pumi les
msnmcrite de M. de Gaignieregyn.* 714, soixante-^neuf
pièces, formant cliacLine un quart ou un huiticmc de
feuille de parchemin^ relatives aux dépenses de la déten*
lioii des Templiers à Çenlis et dans les environs. J'ai lieâ
de croire que ces Templiers avaient été condamnés pat
les conciles tîe Sens et de Senlis. Dans le nombre il y en a
IQixattte^ia^ de son nàcojxcujiê.
»
A Montmeliant. onie 11
APIailly onze ii
A la Tour de Beauvals. . . douze la
A Tiers onae 11
A Senlii • • onae 1 1
A Toutoi^e. neuf 9
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io8 DES TEMPLIERS.
Emu d'iodignation , j'allais dénoncer an tri-^
bunal de la postérité ce Philippe de Marignjr,
et faire subir à son nom 'Finfamie qu'il a méri*
tée ; mais l'histoire du temps m'apprend qu'il
trouTa, même dans sa vie mortelle , la punition
de son crime. Coupable d/avoir autorisé une
graildenn justice, il vit sa propre famille vie-
tiiae d'une injustice aussi extraordinaire.
Son frère Ënguerrand» après la mort de
Philippe-le-Bel , eut à expier la faveur dont il
avait joui pendant un règne entier. Accusé de
malversation, il fut, grâce à son innocence
ou au reste de son crédit, absous par des juges
qui résistèrent à l'influence de la cour; mais
on mit alors en usage les grands mojens que
lui-même et son frère avaient employés contre
les Templiers, ^nguerrand fat accusé d'irréli-
gion, de sorcellerie : Fabsurdite de l'imputa-
tion en rendit la preuve plus facile ; nile crédit»
ni les larmes de son frère , Farchevéque de
Sens» ne purent sauver ce fameux disgracié. Il
fut pendu comme sorcier» au gibet de Mont-
faucon, que lui-même avait jadis fait élever.
Depuis le supplice de son frère, l'archevêque
de Sens vécut dans la douleur et l'opprobre»
et ne vécut pas long*temps Je m'arrête....
Quoiqu'il n'existe que peu de documens re-
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DES TEMPLIERS. 109
latife à ce jugement des Templiers , je crois
être heureusemeAt parvenu , par une suite de
recherches et de combinaisons (i) , à décou-
yrir les noios de la plupart de ce,s vénérable^
Yictimes. ' 9
NOMS
de pliuieiin des Templiorc brùUs k Paris.
Gaucerand de Buris. . Guida de Ittçi.
Gautier de Bullen$,.(2) Jacques de Sancj,
(1) Les huit premiers sont designés iiominatiTement
dans quelques dépositions , comme brûlés , oombusti. Les
autres, dont les noms suivent» s'étaient présentés pour
défendre l'Ordre, et ayaient montré de l'énergie dans
cette défense ; en parlant d'eux , on les appelle defunc n ,
i^LOîsDA M, J'hésite d'autant moins à les placer parmi ceux
qiii subirent le supplice du bûcher » qu'outre qu'ils s'é- .
taient montrés digues d'obtenir la haine des ennemis de
rOrdre , et qu'il n'est pas vraisemblable qu'iiii soient
morts dans les prisons , dans un si court intervalle de
temps, les huit premiers , que quelques témoins nomment
coMBvm , sont également nommés dans la procédure
MORTS f néruNTs , DEFUKCTi , QUONOAM , comme les
autres.
(2) De la maison de Yaymer, au bailiiage^de Caen : il
avait refusé deux fois les aveux exigés : ayant cédé à la
troisième fois , il se rangea ensuite parmi les déieu^eurs
de rOrdre.
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IIQ
DES TEMPLIERS.
Henrj d'Angleâ.
liaureut de Beaune. (i)
Maiiin de Nicù
Raoul de FréuuL
André de Berri*
t^lément de Tournon.
Etienne d'Ëspanhejr.
Etienne de Volenes.
Guillanine Arnaud, (s)
Guillaume de Beaune.
GuillaniM de Boris.
Guillaume de Gondi.
Guillaume de Grana.
Jacques de Rouge^
mont.
Jean de Chames. (5)
Jean de Buris.
Je^fk de Fore^ta.
Jean le Ganeur.
Jean Le Moine.
Jean de Montbellel.
Jean de Mansuival
( prêtre. )
Jean de Sornaj.
Jean de Villars.
Martin d'Arras.
Martin de Caneyes.
Mathieu de TEtang.
Mathieu Renaud. (4)
Nicolas d'Amiens.
(1) C'était à Laurent de Beaune qu'arait été adresse
)a lettre pour les prisonniers de Sens. On a ira que cette
lettre aTsil été dénoncée à la commission papale.
(2) Du diocèse de Cahors , avait fait des aveux et les
avait ensuite expressément rétractés^ en déclarant qu'ils
hki avaient été arrachés par la tortnre.
(S) n avait répondu : jusqu'à ul mort ; et il tint
parole.
(4) Commandeur de Breteville^ dans le bailliage de
Caen^ il avait, comme Gautier de BuUens, refusé deux
fois les aveux , et cédé à la troisiibne fob. Il était venu
les rétracter à ParU; en se rangeant parmi k:» défenseurs
de rOrdre.
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DES TEMPLIERS. m
Nicolas de Celle. Ponsard de Gisi. (i)
Nicolas du Ptti. Raoul de Grandyit*
Pierre Amolard. lars.
Pierre de Catalooe* Raymond Beruard^ -
Pierre de GormeiUe. Raymond Bertrand.
Pierre des Fontaines* Roger de Grandvil*
Pierre de Montignj. lars.
Pierre de Trojes* Roger de Marseille, (a)
Ces Chevaliers se montrèrent dignes d'un
meilleur sort , ou plutôt de cette grande épreu-
ve du malheur. Tous les historiens <jui ont
|iarlé de leur supplice^ quelque opinion qu'ils
aient eue , amis ou ennemis , nationaux ou
étrangers , ont unanimement attesté le ver*
tueux couraye , la noble inUépidUc , la rési-
gnation religieuse, que montrèrent jusqu'au
dernier moment ces martj rs de Thonneur,
Arrivés au lieu du supplice (3) , ils voient les
(i) Le premier qui se fût présenté devant la commisr
sion papale pour la défense de l'Ordre.
( >) 11 ayait répondu Touloir défendre FOrdre ns tout
BON POUVOIR, FRO rosSE.
(3) Aute oculos staret ignis et camifes: et voce prae^
coni confitenti promissa salua atque libertas , nemini e;^ *
omnibus, amicis et necessariis flentibus orantibusque ^
persuadere poLuit ut irato cédèrent régi et confessîone
suâ suas parcerent vitae. Bocatius, de cas. vir. iUust,^
lib, iXi aqf. XXI, .* - >
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112 DES TEMPLIERS,
bûchers préparés ^ les tbrclies déjà fumantes
et agitées par Les bourreaux ces Chevaliers
ne se déconcertent pas. Enyain un envoj c du
roi proclame la grâce et la liberté de tous ceux
qui ne persisteraient plus dans leurs rétracta-
tions; en vain les amis et les parens de ces
infortunés , parles prières et les larmes , poin-
taient lattendrissement dans leurs cœurs :
offres , menaees du roi, prières^ larmes' des
parens et amis , rien ne les ébranle ; invo-
quant Dieu, la Vierge et les saints^ ils en-
tonnent rhjmne de la mort ; triomphant dps
plus cruelles douleurs, ils se croient déjà daQis
les cieux; et leurs âiues s'exhalent avec leurs
derniers chants, (i)
Telle fut la fin honorable tle ces illustres
victimes -, leur sort fut décidé dans l'espace du
lundi 11 mai i3io au lendemain matin. C'eut
" été trop peu de temps pour des juges , c'en
fut assez pour des inquisiteurs.
Gomment peindre les sentimeus qui agi-
tèrent le grand-maftre, lorsque au fond de sa
prison il apprit les nouveaux périls de ses
(i) lavocabaat proinde Deum ac beataYn Yîrginem et
atîos saactos ; et sic vitam Inter lormeaU finiebant. Cresia
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DES TEMPLIERS. nS
vertueux. Chevaliers , sans qu'il lui fut pos<-
sible de leur accorda Fencouragement d'un
seul mot, ou la récompense d'un seul regard !
Plus malheureux, plus maltraité qu'aucun
d eux, il ne lui restait plus d autre espoir,
que celui de marcher au bûéher après ses
Chevaliers , puisqu'on lui avait ravi la gloire
de les précéder»
En vain le. pape s'était-il réservé son juge-
ment, en. Tain les commissaires ayaient-ds
promis de présenter sa demande ou plutôt sa
prière réitérée d'être jugé : Vinfortuné grand-
mai ue n'obtint ni justice, ni pitié.
U est aisé de concevoir la consternation que
le suppUcé de tant d'illustres Chevaliers causa
parmi les autres accusés. Je crois ne pouvoir
mieux. la peindre qu'en traduisant les actes de
la commission papale, (i)
Le mercredi i3 mai , est amené Ajrmeric
de Villars-le-Duc, âgé de cinquante ans ou
environ, devant les commissaires. Ils lui ex**
pliquent les articles sur lesquels il doit dé-
poser.
Ce témoin , pâle et extraordinairement épou-
vanté , répond : « Je parle d'après mon ser^
{i) Procès, çonira Ttn^lar.
8
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:xU PES TEMPLIERS.
M méat de dire la véruté , au péiii de mon
« âme'; si je mens , qw la mort me frappe
« soudain, et qu'en TOire présence , je sois aib-
<c sori>é en corps et en âme dans Tenfier. »
Il frappe aIor% sa poitriue avec ses poings ;
tend ses mauts TersTautel^ fléchit les genoux
et s'écrie : r
« Je persiste à soutenir que les erreura inih
putéen aux Templiers , sont de toute/ faus>
seté» quoique moi-même j'en aiaaftmé qucA-
« (jue*-uaes, vaincu par les tortures qu'avaieat
it ordonnées contre moi G* de MarciUac ei Hih
« gues de Celle, elicvaliers du roi. J'ai vu con-
« duire sur dea charMKls les cinquante-quatre
« Clievalieriï pour être livrés aux flammes,
, ^ parce qu'ib n avaient pas. voula laicie les
« aveux exigés ; j'ai appris qv^ils ont été bru-
« lés^ et je doute si je pourrais avoir comme
a eux la noble constance de braver le bûcher;
a je çrois que ^i Vqu m eu menaçait^ je dépo-
te serais à serment devant la commission , et
ce devant toutes les autres personnes qui m m-
«( terrogeraient , que ces mêmes erreuts im-
« putees à l'Ordre sont vraies; je tuerais Dieu
« luinnéme^ si on Texigeait. »
Alors il adjure , il supplie les commissaires
et les notaires qui sont préstna, de ne pas ré-
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DE» TEMPLIERS. nii
vêler aux otEcier^ .du roi et aux gardjens des
Teinpliers, les paroles qui lui échappent,
parce qu il craint quie &i ces gardiens en étaient
instruits 5 il ne tni livré au même supplice que
les cinquante-quatre.
Quelle candeur dans ce désespoir ! quelle
vérité, quel courage dans cette terreur! une pa-
reille déposition suffirait pour justifier TOrdre
contre les meosonges de tous les apostats, qui
ne déposent que pour éviter la mort ou obte*
nir le salaire du mensonge.
Les commissaires, que toucke le dése^it
de ce témoin , recuunaisseat que les autres
sont frappés d une égale terreur ; ik décla-
rent que, la veille, un témoin déjà entendu
était retoufBé vers eux , et les avait sup-
pliés, de tenir secrète 6a déposition, attendu
lextrême danger dont il était menacé, si elle .
était connue. -
erant^ que si Tinformation était con- ♦
tinuée dans ces circonstances, il y avait à
craindre pour les témoms et pour 1 affaire ^ et
enfin cédant à dautt^s motife qu^ih n'expli-
quèrent pas, les commissaires délibérèrent de.
suspendre Taudition des témoins, (i)
(i) Undc oma £cfi éoninî «onuusfisriî vidèrent dSc-
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i
liQ DES TEMPLIERS.
On pense bien quê^ dans cet état de crainte'
et de stupeur , les agens du roi qui avaient of-
fecty jusqu'au pied des bûchers» la grâce des Tem*-
pliers , redoublèrent les menaces et les pro-
messes > pour obtenir le désistement des nom-
breux accusés qui avaient demandé à défendre
l!Ordre. Sera-t-on surpris qu'un petit nombre
ait renoncé à cette noble et périlleuse mission?
. Quarante-<quatre se désistèrent de leur qua-
lité de délenseurs ; au lieu d'accuser leur fai-
blesse , j'admire la TCrtu de tous ceux qui ne
l'ont pas imitée : on ne doutera pas des mojens
employés à leur égard. Kous devons regarder
leur constance comme unùouyeau triomphe
de la vertu.
Le 21 mai, les commissaires s'assemblèrent,
en labsence de l'archevêque de JNarbonne et
' lum testent paratam precipitio et îpsttm et alios vaUle
'êi.territo$ propter praemissa et quidam testis prlûs recep*
tus ab eîsdem dominis propter praemissa in die martis
proxime praeterità rediisset ad eos ad supplicandum quod
ejus depositio secrète teneretur , propter pencolum quod
timebat posse sibi probabillter imminere^ pnedictî Bo:
mini commissanî ex rniEBtcTis tvkwvim bt ai.xis
CREDEBAM POShÈ IMMIN£il£ NEGOTIO COMMISSO BISDEM ET
TAsiiBus, si qaos recipereat ouramt£ TSUROR^praediclo^
et etîam aliis cavsis, deliberaTeront quod praesens fu-
persadeodum esse. Froces, contra Templari
%
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DES TEMPLIERS. 117
de laichi-diacre de Trente; ils déclarèreat
suspendre entièrement leurs opérations, et
s'ajournèrenl au 5 novembre suivant.
Il n'est pas besoin d'expliquer cette inter-
ruption de la procédure. Les commissaires
montrèrent, dans cet acte de prudence , la
seule énergie que permissent les circonstati--
ces* C'étaU peut- être un courage peu corn»
mun , que de ne pas applaudir à cette pros-
cription juridique.
Les victimes qu'immola Tarchevéque Phi-
lippe de Maiigni, dans le concile de Sens, ont
obtenu de moi un juste hommage de regrets
et de vénération; j'ose croire que mes lecteurs
partagent ces sentimens.
Mais combien inspirent plus d'intérêt en-
core les victimes condamnées par les autres
conciles, qui eurent la cruauté d'imiter le
premier !
Pierre de Cour tenai , archevêque de Reims ,
présida le concile de 6enlis. Les bûchers fu-
rent rallumés^ neuf Chevaliers j montèrent (i).
(i) Circa idem tempus apud Silvanectum provlitciae
Remensis concilium conTOcatum et iliic quasi consîmili
in Senanensis proyincî» concUto eeiebrato Parisias y su-
per Templariornm facto, ddîberatîone-pneliabitâ , no-
Tem Xemplarii coucremantur Contin. de I^angU^
ii8 DES TEMPLIERS.
- Que ne puis-*je ressusciter les noms de tous^ et
les présenter aux Iioinmages de la postérité î
Je m'applaudis du moins de pouToir nommer
Clément de Grand- Villars et Luc de Sornai,
deux des Cheyaliers qui s'étaient présentés à
Paris pour la défense de FOrdre.
C'est dangla déposition de Koger de Grand*
*yillars (i) , parent de Clément^ qu'il est parlé
de la mort de ces deux Ghevaiiers ; j'aime à
reconnaître le respect qu'inspirent la vertn et
le malheur. Le témoin qui a la faiblesse cou-
pable de dire que sa réception dans l'Ordre
eut lieu dans la forme illicite^ ne manque pas,
en nommant ces deox Cheyaliers j d'ajoutet
que l'un et l'autre , après leur détention , lui
aTaient certifié aroir été reçus dans une fonne
licite. Ainsi quand , pour sauver ses jours, il
se permet des déclarations extrayagantes ,
touchant sa propre réception , il a du moins
le courage de respecter la vertu de ces deux
Et post ea alii noyem Templarii in concUio Aeniensi
iûfra meosem per archicpiscopumBemcnsem etsiios suf-
frai^aoeo^cumsuls prelatU in SUvaoecto solemniter cek-
Imto eodem modo et causà condemnad fuerunt et secu-
Iftri curie tra^iti. Beinde per ipsam ctiriam extitertmt
Gombusu. AvGER hm BiTTsmms , Vita ClernsntU
(i) CLIL Tbst« Procès, contra Tem^iar.
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DES TEMPLIERS.
victimes ; il semble craindre cpie son silence
équivoque ne profane leur martyre.
La procédure ofl&e d'antres témoignages de
respect pour les Chevaliers qui périrent sur les
Jbadiers.
Le quatre-vingt-dix-huitième témoin , P, de
C^cell^ dépose : <c Je vis recevoir dans la cha-
«c pelle de la maison du Temple , à Trojes ,
«c Jaccpies de Sanci , qui a été bràlé k Paris.
« Lors de cette réception , je n'aperçus rien
a d'illicite , et depuis je n'ai pas entendu dire
« qu'il sjr fût rien passé de tel».
Le soixante -quinzième témoin » Jeaa de
Buffevant , s'exprime en ces termes : . (f J'ai
<c assisté à la réception d'Henri d' Angles! , Ghe-
•* « valier brûlé à Paris. On ne fit , on ne dit
Xi rien d'illicite dans cette cérémonie y^^
Et cq>endant ces deux lémoiâs , pom rar-
cheter leur vie , déclaraient qu'ils furent eux-
méme reçus dans la fefime illicite ! £k les dé-
sordres imputés aux Chevaliers avaient véri-
tablement existé , ces deux témoins auraient-
ils manqué d'observer que Jacques de Sanci
et Henri d'Anglesi avaient péri coupables?
]\Iais le cri impérieux de la conscience qui s'é-
levait en faveur des victimes , l'emportait sur
toute autre considération.
120 DES TEMPLIERS.
L'arcliCTcque de Rouen j Bernard de Far-
ges, présida au Pont-de-l' Arche un autre con-
cile , contre les Templiers. La Chronique de
Maneval assure qu'on exécuta les ordres du
pape contre les coupables ; plusieurs Cheva-
liers furent condamnés aux flammes, (i)
Pierre de Rochefort , évêque de Carcas-
sonne , assembla aussi un concile diocésain.
Parmi les nombreuses victimes qui périrent y
rhistoire a nommé Jean Cassanhas, coxnman-
dteur à Carcassonne. (2).
En Lorrame , le duc Thiébault fit exécu-
ter un grand nombre de Templiers , dit lau-
teur de l'histoire manuscrite de ce prince, (3) et
il s'appropria 1^ majeure partie de leurs biens.
Thiébault était très-lié avec PhUippe-le-Bel.
Après tant de cruelles exécutions , Taiche-
vêque de Sens n'était pas encore satisiait ; il
*
( 1 ) Hîst des Areheréq. de Rouen , par un Biif^xctix.
Jlouen , 1667, fol. 491. Galiia Christ. , tom. si, p. 75.
Ce concile se tînt au Poni-de-r Arche , comme le dit la
Chronique de Maneval , et non k Pontoise, qui n'était pas
dans le ressort de Parcherèque de Rouen.
(a) Hist. £ccL de Garcassone> par le P. BourgXj
page asa,
(3) Hist. Ercl. et Ci?ile de la Lorraine > par D. Cal-
MXT^t. 3;P. 436.
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DES TEMPLIERS. 121
1
conToqua un second concile contre les Tem-
pliers , au 18 août i3io. Les bûchers dévo-
rèrent encore i^uatre victimes, (i)
- • Quels hommages ne devons-nous pas à ces
intrépides martyrs de la vérité et de Thon-
neur, qui comparurent devant les concUes
assemblés à Senlis^ au Pont t de- l'Arche > k
Garcassonne, dans le reste de la France, dans
les états du duc dé Lorraine ^ à des époques
où Texempie des cruautés^ commises à Paris
envers les Chevaliers , pouvait intimider, les
plus fermes courages l
Ces nouveaux proscrits eurent l|i,vertu de
ij écouter que leur devoir , et de se dévouer
aux bûchers , connaissant d'avance le sort qui
les attendait.
Que les cinquante^quatre de Paris , passant
(lyBans les Mémoireê concemani' VhiUmre EccU-
siastique et civile (TAu-xerrb , t, vt,page 29 * , se trouve
-la lettre de Tarjchevéque de Sens, qui fixe la reprise du
concile : Nostrum provinciale conci)ium ad diem tertiam
posi instans festum Assumpt. B. Maria» Virgînîs , eum
diebus subsequenlibus continuaudo post opus fuerit
Parisiis.
£t deinde post paucos dies quatuor Templarii eodem
' modo condemnati extîterant et combnttt. Aucsr de
« «
BiTTERiis, Fita Cletnentis V.
i22 DES TEMPLIERS,
tôut-à-coup cln fond de leurs cachots devant le
tribunal; aient opposé une constance inéfaraiiT
lable aux menaces, aux offres des juges et du
monarque , aux prières et aux larmes de leurs
amis, c*est un beau dévouement sans doute ^
mais du moins il leur a suffi de combattre pen-
dant quelques heures, et ils sont arrivés de suite
aux triomphes de la mort ; une seule nuit a
passé entre leur accusation, leurs intecroga-
toires , leurs réponses , leur jugement et leur
illustre supplice.
Mais dans les autres lieux de la France ,
ceux des Chevaliers qui cédaient au sentiment
de leur devoir , au respect pour la vérité ,
ont, pendant des mois entiers, depuis la ca^
tastroplie de Paris , contemplé solitairement ,
chaque jour , chaque heure , chaque instant ,
le bûcher qui les attendait ; et pour n être pas
découragés, il leur iallait non seulement. une
constance qui bravât le malheur , mais , si
) ose le dire , une vertu qui d'avance sut jouir
de la gloire du supplice.
Dans ces divers concile^ ,
on^ inttx ai e
tout Texemple du premier concile de Sens.
Ceux des Chevaliers qui persistaient dans
leur rétractation , qui attestaient leur inno-
cence et celle de l'Ordre , étaient déclarés
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DES TEMPLIERS. i23
relaps et condamnés au feu* Ceux qui n'ayaient
jamais (ail d'aveiLX, et cjui persistaient dans leurs
dénégations y étaient condamnés à la prison et
la subissaient coauiie non réconciliés ; et les
tipostats de l'Ordre oktenaieht la liberté.
■Détournons un instant nos regards de la
^ Tandis que ^cs bûchers y fumaleiit encore ,
ié ëoncile de Rayenne s'assemblait ^ neuf Che^
valicrs y comparurent ; ils déclarèrent que ni
l'Ordre ni. eux n'étaient coupables : leur dé*»
nég'alion fut ferme et constante. Le concile
examina d abord s'il fallait les livrer aux tor-
turés. Deux Dominicains îhcfuîsitèurs, qui as-
sistaient au concile, opinèrent à donner la
ifnestioh ; les autres membres furent d^uri avis
contraire. Le lendem iin, tous les avis s accor-
dfeiN^nt à décider qu'il fallait punii" les coupa-
bles, stlon les lois, et absoudre iesinnocens;
fallait ranger parmi les inddcèns
ceux qui ayant fait des aveux par la crainte
«te^ tèuhïieiis, Icj^ avaient etikùite révôqùéé^
oju^çi^ui prouveraient que la coulinuité de cette
o^^nte les av^û; Jasqi^'alors empécbés .de, S0
(i) Au daudi e^âcut in ^uestiouem ) respouderunt non
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124 DES TEMPLIERS.
Ën Allemagne^ un concile avait été assem-
blé à Majence, pour prononcer sur le sort des
Templiers.
Le concfle s'occupait de l'affaire : soudain
se présente le commandeur Hugues Sauva-
ge (i) ) accompagné de vingt Chevaliers ,
tous en armes et en habits de l'Ordre ; ils pé-
nètrent dans rassemblée ; les pères sont dans
rétonnement et dans la crainte ; l'archevêque
■dandos. lïicolaos tamen et Johannes , Dominicaiii ^ inhae*
retîcos quaesîtoreSy danâos esse dixenint.
Sed postridie , cum iterum convenissent patres, com-
muni seutenùà decretum est^ iauocentes absolTÎ, no-
centes ex lege puniendos.
Intelligi innocentes debere, qui meta tormentorum
confessi fnissent , si deinde eam confèssionem reyoca»*
sent; aut revocare huius modi, torinenloruin metu ne
inferrent UT nova ^ non fuissent ausi^ dùm tamen id cons*
taitex, RuaBV8,Hi8t. Rouen.
(i) . Comparait autem in synodo^ qoemadmodom re-
fert manuscrîptus liber , Hugo Cornes Silyestris et Rheni,
qui moraLatar in Gi uiiiback prope Meyseiiheim, cum
viginti fratribus sub ha)/lta Ordinis^ probe armatis.
Hi omnes non quidem Tocati^ sed ultr& et subitÀ in
eoncessum patram îrrumpunt , omnîbasattonitis ; ardiie-
piscopus vu os ( orisickrans ac violeiitiam tiineus, placicîè
jubet cotnuieiulaiori ut sedeat^ et si quid babeatin mé-
dium ad ferendum; ut depromat
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DES TEMPLIERS. 125
qui présidait ordonne arec politesse an com-
mandeur de s'asseoir , et d'ejLpliquer ce qu il
désire.
Le commandeur répond, d'une voix ferme
et tranquille : (1)
a Ces Ghevaliers et moi, nous avons appris
(i) Qui clarà et liberâ voce exorsns, se suosqne con-
fratres inquit intellezisse , hanc synodum sui Ordinis
delencU gratiâ potissimum congregatam ex comiuibblone
Komani pontiûcis.
Enormia enîm qncdam scelera, et piiuqiiam etlmica
flagitia iUla objecta , qu» in privato designarent, quod
ipsis sane esset grayissimum et inU)lerabile j maxime ^uod
non ordinariè auditi, nec convicti condemnarentur*
Quare coram istâ patrum coogregatione se appellare
et proTOcare ad futarom pontîfiœm ejiuque anÎTetsum
clenim, pubikïë quoque protestaii, eos qui propter talia
flagitia alibi igni traditi essent et combiisti , constanter
pernegasse^ sed ( nec ) quidquam eorum désignasse, atque
in eâ con^sssîoiie lormenta etmortemperpes609,ii«ini
Dei op^i maximi smgulari judicîo et miraculoy eorum
mnocentiam comprobatam, quod albae clilamides^ ac ru-
J;>ricatae crucea igni uo^ potueront absumi.
. Archiepi8Copu8,lkisauditia, ne tomultus aoboriretiir,
proteflationeni eorum admUit, seqne cimi romanopcmtH
fiée ; acturum respondit, ut quieti esse pussiut. Atque ità
ad proj ria suntdimissi.
Posteà veri Petms aliam commissionem obtîauît:
juxtà quam procedens^ prsedietos censHtt abfolrendoa.
136 DES TEMPLIERS.
i( que^par commission du Pontife Romain , ce
a sjTDode était ^embié pour abolir notre Qr*
<c dre. On nous accuse , dit -on, de crimes
« iiurriliies et de yicos qm désibonoreraient
i< même les pajens ; il nous serait trop péni-
K ble^i û ikom serait même in&uppor table de
ce les énoncer en public ; mais ce dont nous
ce nous plaignons surtout , c est ipie les Che*
<!C Tdliers soient condanmés sans être ni enten-
<( dus^ ni convaincus. Nous déclarons à cette
« afiMnablée bous rendre «ppelms devant le
« pape futur et son église. Nous attestons
<!c hairtement que ceux de notre Ordre qui
ce ont été condamnés au:$: , flammes ^ sous le
ce prétexte de tels erimes ^ les ont constam-
« meat niés , 3ans exception , et ont soulFert
la torture et la mort , en persistant dans
Cl leurs dénégations )). (i)
^ L'archevêque admit cette protestation^ leur
promit d'agir auprès du pape , pour oblenir
qu ils ne lussent pa^ioquiétés, et ksreavojrai
(i) il iiuU sou discours par ces mots : a Un miracle
jfx e^^tracardinaûre a mauUèâté le iugen^ut Je Dieu ea leur
« ÛLTeur ; le feu qui les a consuii^és^ a respecté kiws bar
<c bits Maxu» et leiprs eroi^ rouges. »
Cette assertion est bizarre; mais du moins cUq peit
d'uu esprit convaincu dç TinnoceAce des rictijwief.
9
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DES TEMPLIERS. \»j
ensuite il rectA du Pontife une nouvdle com-
mission , et il procéda de nouveau.
Quarante - neuf témoins comparurent (i) ,
dont ^enfe-huit Templiers et les autres étran-
gers à Tordie , et recommandables par le rwg
<|«>ils 4Mettaienii dans lé ixionàe ou da^rÉ;^rL5e.
Tous ^ ait^tereai* également 1 innocence de
ISfONbe:^ . el le concile pronoÉç» en^ ÙLYeàr
4 es atcu.^cs. ■ ' .• i -/ ■
i^4rluibrmftëdn prise à Trêves justifia aussi
iOidre et les Chevaliers, i)e dix-sçpt té-
'IH^im (2) qfm' là jccmiposatoiiii lra^ sétile-
(1) Inquifti^Q factaMo^HDti^'per pommes ardiîepis-
copum MogUntîae el Koberltim^ decanura ecclesîae Sti.-
Stii'varik....... iiiquisilurc:» a Scdfe apusloLcà ilepulalos
Qoatra ordinem et magnum magistrum sen pféceplôvem
(2) In^iiiâ^o âieta in dipç43fi-^J(J|]^¥eF|9fi#ljp9r Bomi^
'iêféy ê^camm ecclesise Sti.-Serrarii ccintm Ordinem Mi-
lit ia^ Templi et magjtiiuij. jgorecej^^jcexA r^pÂ.^ljj'yp^fffiiie.
' 'Mdtdpîen cjui a^ait citées. Jlf.S: Vatic, ^ig. ,
«v® 92^ ex nijhriore arch. pal. A\>eii. ILumani perktUim.
r
128 DES templiers;
Vers le même temps, le sort de plusieurs^
Templiers espagnols était réglé dans le concile
de âaUmanque.
L'archevêque de Tolède le préûdait ; on: j
comptait onze évêques.
L'enquête contre l'Ordre; et les Chevaliers
avait été prise à Medina-del-Campo , par Tar-
tfaevéque de Compostelle et son adjoint. Les
Templiers du rojaumc de Castille et de Léon
avaient été cités. Trente Chevaliers attestèrent
l'innocence de l'Ordre.
Trois prêtres étrangers à l'Ordre furent en-*
tendus ; l'un d'eux fit uné^ déposition très-re-
marquable : il déclara qu'aj^ant été le confes-
seur tlt plusieurs Templiers, les ajant assistés
à leurs derniers momens , il s'était ainsi con-
vaincu de leur catholicité. (1) ^
Après une mûre discussion de l'afEare , les
n-^fifi, referunt, quadraginta iiovem testes addiictos nil
adTerstis Templariomm Ordinem de scelelribiia ipsis im-
positis respondiflse.
Alterius pariter judiciarix actionis taLulaî inTrevîrensi
arcliiepiscopatu confectse transmissaeque ad Ciemenieni
lâairant septemdecim testes ihleiTOgatos de flagitiia Tem«
plariorum nuUnm confessos. Ojtjsxicus ILérsjiLDtra^
Annales Ecclesiasticœ , i3io.
* (1) AudiTitconfeasionesmultoriimTempIarlorum iiir
sldiatorum a'Satràcenîs ^uî statîm decesaerent et benfe
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DES TEMPLIER?. i^^
sufFraj^ des juges furent unanime et décla-
rèreat les Templiers innocens. (i)
Les TempUers ayaient été poursuiTis jus-
dans l'île de Ghjpre.
En mai et en juin iSio^, on y entendit un
grand nombre de témoins étrangers à l'Ordre ;
tous étaient des personnes considérables par
leur naissance^ leurs dignités ou leur état ; tous
déposèrent en faTeur de l'Ordre et des Gb^
valiers.
GeuX'-ci^ aunombredesoixante^-quinsse, et
des plus distingués de TOrdi e , se montrèrent
dignes du bon témoignage qu'on rendait
d'eux ; ils attestèrent unanimemeul rinno--
cence de TOrdre. (2)
et catbolice confitebantor et nmiliter Gonfeflsioiies infir-
marum.
Inquisitio pacta metinuE per reverendos et Dominos
DominunL Kodericum archiepiscopum CoiMpostellanuia^
Dominum J. UlisboneiiBeiii et^Dominiua Geraldnm
episcopoSyConlra Ordinem IMtilitic Templi et magnum ieu
preceptorem rcgru Caslellai et Legionis. MSC, du Katic.
(1) Questioae habita, pro eorum innocentiâ proQua-
QÎalom communi patrûm sufiragia JSÎARtjasrvA ^ ch»i5,
p. 10. jioiriABf coU..coneil,
(2) Rubric.T factae super inquesta contra magistruiu et
Ordinem Templi iu Cjpro. BiùL imp.
L'enquête entière se tronve parmi les manuscrits du
Vatican.
9
^5q DBS templiers*
. Ainsi la justice et Xhuxasadié, ezilée$ de la
France, proclamaient clans les autres royaumes,
d'une miiiir^ solenueUe , . l'iimoeence des
Templiers.
En vaia jjplùUppe-le^Bei» beau^-père du jeune
Edouard , essaya d'inspirer à ce prince de fti-
o^^tQ^ pféyeuUous contre les Templiers an««
glais ; en vain fil41 passer des agens en Aagle^
terre (i) ; en Tain envoja-^t-^il des renseigne^
mens et la copie des aveux obtenus par- les ia«
quLsiteurs irauçais: en Angleterre et ^Irlande,
les Chevaliers soutinrent rinhoeence de TOr-
dre; et quoique condamnéi aux tortures, ils tii^
wni fermes et constans dans leurs dénégations.
Le concile de Londres s'était assemUé en
1609 et en i5io.
Quarante-sept Templiers interrogés avaient
unanûnement protesté de lieur innocence*
, On proposait a (^ut4c|ues Chevaliers de sortir
de l^Qrdre ; ils répondirent : Plutôt mourir (2} ;
■
(1) Il parait par la correspoudance de Philîppe-le-Bel
et de Clément Y ^ que le roi avait désigné à la eour de
Rome les comimssaires ^'eUe devait euToyer dans les
antres états.
' (21) Fuerimt moniti et multipliciter exhortati ut exi-
rent à dictà religione^ qui rcsponderont siglUatiin ^u&ii
CITZVS VELUBNT MORZ.
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DES TEMPLIERS. i3i
Vnn d'eux» reçu seolemeiit <mze jour» wseat
l'arresUtioii, ajouta : a Quoiqu^n rentrant daû&
«c le monde » j'eusse aises de fortune pour j
« Tivre hoaorablemeot san^ le 5»€cgurs de
c rOrdre. . .
On clemaiide à un Chevalier , si l'Ordre n'a,
pas besoin d'une réforme» 11 la born^ à deux
points : tr un an d'épreuves et la publicité des
« réceptions. »
A peine trouve-t<OQ à recueillir contre TOr*
dre trois fausses dépositions de Templier^ apo»<
lats , qualifiés tels par les juges eux-mêmes.
Thomas de la Moore , grand-prieur 4 An-»
gleterre et d'Écosse, Himbert Blancke , grand-*
prieur d'Auvergne , montrèrent un caractère
et une vertu à Tépreufe du malheur et de la
persécution.
Le concile de Londres ordonna, après de
longues discussions^ (i) que les Templiers
fiissent séparés les uns des autres , interrogés
de nouveau, et cjue ctux qui persisteraient
dans leurs dénégations, fussent. Uyréa aux
»
(i) Magnae (Ibputaiiones fiebanl propter varias muta-
tioues inventas ia iaf^uisiuombu^ et depo&itiooibus prse*
£a Angleterre on avait entendu beaucoup de timoins
étrangers à rOrdre.
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%$i DES TEMPLIERS.
1
tn
1
ble, ni violente effusion de sang, (i)
Ne soyons pas. étonnés de celte décision
Clément V avait écrit au roi d'Angleterre en
ces termes : «
ce Vous avez- déf(gndu qu'on eiupiojat les.
« tortures dans les procès contre TOrdre elles
ce Chevaliers : aubsi les Tçiupliers. refusent ,
H dit-on , d'avouer la vérité. O mon cher fils !
<( considérez attentivement et prudemment si
<( cela convient à votre honneur , à votre salut,
cjc et à l'état de votre royaume. » (2)
(1) Et si per hujus modi arrestationes et separationes
mhil aliud quàm priùs relient confitert, qù6d ex tune
«piaestioBarentiir, ita quhà ifkiaestîones ilke illat» fièrent
aLsqtie mutilaiioiie et dt bilitatiotie perpétua alicujus^
jnembri, et suiè Yioieutâ sangumis eilu&k>ae.
(a) IfoYit> sic credimus^ tua serenitas^ etc.
Inbibuisti ne contra ipsas personas et Ordinem per
<^uiiTioM:s ad inquirendum super eisdem criminibus
procedatur ^ sic que iidem Templarii ciiiEteri dicuntur
super elsdem articulis Teritatem...«..
Attenté , qussumus , fill carissîme ^ et prudenti delibe-
ratîone considéra si hoc tuo honori et saUiti conveuiat cl
statuL cui»|^ruat regiil tui.
II. id, jul. au Y. ( i3io ) Arehwe» ëecrèiea du Faiican,*
— - Regeatrum HUerarum Cunas anno K domini'CitB-
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DES TEMPLIERS. î3S
Niies menaces ni.les tortures n'ébranlèrent
la constance des GheTaliers.
Ils furent de nouveau interrogés ^ au mo-^
ment même où la nouvelle de ce qui s'était
passé en France aurait pu intimider de moki^
fermes courages : ils persistèrent.
• Nous verrons dans la suite comment ils fu-
rent jugés définitivement par des conciles, qui
surent accorder les intérêts de la politique
avec le respect que méritent la vertu et lé
smlbeur.
Je Fal observé, et je crois devoir l'observer
encore ; tandis xfaeâ France leà Templiers
étaient traites avec tant d'inlninianité , il sem-
blait que , dans le reste de l'Europe , l'équité
des princeis , Fimpartialité des ministres de la
religion et des lois, et la constance des Che-
valiers; sè fusseiit réunies p6ur attester Tin-
nQcence des Chevaliers français qui étaient
morts , bu qui souffraient encore en marlyrs
de la vérité. • .
Cette circonstance offre une raison décisivé
en faveur des Templiers français. C'étaient les
statuts de TOrdre que ses persécuteurs, vou-
laient faire condamner, en proscrivant les
Chevaliers. Ces statuts n'étaient pas pour la
France autres que paur les pa^s étrangers. Si
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tSi DES TEMPLIERS.
en Iulie, en Angleterre , en Allemagne » en
Espagne , en Chypre, on ne condamnait pas.
les Chevaliers^ on prononçait done qut ni
€ux , ni leurs statuts n'étaient criminels. Que
penser alors de lacharnement arec lequel on
les poursuivait en France ?
Le 3 novembre trois des commissai-
res du pape , révêque de Mende , les archi*
diacres de Aouen et de Trente ^ se rassem-^
Uent à Paris ; ils demandent si quelqu'un veut
défendre l'Ordre des Templiers. Personne ne
$e présente.
L'archevêqtie de Narbonne avait quitté Pa^
ris pour les aflBBiires du roi ^ dont il lôhtit Us
sceaux ; 1 evêque de Bajeux était allé auprès
du pape par ordre dn roi ^ pour affaires diffici*
les ; etrarchidiacre de M aguelonne se trouvait^
' disait-on^ malade à Montpellier; l'évéque de
limoges, en se rendant à Paris, était retourné
sur ses pas , d'après des lettres dn roi ponant
qu'il ne con venait pas, pour certaines raisons,
de s'occuper de Taffiiire des Templiers, jusqu'à
ce que le prochain parlement fut assemblé ; ce
parlement devait s'assembler le lendemain de
la fête de Saint-Vincent, (i) >
T
(i) Froces. contra Templar,
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DES TEMPLIERa iSS
ses séances à Paris ; elle appelle Guillaume d%
Cluaiibonii^t ei liertnuad de Sar^ges , pouf
assister à raudilion des témoins ; ces Cheva-
liers réclamenl (i) la présence de Ilajaaad4e
Pruiiio et de Piètre de Boulogne, et déclâ*
reat qu'ils persistent dans leur précédent ap^
pel; ajoutant que s'ils élaieiit libmett^lalilis
dans* leurs bieos, ils dé&udraiant volôlUiei^
lOrdre.
Ou leur annonce que Rajuaud de Pruuio ei
Pierre de Boulogne oût, sblennelleiiientétiro^
loutairement, renoncé à la défense de l'Or*
dre y et révoqué leur rétractatidn ; que Pierre
de Boulogne s'est échappé de sa prison et a
disparu y et que Rajnaud de Pruino- tie peut;
pas être âdnàiâ à défendre l'Ordre , puisqu'il
« été dégradé an cottcile de 8en«.
Guillaume dé Chambonuet et Bertrand de
Sanâges persistent dans leur refus d'assister k
la séance , s'ils n'ont avec eux leurs deux col-
l^^es:; et y poui* tie pas préjudieier à leur ap-
pel , ils se retirent»
La commission continua la procéduire et elle
entendit des témoins, juscp au 26 mai i5i 1.
Avant d'entrer dans la discussion des dé- ^
(1) Procès, contra Templar,
r
i36 DES TEMPLIERS.
{positions ^ il se sera pas i&utile de &àre re-
marquer qu'un nombre très-considérable de
témoins^ déjà adoiis au serment, ne furent
pas entendus par les commissaires.
Pc ut-on ne pas adopter Topinion très-vrai*»
^ semblable que les a^ns du roi , qui seuls ad-*,
nûnistraient les témoins ^ avaient trouvé quel^
que danger à présenter des personnes dont ils
redoutaient la sincérité ? (i) *
En comprenant les seize témoins entendu^
avant l'interruption des séances^l'iniormationse
trouve composée de deux cent trente-un té*
moins.
Les deux tiers environ avouent ^ avec plus
ou moins de détails, les priucipauiL chefs d'ac*
cusation*
La plus grande partie de ceux qui .font des
aveux, disent que lors de la réception- des
Chevaliers, pn exigeait qu'iL reniassent trois
fois Dieu ou le Christ , et qu'ils crachassent
trois fois survie crucifix.
Ceux qui déclarent qu'oA exigea qu'ils crs^
chassent sur le crucifix , prétendent qu'ils ont
craché à côté et non dessus, (2) ,
(1) Le nombre de ces témoins est Ue viagt-six.
(2) Jittlà, non saprà.
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DES TEMPLIERS. xlj
Ceux cpiî déclarent avoir renié Dieu, ob-
servent qu'ils ont renié de Jbpucke et noa de
4WBUr. (i)
Quelquesruns disent ils furent autorisésf
& se livrer à de» mœtm licencieuses et crimi-
-^nelles ; mais ils ont soin d'attester qu ilî> a ont
jamais profité de cette coupable autori^atioi^.
: D autres parlent delà Lete , de l'idole,, de
l'apparition et de Tadoration du chat.
A l'époque où les commiissaires reprenaient
la procédure , tout éiait changé^ Le^ Mcher^
allumes dans Pans , . et dans plusieurs autres
Tilles de la France ^ avaient consumé les plu$
intrépides défenseurs de l'Ordre ; un ^rand
ponûubre de dignes Cihevaliers expiaient dans
Jes prifion$ leur généreux et constant dé-
youement à la .yérité» à Ihonneur et à>ia
Tcligion. Ne recevant que dou^e deniers par
jour, dont niénie on ne leur ^ laissait pas
l'administration, ils vivaient excommuniés:
-on leur refusait les secours et les consoldlions
,ide la i^ligion ; leur vertu était réduite à se
isuffire à elle-même,
^'On se garda bien de les appeler en témoins
xlevant les commissaires ; ou ne présenta que-
(i) Ore, non corde;
i58 DES TEMPLIERS.
la lie de TOidrè , les aposiati», ceux quf, pour
sauver leur vie , s'étaieni honteusemeat glcH
rifiés, devaiiL les conciles provinciaux, de
déposer leurs manteausc ; et encore pour
en trouver environ deux cetits , fellut • il
choisir et recruter le luensooge dans les di-
vers points de la France ^ enàotle que les
officiers du roi^ qui seuls â%'aient la charge
d'appeler , de traduire et d'admitiiatrer les té-
moins ^ ne présentèrent aux commissairês que
des hommes' déjà gagnée ou intimidés > qui
étaient engagés par leurs déposiiions faites
devant les conciles provindan^deSens, Sen-
lis, Kheims^ Rouen, etc., devant les évêque*
d'Amiens , Gavaillon , Glermont , Chartres ,
Limoges, Puj, Mans, Mâcon, ÎMaguclônae,
^Nevers ^ Orléans , Périgord, Paris ^ PoitiefS,
Rhodez , Saintes, Soissons, Tuul et devant
Ji archevêque de Tours, eto« etc.
Tremblant d'encourir la mort à la moindre
variation , ils commencent presque tous par
déelarer aux commissaires qu'ils n'entendent
point s écarter de la déposition qu ils ont déjà
faite devant tel évéque , ou dans tel eoneile.
Et toutefois , ô force de la vérité I ô ascen^
dant de la vertu ! il s'en trouve qui , malgré
la terreur qu inspirait le supplice récent des
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s
DES TEMPLIERS. 1Ô9
yictimes^ malgré les menèiQes it left (>f<MMmk
des officiers du roi , oseûl se pkiûdre devant
la conmiission d avoir été torturés , et réro**
<:piant les aveux gu'on leur avait arrachés, al^
testent à leur tour rinnocence de l'Ordre.
Je crois devoir les ûommer : •
AUDEBERT DE FORTE,
189a témoÎD.
^THELEMIDE PtTYKEVEL,i6ie' témoin* ! '
EUE rOSTIU, té- f II avait|^itf^s«Jm^^l>T«^
i deSSuttlet..
ELIE RAYNAUD, 129» C R^^vnmia les awui feita âerwU'é^^
temom. * véque de Saintes.
GHHAilD DE ANOlirN-. ( '^^''^^'-^^ 'I"''! • ^'^'i^' =' P^^ris
^ HAR, i64a témoin, ) P**""" ^ n'y
- • C Avait poiût été ad mifi* . . i ■. • " , 1,
/
GUILLAUME DE LIÉ-
C Age de fyiMtre-vinjfts ans . .uniem- dv.
~ j I/a RocJifl je . :in,t'àt*i qu'il .'i it r^Tii wn
>:S^fl *'^^îff***^* > i '" '^l'j'^ Je Chevaiierç , mais
. ^ . •■ , . daiiâ la iorme iicite.
^ Reçu depuis cinquante -deliK tut ,
«HLIAUME DEJiiq, Jjl^ ,l'<«^-4, ««ySi,» !
imn» tcmoin* j awir etrf tenu Jong-temp «n pain
GUILLAUME DE TER- ) '''' '^'^'"'^
RAGE» aa6a.t#eHite. > ' "'^''''"^ ^^"^ wmblmble^
réceptions.
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i4o DES TEMPLIERS;
HUMBERfF'DU PUT, ii4* témoin.
PIEIOIE DE S*.-BENOIT, i59« témoin. ,
JIEBBB THËOBAU)!, i fi«tracu airev» fiûtt devant l^é-
laS» Unoiii* \ vêque de Saintet.
■
HETlflER DE liAR- f RâmcU Ici avatt frili devint TA-
CHANT , 70* témoin. \ fêtipe de Stintei.
ROBERT DE YIGEEIfi , 76, témoin.
THOMAS DE BAMFELUNE, is;* témoin.
Malgré le péril imminent , ces intrépides
Cheyaliers osent déposer en faveur de l'Or-
dre 9 et te plaindre des iriolences et des tov^
tures. En lisant 1 information , on adnure leur
courage ^ et lorsqu'on serait indigné eontre la
pusillanimité de ceux qui ne cherchent qu'à
racheter leur Tie y on pardonné à la faiblesse <
humaine, et on se consolç avec ces généreuJk
martjrs du devoir»
Sera-t-on surpris d'apprendre qu'après ceux
que je Tiens de recommander à Testime pu-
blique , il s'ea trouve encore quelques autres
qui avaient tenu le même langage , mais qui
vinrent successivement le révoquer et se ran-
ger de nouveau dans la classe de ceux qui
avaient iait des aveux ?
Cette variation démontre évidemment lin-
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DES TEMPLIERS. i4i
iluence toujours active des agens du roi^ et la*
Tertu des GheyaliCTsr qui, résistant sans cesse à
cette iniluence , sortaient victorieux de cette
lutte pénible.
H importe de présenter ce tableau ; U ap-^
partient à rhistoire de ce grand événement et
sert à l'expliquer.
Jean de Gormeilhes est interrogé sur la
forme de sa réception.
Il ne veut pas répondre ; il demande aux
commissaires dj leur parler en secret. Il est
refusé»
*Alors il se plaint d'avoir été torturé, et de-
mande un délai pour achevejç sa déposition
ce délai lui est accordé.
Le lendemain, il reparait, pour renouveler
Taveu que sa réception avait été faite dans la
forme illicite.
Martin de Montricbard ,^
Jean Durand ,
Jean de Ruans ,
Après s*être placés sur la ligne honorable
des défenseurs de l'Ordre^ et avoir rétracté'
leurs aveux, revinrent peu de jours après,
et^ révoquèrent leur rétractation.
Le trente-septième témoin , Jean de Pol-
lencourt, ayait déjà commencé sa déposition;
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4
DBS TEMPJHEiiii-
déclaré persister dans Jes aveux qu'il avait
faits devant i'évéque d'Ameo» , tels «pie le
mûemcnt ^ etc. > etc*
Les commissaires rapportent ce qui se pas^a
eu cet instaot ; (i)
« Ce .ténioiil était tout pâle. — JSous Vin-
a vitâmes à dire la vérité et à ^au\ t^r squ âme ,
(l) Protestatus fuit piuries quod volebat starc confe&*
énid pvlMÂ iaicm p«r emisonun dicto dommoiiiQbia-
mwi f t ejuii pr«d«e^scHne et c^uod tune conftssos fiierat
se abnegasse Dominum in Teceptiionef uâ.
Çum autem dictus testis muUum esset perterritus et
^mi pallidus et dicti domini commissarii persuasissent
0poi aMùiMt bA ireritaiem dicèiK|afift et AdsalvaBdam
animam suam^ non ad confessîonem jmdietam^ nisi ewt
y^ra, et ^mrui^â^ui. ci quod nulium p^iculmn eipoterat
imniinm> 9i dioeret writAtem coram eb « ^iiia ipsi nollo
modo rerelarent nec notarii astantes ^ dixit ^ post aliqnod
intervallum, in periculo animae suae et sub juramento
prsstito per eum^ quod in ejus receptione non abnega-
verat dominum nec Jehsum crudfixami née oscnlatus
fuerat receptorem suum nec alios aslantea niii in ore,
nec fuit requisitua, nec spuci at ïsupra crucem, nec de
di<:ûs ahoe^atione , spuitione et oscuio oliquo inhonesia,
fuerat requi9itu9, Ueet oontrarium confessusfuerit coram
inquisîtonbus meta mortîs, ut disit, et quia frater £gi-
dius de Rotangl supra dictus dixit cum lacrymis eîdem
testi et pluribus ahis cum eodem existentibus in carcere
di jtoaterrobQ.diQce»is Ambinnepsis gnod pcrderant oor«*
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DES TËHPLIBa& i43
a plutôt que de â en tenir à aveux, s'ils
« n'ëtaieni pas sincèpes : nous rassurâmes qu'il
<c ne courait aucun risque de dire enfin la vé«
«c rîté , parce cfue ni nom ni les notaires pré-
a sens ne réveierians^ en aucune manière, sa
ce déposition. (i)* .
Après quelque interyalle , il répondit :
€c Je déclare donc an péril de mon âme et
K sous le serment que j'ai prêté , que dans ma
«réception, je nai ni renié Dieu, ni craché
♦
|M«« sua BMt javarent ad êMatmcûmtm OrXaAêy eeiift-
ieudo quod âLaeg<u»j»eat Demu et ^^uod spuis&eni suprà
cruoem,
Divit insaper qaod» p«st dictam caafeasioiîem £u^m
per emn ooram dicto tlomino Aaubiaaensi et ooram in-
quîsitoribuSjfuitconfessus dedictâ falsâ confessione^quam
asserit se fecisse , cuidam Ira tri M in u ri sibi deputalo per
dominiun Robanum nano Anrfiianenscm epifoopum,
cal epitc^ idm lestîs Tolofrat isonfiteii; sad idbni
episcopus respondit quod non poterat audire aumdem,
propter fratres alios occupatus , et dictas i rater Minor
absolyit eiim et injunxit eidem quod deinceps non ^aceret.
Eadsam depositionem innegotîo praediclo. Proceê, contra
Ikmpktr. ^
(i) Les commissaires du pape pouvaient- îls recon-
naître d'une manière plus expresse le danger qui mena-
çait les témoins qui ne déposaient pas comme les agansdu
roii'cMgaaieni?
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i44 DES.TEMPLIERS*
<c sur la croix, ni commis les indécences doiit
4C on nous accuse» que je n'en ai point été re-
<c i£uis. Il est vrai que j'ai fait des aveux de-
Tant les inquisiteurs ,^ mais par crainte de la
<c mort , et parce que Gilles de Rotangi m'a-
n vait dit en pleurant , ainsi qu'à plusieurs
<c autres qui étaient avec moi dans la prison
« de Montreuil , que nous paierions de notre
4C Tie , si nous ne concourions par nos ayeux
c à la destruction de TOrdre.
« ïe cédai ; et ensuite je voulus me confes-
' ce ser à Févêque d' Amiens ; il m'adressa^ à
« un Frèie-rMineur ; je m'accusai de ce menr^
4C songe , et j'en obtins l'absolution ^ à condi-
ic tîon que je lie ferais plu|^ de fausse déposi-
« tiun dans celte affaire.
a Je vous dis la vérité ; je persiste à Tat-
<i tester devant vous, quoiqu'il puisse m'en ar-
iL river : je préfère mon àme à mon corps. »
On ne disconviendra pas que cette déposi-
tion ne porte avec elle un caractère de sincé-
rité touchante. Trois jours se passent , le té-
moin retourne vers les conmiissaires', il révo-
que sa rétractation^ et confirme ses premiers
aveux.
Il est évident que pendant les trois jours. *
d'intervalle ^ il avait été ou menacé ou tor-
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DËS TEMPLIERS. i45
luré. âou esprit est égaré.*« Dans sa nouyelle
déposition , il ya jusqu'à parler, du chat qui
venait dans le chapitre ; il déclare que si
on ne dédisait pas TOrdre , il youdrait ea
sortir.
Quel juge accorderait la moindre confiance
à de pareils témoins !
Et c'est ^'après de teUes pi^yes que Ton
espérait former ropimgn du concile général
et celle de Thistoire !
L'époque où ce concile général devait s'as-
sembler à Vienne, avait été prorogée : elifin
s'approchait le jour fixé par la nouvelle con-
vocation.
L'Ordre avait déjà péri en partie avec ks
braves Chevaliers qui , dans les torture^ ou les
bûchers ; étaient morts en attestant son inno-
cence. S'il subsistait encore en f'rance^ c'était
dans les illustres fugitif ^ qui ayaient édiappe
aux poursuites de leurs oppresseurs, dans
ces honorables captifs et surtout dans cet in-
fortuné grand-maitre, qui, s^arés du monde
et des autels y trouvaient au fond des prisons
. un trépas anticipé : mais il. était entièrement
aboli pour ces deux cents apostats , dont ou
soudoyait la lâcheté et le mensonge , en leur
laissant une yie qu'ils ayaient déshonorée,
10
a46 DES TEMPLIERS.
et quelques bieuf^te qui çt^ient pour eux uu
plus grand opprobre»
Cependant leurs dépositions, évideiiiineiiÊ
mensongères^ avaient seules motiTé ces pré-
ventions déiavorabies, successivement adop-
tées par ces écrivains » qui n'osent soumettre
au jugement de la raison, les actes et les dé-
cisions de l'autorité » surtout d« lautoirité re- •
ligieuse*
Giterai-je une foule d'exemples choi^i^ par-
mi des auteurs , soit français soit étrangers ,
qui ont eu le sentiment de k grande mjustice
commise en\ers les Chevaliers du Temple, et
qui ont craint de la trop manilester ?
Il suffira de rapporter ce passage de Pas-
quier : a L'idolâtrie des Templiers qui fut
m condaniiiée au concile de Vienne.... encore
<c que je sache bien que i^uelques - uns okt
« estimé QV*m CBTTB AFFAIIUB , IL T BUT JB
N£ SAIS QUOI U£ 1^ HOMME ; TOUTEFOIS PUIS-
(C QUE CBS TbMPLIBRS FURBICT COmjLXSi& PAR
a UK COKCILB , J£ VEUX C&OIILB QUB
«C GB KB FUT VAS SABS JUSTB SUJBT. 1» (l)
Je pense que Je simple récit des laits, la
seule analjse de cette procédure , «t le fidèle
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DES TEMPLIERS. 1^7
exposé des moyens employés pour opprimer
et perdre l'Ordre et les Chevaliers, ont donné
à tout homme juste et impartial la convictioa
que les Templiers furent les victimes de la
politique et de ravarice d'un roi ^ et de la fai-
blesse d'un pontife.
Cependant je ne me l>orne pas à invoquer
cette autorité de sentiment , cet instinct dé
justice^ cette évidence de raison, qui sem-
blent me dispenser de toute discussion ; je
puiserai dans les dépositions mêmes laites de-
vant la commission papale, un système de
défense qui démontrera qu'aucun tribunal
n'aurait pu condamner avec justice ni TOrdre»
ni les Chevaliers.
Je n'ins&te pas sur T^vraisemblance et Tab-
surdité des chefs d'accusation ; elles sont trop
évidentes. . *
Les témoins les plus contra ii es à l'Ordre
avouent que lors de leur réception , on leur
fit prononcer les trois vœux, de pauvreté, de
chasteté, d'obéissance.
CommeiiL supposer alors , que , dans la
réception , on leur permit , on leur ordonnât
la dépravation des mœurs ?
Les apostats disent qu'ils prêtaient serment
tantôt sur la croix, tantôt sur un livre où était
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i48 DES TEMPLIERS.
empreinte son image ; et qu'ils se crojâieatliés
par ce sennent .
Croira-t-on que le récipiendaire attestant
cette croix et le Dieu dont elle offrait Timage^
et les prenauL a lémoin^ de ces eogagemens
religieux^ on lui lit au même instant un de^
voir d'outrager Tun et l'autre^ et que le rcci-
piendaire eut .obéi ? •
Toutes les fois que les hommes dérogent à
la loi ^ soit uatureiie , soit positive , ils . soat
entraînés ou par le fanatisme^ ou par Tambi^-
tioD, ou par rinléict personnel. Quel est celui
de ces mobiles qui aurait engagé un corps puis-
sant et respecté à établir et à observer de pa-
reils statuts ? * ^
Au contraire^ les Chevaliers conibattaient et
mouraient pour la religion chrétienne : coname
corps religieux, comme Ordre, comme cou-
vent, ils avaient tout à gagner s'ils restaient
aUacliés à cette religion > tout perdre s'ils
js'en séparaient.
Ainsi , nul intérêt d'avoir de pareils statuts^
.et nul motif de s'j conformer.
Il est donc d'une évidence irrécusable , fon-
dée sur la connaissance du cœur humain^ que
, ;de téis abus n'ont pas existé dans FOrdrè.
. . Les apostats déclarent qu'ajraut renié Dieu »
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DES TEMPLIERS. ^
et craché sur la croix , ils croyaient avoir
commis un crime ; plusieurs prélendent s'en,
être confessés^ leâ uns à des pré^s qu'ils nom-':
ment , mais qu'ils assurent èue morts depuis
cette confession ; d'autres> et c'est le plus grand
nombre , à des prêtres dont ils i^uoreut les
noms/
Serait-il nécessaire de prouver la fausseté de
telles assertions ? Non sans douté. Et comment
expliquer le silence de ces confesseurs, dont
le devoir eût été de dénoncer l'hérésie , ou
de Ja laire dénoncer par leurs pénitens ? (i)
Il j a plus : presque tous ces confesseurs ,
par lesquels ils supposent avoir été absous,
n'auraient été que de simples moines sans
aulorité et sans pouvoir pour absoudre les
cas réservés,, et surtout une pareille hérésie !
Tout est ég-alement bizarre et inconcevable
dans les récxts de ces apostats. Demandez*
leur quelle pénitence leur a été imposée ?
Quelques jours de jeûne, dire des jpat^r, des
ape , chanter des messes , ne pas porter de
chemise pendant quelque temps.
- — ^ *
(i) L'an des chefs d^accusfttîon contre les Chevaliers ,
c^est d'avoir connu ces erreurs et de ne les avoir pas dé-
noncées à l'Église. Ari. 74, 76 et 76. . ^
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i5o DES TEMPLIERS.
On est sans doote carieux d'apprendre si
les apostats^ dans leurs dépositioiis , font re-
monter à nne époque reculée Tusage de ces
réceptions dans le mode illicite.
Plusieurs des apostats qui déclarent s'y être
soumis^ fixent l'époque de leur réception à
trente, trente-cinq, quarante et même cin-
quante ans.
Quoi ! depuis cinquante ans , cette im-
piété eût été transmise dans TOrdre par une
sorte d'hérédité! Depuis cinquante ans^ un
statut fondamental eût consacré une impiété
aussi absurde !
Quoi! depuis i25o, depuis le règne de
Louis IX, et avant sa seconde croisade, un
tel abus eàt existé dans l'Ordre y et il eût fallu
attendre le règne de PiiUippe-le-Bel pour
soupçonner ce coupable mystère !
Mais qu'on fasse attention que, dans cetin-
terralle de temps, cinquante mille chevaliers
au moins auraient été dépositaires de ce fatal
secret ; que ces Chevaliers, se conformant à la
discipline de l'Eglise, se confessaient, com-
muniaient, et qu'ainsi ils auraient confié aux
prêtres qui devai^t les absoudre, le secret de
leur réception.
Voilà donc des milliers de prêtres séculiers
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DES TEMPLIERS. iSi
ou moiaes, dépositaires de ce secret > ^ui leur
eût réTélé une hérésie au milieu de FEg'lise et
dans un corps puissant et nombreux» qui pou-*
Tait établir cette hérésie sur les ruines de la
religion chrétienne, (i)
Serait «il possible d^admettre que, pendant
cinquante ans, aucun de ces braves Giieva-
liers , pleins de franchise et d'honneur^ n^eût
rougi de ces turpitudes inipies, et ne les eût
dénoncées à Tautorité ! Et Ton supposera qu6
pendant cinquante ans, aucun imnistre des
autels n'eut fait ou exigé une juste dénoncia-
tion pour garantir TEglise d'uu tel péril ?
Mais 9 d'après lés maximes de l'inquisition et
même de la théologie, le confesseur négligent
eàt été coupable de complicité»
Dîscuterai^je l'article de l'accusation relatif
au dérèglement des mœurs?
n paraît que les agens du roi n*exigeaifent
pas avec tant de. rigueur cet ayeu^ une fois
qu'ils avaient obtenu celui d'aroir renié Dieu
(i) Iter de Rochefort, ipil déposa devant le pape, dé-
clara B^étre, depuis Yingt-quatre ans, confessé des ,pi^é-
tendues hérésies de l'Ordre , au patriarehe de Jérusalem \
croira-t-oii que ce patriarche n'eût fait aucune poursuite,
snrloat quand Thistoire r^ippeUeles rivalités et ks dis-*
sensioas des Templiers avec le patriarche ?
i5s DES TEMI>LIËRS.
■
et craché. sur la croix; aussi ny a-t-il qu'en-
viron le quart des témoins qui ait parlé de ces
turpitudes.
Ce <{ui ajonte encore à rinwaisemblance ,
c'est de prétendre qu'elles étaient uidôiinées
par les statuts de TOrdre. Quel homme rai-
sonnaLle admetti a(ju\ii}c pareille loi ait existé
dans une société ?
Et ce qui n'est pas moins absurde, c'est que
tous ceux qui déposent de cette permission ,
ajoutent' qu'ils se sont bien gardés d'en pro-
fiter-
Voilà donc encore un délit inutile !
' Non seulement les statuts des Templiers
n'autorisaient points n'ordonnaient point les
infamies dont ils furent accusés^ mais les sta-
tuts contenaient des dispositions expresses
çontre des mœurs aussi criminelles.
' DansrinfoUnationpriseparréyéqued'Ëlne^
Rajmond de la Garde (i) , précepteur de
Mas-Deu^ répond, que d'après les statuts de
l'Ordre, celui qui se fut rendu coupable d'un
m
(i) Juxtà statiita dicti Ordînis, quiciimqae ex/fra-
Ivibas dicti Ordimis peocatum.contrà nctaram commisil,.
perdere débet habitum suac religionis et in magiiis corn—
pedibus et in collo cateuis appositU, et in manibus ma*
nicis fenreis, habet pevpetuo caroeri dtancipari > iibi in
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DES TEMPLIERS. i5S
lel crime, eut perdu Thabit de l'Ordre, eût
été chargé de fers et Condamné à une prison
perpétuelle pour j finir ses jours, nourri du
pain de la tristesse et abi^UTé de Teau de k
tribuiation.
Ces diTenes considérations se renforcent
eucore d'une autre eon^déraiion que je fonde
sur la morale naturelle*
Puisque les apostats déclarent qu'ils *)iiL eu
Korreur de Tautorisation reladTC au dérègle^
ment des moeurs^ et qu'ils se sont confessés et
ont fait pénitence d'avoir remé/>ieu et cracbé
sur la croix, conimenl se laisait-il (jue des amis
aj^lasseat des amis dans cet Ordre, que des
parens y appelassent des parens, des oncles
leurs neyeuj^., des frères leurs irères^ des pères
Irars fils, el des fils leur» pères ?
. Il a dans le cœur de rhoxnme un senti-*-
ment intime de pudeur, qui ne lui permet pas
de s'avilir aux jreux de ceu;ic que les liens de la
natnre et de la focîété rapprochent de lui. H
{tame tristîtiBe- et aquà tribolatiooît babel com^ilere et
iinire reliquum vitae tempus. Ej^isçojei MfiLMffMtfsit
{l} Yoj«z dans V Appendice la iÎAte à» ces réceptions >
prowréss par l'iiifii>iQo»tmi papale.
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i54 DES TEMPLIERS,
est contre toute vraisemblance qu'on eût si
long -temps étouffé cet instinct généreux » et
que des Chevaliers eussent préparé aux amis,
aux parenSy auxquels ils étaient attachés par
le sang et par rafl\:cûoii, les mêmes regrets et
les mêmes remords qu'ils disent avoir éprou-
vés eux-ménies : c'eût été se rendre coupable
une seconde fois.
Et comment concilier l'existence de ces abus
avec les punitions que les chefs de TOrdre in-
fligeaient quelquefois? Quel frein eût empêché
les délinquans de dénoncer l'Ordre entier ? 11
est prouvé que plusieurs Chevaliers, après être
sortis de TOrdre, jr étaient rentres et s'étaient
soumis à la pénitence publique et longue qui
leur était imposée pour obtenir Thonneur et
le droit de reprendre Thabit. N auraient-ils
pas, au contraire, justifié leur sortie, en pre-
nant pour excuse les abus qui offensaient la
religion et les mœurs?
Comment croire d'ailleurs que les chefs, qui
tenaient un rang si considérable à la cour de
Aome et dan» toutes les cours de TEurope ,
eussent toléré des abus coupables qui, sans
aucune utilité pour l'Ordre , auraient évidem-
ment compromis leur lioiineur, leur iorlune
et leur vie, en Uvrant à tous les récipiendaires,.
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DES TEMPLIERS. i55
à de simples sei vans (i) , un secret aussi inu-
tilement dangereux? un secret qui, en perdant
rOrdre, pouvait perdre les Clievaliers, puis-
que la seule supposition de l'existence des abus
a été le prétexte dont les ennemis de l'Ordre
se sont senris pour le délruire ?
A ces raisons se joignent les moyens juri-
diques qui résultent de Texamen des dépo-
sitions*
Pour fournir au concile qui devait s,'assemr-
bler à Vienne le prétexte plausible d'aboli? un
ordre puissant et respecté , il fallait nécessai-
rement que Tinfonnation prise par la commis»
sien papale contint la preuve que les statuts
de rOrdre étaient contraires à la religion. Les
agens du roi exigeaient surtout que les témoins
déclarassent avoir renié Dieu et craché sur la
croix : quand les témoins avouaient cet article,
on ne regardait pas de très-près Sffxx déta^ ,
qu'il eût été impossi]}le peut-çtré de fiaire con-
corder.
Il est résulté de cette négligence, que les
témoins apostats déclarent hardiment quib ont
renié Dieu et craclié sur. la croi:^.
(i) La plupart des deux cents témoins qui composent
rinformation prise par la CQuuaiâsioii papale^ sont qu»r'
i56 DES TEMPLIERS.
Dès les premières dépositions que les inqui-^
siteuTS ay^ent obtenues par Teffet ou par la
menace des tortures, et avant que les évêques
OU la commission papale fussent appelés à pro-
céder contre les Templiers, on avait suggéré
à ceux qui faisaient des aveux^ Tidée de s'ex-
cuser ^ en disant qu'ils âTiaient renié Dieu de
bouche et non de cœur, et qu'ils ayaient cra-
ché auprès de la croix ^ et non dessus.
Ces motsayaieint couru dans toute la France,
et ayaient porté dans toutes les dépositions un
caractère univoque d identité qui, aux jeux
des magistrats habiles, loin de prouyer la yé-
rité des dépositions, démontre au contraire
qu'elles ont été dictées ou concertées*
Mais il n'était pas aussi facile de suggérer
ce que les témoins pouyaient ayouer des détails
accidentels de leur réception.
liiyrés à eux-mêmes, ils sont tombés dans
des contradictions telles,^ que presque toutes
ces dépositions se détruisent les unes les autres.
Les commissaires demandent à un témoin
par qui, et en présence de qui il a été reçu
selon le mode illicite. Souvent le témoin ré-
pond maladroitement qu'il ne s'en souvient
pas, ou désigne des personnes décédées. Mais
quand il cite des personnes encore vivantes.
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ê
DES TEMPLIERS. 167
comme il peut craindre d'être démenti^ si les •
vrais témoins de sa réception sont restés fidèles
à rOrdie, il nomme, pour ainsi dire, au ha-
sard y tels et tels Chevaliers.
Recourez aux dépositions de ceux-ci : ils
ayouenl qu ils ont renié Dieu et craché sur la
croix; mais comme ils disent en avoir eu des
remords et s'en être confessés, lls^joutent qu'ils
se sont Lien y aidés de faire des récep lions ou
fi'j" assister; et s'ils déclarent en avoir fait ou
y avoir assisté, ils assurent en général qu'il
u'a point été exigé que le récipiemlaire reni&l
ou crachât, etc.
Ainsi, en prenant la peine de comparer cas
assertions des apostats , il se trouve que tous
ont renié Dieu ou le Christ et craché sur la
croix, et ^ue personne, pour ainsi dire, n'a
exigé qu'ils se rendissent coupables de cette
impiété. (1)
De telles contradictions sur des détails im-
portans, suffiraient pour nous faire refuser
toute croyance aux léinoins ; que sera-ce quand
nous reconaaitrons dans les aveuxonémes de
la prétendue hérésie, des contradictions non
moins inconséquentes et non moins absurdes ?
(1) J'«i dressé ua- tableau qui rapproche et démontre
les discordaiices et Gimtrariélés dece» déposttbm.
\
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i58 DUS TEMPLIERS.
La majorité des apostats déclarent avoir
renié le Christ, un nombre considérable dé-
clarent avoir renié Dieu. *
Les uns ont renié avant de cracher sur la
croix ; lei> auUes ont craché sur la croix avaut
de renier.
Là, on exige cette impiété en présence des
témoins ; ici> c'est à part, derrière Tautel ou
dans un lieu voisiu de, Téglisê.
Tantôt on dit au récipiendaire que c'est
d'après les statuts de Tordre ; le plus souvent
n'en parie pas»
Tantôt c'est avant de recevoir rhabit , tantôt
c'est après cette cérémonie.
Presque tous disent que c'est le jcMir même
de la réception ; un petit nombre, que c est
après un certain intervalle de temps.
A ceuX'-<:i on a dit qu'Us devaient adorer
Fidole; à la plupart qu'il suffisait d'adorer
Dieu.
Si plusieurs parlent de Tobligation qu'on
leur imposait de se livrer à la dépravation des
mœurs ^ si quelques-uns même prétendent
qu'on leur déclara qu elle était autorisée par
les statuts de l'Ordre, le plus grand nombre
ou garde le silence sur cette prétendue autori*
sation, ou la nie expressément.
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DES TB'MPMëRS. 159
yoilà quelques-unes des contradictious qui ^
frappent le lecteur au premier aperçu.
. Mais il n'en est pas ainsi des dépositions des
Tenipliers fidèles*
Qu'on parcoure leurs dépositions : jeunes
ou vieillards^ en quelque temps , en quelques
lieux qu'ils aient été adnùs dàns l'Ordre , ils
exposent partout les mêmes faits, les mêmes ^
circonstances, les mêmes détails; ils s'accor-
dent non seulement entre eux, quoique sé^
parés par de grandes distances, par les mers,
et isolés daos les prisons, mais encore avec les
statuts de l'Ordre que la plupart n'avaient ja-
mais vus ; ils s'accordent même avec les détails
donnés par les apostats, qui ont raconté les
formes de la réception Ucite auxquelles ils
ajoutaient les circonstances extravagantes dont
on exigeait laveu ; et cependant, les Tem-
pliers fidèles n'avaient pas , pour régler leurs
dépositions, un tjpe, comme chaque apostat
en avait un dans Tacte d'accusation qu'on
lui lisait. Que dis-je? ils avaient un type sûr
et invariable : cèlui de la vérité et de leur
conscience»
Ëh! qtie ne puis-je peindre la manière diffé-
rente dont les uas et les autres comparaissaient
devant leurs juges ! la noUe et oalme intrépi-*
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i6o DES TEMPLIERS.
dite des CheTaliers iideles , la Tile et crain-
thre faiblesse des apostats!
Pierre de la Paiu , du diocèse de Lyon , de
rOrdre des Prêcheurs, bachelier en Théologie,
201*^ témoin devant la commission papale^ en
a transmis le souyenir en ces termes :
f <cJ ai assisté aux interrogatoires d une foule
tt de Templiers dont les uns avouaient la plu-
« pai^i des crimes dont l'Ordre est accusé , et
« les autres les niaient absolument ^» .
« De nombreux motifs m'ont convaincu
u qu'il fallait aoL cioire plutôt les dénégations
« que les aveux, (i) »
. Les oiEciers du roi qui poursuivaient Tin-
formation contre FOrdre, pensaient Uen qu'au
concile de Vienne on refuserait aux Templiers
le droit de discuter cette information , quoique
ce droit fut sacrée quoique le pape eût promis
de les entendre 9 et eût lui-même cité TOrdre à
cet effet. Ces officias savaientsans doute que le
grand-mattre nç serait appelé ni devant le
(i) Inter&ierat examinatiouibus muitorum Tempk-
rionun quorum aliquî çonfitebantur maltos ex enroribug
contentU in dictis articutis et aliqui alii eos onmîno dif*
fitebaniur et ei iniiltis argumentis videbatur ei quod
major fides esset adhibenda ne^antîbûs quam coD&teur
tibos. Frocm^ contra Wimplar.
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DES TEMPLIERS. . iGi
pape y m devant le concile^ pour discuter
les di!oits de l'Ordre et des Chevaliers, et
prouver leur innocence ;* ces agens durant
se mettre peu en peine des détails. Mais
du moins ces contradictions^ ces absurdités
existent, et elles sont, après tant d'autres
preuves ; une preuve surabondante de i'inju^
tîce de l'accusation et de la -fausseté des té-
moignages.
Il reste encore à présenter une circonstance
décisive <jui démontre, avec l'évidence la plus
certaine, que les dépositions relatives aux
prétendues réceptions illicites, n'ont été que
leiFet des séductions, des promesses, de la
crainte , de la violence : cette preuve e^t si
frappante, qu'il suffit de rapporter les faits
sur lesquels elle est établie.
Il est hors de doute que le grand-maître et
les chefs de l'Ordre, long-temps avant leur
arrestation, avaient eu connaissance des trames
qu'on ourdissait contre eux ; ib savaient que
l'Ordre était dénoncé.
Clément V, dans sa lettre àPhilippe-le-Bel,
du 9*". des kalendes de septembre, an qua-
trième de son pontificat, s'exprime ainsi :
<c Attendu que le grand-maître des Tem-
11
103 DES TEMPLIERS,
ce pliers et plusieurs précepteurs de votre
(i royaume et d autres états, ajant appris qu'ils
« étaient dénoncés j soit auprès de moi et
« de TOUS y soit auprès d'autres puissances
ce temporelles, m'ont demandé soix pas une
«SEULE ï-ois, MAIS PLUsiEuiis , quc je prisse
« des informations sur les faits dont^ils étaient
u faussement accusés, etc. »
Si, le 22 août, le pape écrivait que les
Tciiipliers, soit de France, soit des pajs
étrangers, s'étaient plusieurs fois plaints à lui,
de ce qu'ils étaient calomniés, il est permis
de croire quà l'époque où Philippe>*le-Bel
les dénonça au pape, ils avaient été avertis;
et n'est-il pas évident que dès-lors ils eussent
cliaiigé la forme des réceptions, si cçtte forme
avait outragé la religion et les mœurs?
Quand même cette connaissaui e n'aurait pas
précède l'entretien que le grand-maître eut
avec le pape à Poitiers, au mois d'avril iSoj,
entretien dans lequel l'Ordre avait été pleine^
ment justifié, il est impossible de ne pas con-
venir que , si les réceptions illicites avaient
existé, le g^ran*-maître et les précepteurs, dès
Finslant où ils demandèrent au pape de faire
des recherches sur la yérité ou la fausseté des
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DES TEMPLIERS. i65
imputations , n'auraient pas continué ces ré*
ceptions coupables.
Cependant telle a été la maladresse des per-
sonnes qui ont séduit ou torturé les témoins >
que laveu des prétendues impiétés a été exi^é
même des Chevaliers reçus depuis une époque
où il est de toute certiiude ijae les Templiers
n'ignoraient pas qulls étaient dénonoés.auprès
du pape et du roi (i).
Doutera*t-on que ces dépositions naient
été Feffet des tortures , de la crainte ou de
la séduction? Non, sans doute, mais alors
que penser des autres dépositions , quoi*-
qu'elles se rapportent à des époques plus aur
ciennes ?
J'o^ croire que les persoimes qui auraient
pu être prévenues contre rOrdre ou les Cheva-
liers du Temple , resteront convaincues que,
l'accusation , in vraiseniblable dans son prin-
cipe, n'a été soutenue que par des moyens
irréguliers, injustes, violens et tortionnaires ,
(i) Voyez dans V Appendice le tableau de ces récep-
tions : tel témoin de qui on a exigé les aveux, déciaic
n'avoir été reçu que depuis sis. mois, ti*ois mois, deux
mois, nn mois et même moins avant l'arrestation.
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i64 DES TEMPLIERS.
et que la procédure qu'ils ont produite se
décrédite elle-même* Il est temps que la
pillé publique toute entière se réunisse en fa-
veur de la constance^ des vertus et des mal-
Leurs de tant de Tcnérables victimes.
Quand on parcourt la procédure faite à
Paris par les commissaires du pape , quand
on lit la correspondance entre Philippe-*1&-
Bel et Clément V, et les lettres parùculières '
de ce pontiié^ i^nyojrées dans toute la chré*
tienté, on sent ^e poids de cette main puis-
sante qui opprimait ces illustres infortunés;
partout on retrouve Faction de cette poli-
tique sévère qui, dès Torigine, avait dicté ses
arrêts irrévocables , et avait proscrit à jamais
dans la France, et l'Ordre et les Chevaliers (i).
Cependant Topinion publique était cons-
tamment favorable aux Templiers, dans le
reste de la chrétienté : les princes et les pré-
lats qui ne cédaient point à des motifs person-
(i) Dans un mémoire sur papier, et d'une écriture
presque indéchiffrable, qui se trouve au trésor des chai^
très , sans , le roi expose au pape que :
In captione eorumdem aliqui ex eis metu criminiun
Bttorum..» desperati de Chrîsti misericordiâ y laquèo se
^vspenderunt^ aliiseopcidenmt, alu se preclpttaTenmt
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DES TEMPLIERS. i6â
nels de hame ou de cupidité, avaient; pour
ces respectables proscrits , les égards dus à
tous les accusés, même présumés coupables,
égards qu'on accorde . avec un plaisir si tou-
chant, avec une sorte de respect, à des ac-
cusés illustres qu'on croit innocens.
Le pontife romain voyant que ' les procé-
dures, qu'il avait ordonnées , tournaient à la
justification de l'Ordre ^ prescrivit, à tous les
^ rois , princes , prélats et inquisiteurs de la
chrétienté, d'employer les tortures pour ob-
tenir ce qu'il appelait la vérité.
Le i5 des kalendes d'avril , an sixième de
son puuUlicat (loii), il adressa ses plaintes et
ses ordres aux rois de Castille^ de Léon, d'Ar-
ragon et de Portugal : ^
«c Xia justice exigeait, qv'afin d'obtenir des
« Templiers plus certainement et plus évi-
« demment la vérité, ils lussent appliqués à la
ce question et livrés aux tortures; cependant
« les évéques et délégués ont imprudemment
1 « négligé ce moyen : nous . leur oirdonnons
« expressément d emploj^er contre les clic-
vàUers le genre de torture convenable qui
« amènera le plus promptement et le plus
« pleinement la vérité : les sacrés .canons exi^
»< gent, qu'en pareille circonstance, les per-
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i66 DES TEMPLIERS.
tr sonnes qu'accosent des indices si évidens et
« des présomptions si fortes, soient livrées au
« bourreau des tribunaux ecclésiastiques, (i)
Et il enjoignit a ces rois de protéger les me-
sures que prendraient les évéques et inquisi^
leurs pour torturer les Chevaliers, conformé-
ment aux sacrés canons. (2)
L'ordre de torturer les Templiers passa'les
mers; il iùt porté au roi de Chypre et aux évé-
(1) £t de jure rîdetur quod fratres ipsi^ut elariorel
certior elîceretur Tentas de praedictis per eos , subîcî de- ,
buci uiu ([lia stionibiis et tormentis,(|uod minus pruden ter
quam et negligeuter tacere omiserunt.
Yolomus et eis per alias nostras litteras maudamus ut
sex , quinque , quatuor, très, dao, aut unns ipsoroniy
fratres î|)sos, ad habendum ab eîs de praedîctis verltatîs
plenîtudiaem promptiorem ^ tonueutis et ^uaestionibus
quibus etprout eipedire noyerint, procurent exponere ;
cnm etiam tpsîs sacris eanonSbus demaiidetur » m ha}a»*
modi et consimilibus casibns, pcrsonai» in hujusmodi
tam perspicuîs indiciis et yehementi prapsumptione sus-
pectas, ad eliciendam Teritateiii bxlioioso vorb tortobi
TitADXNiK>s, confessiones ipsorum nobis postmodum tam
celeriter (£uam fideliter transmissuri. RMGESTRtrjir ZJT~
T£M. Clsmsntis fap, Archives secrètes du Fatican.
(2) Ou trouve dans la correspondance de Clément V ,
une grande quantité de lettres qu'il écrivit à différentes
reprises*
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DES TEMPLIERS. 167
ques de Famagouste et de INicosie. Un légat
se trouyait dans File d^i Rhodes ^ le pape lui
écrivit, par surcroît de précaution, de faire
ordonner les tortures, en repassant par Tile
de Cliypre (i) ; enfin cet ordre cruel arriva
jusqu'au patriarche de Gonstantinopte, à Té-*
véque de Négrepont el au duc d'Achaïe. '
Dans cette fatale et opiniâtre proscription ,
supporlée avec tant de constance et de dé-
vouement, il ne manqua aux Templiers qu'une
espèce de gloire ; celle d'être torturés dans
ces champs de Tidumée où leur sang géné-
reux avait coulé pour la défense de la re-
ligiojï ; de souffrir le supplice , ordonné par
le pape , en présence de ce tombeau sacré, à
la délivrance duquel ils avaient constam-
i^ent prodigué et leur fortune et leur vie , et
d'obtenir les dérisions de ces mêmes Musul-
mans qu'ils avaient si souvent mis en fuite
devant l'étendard de la croix.
Le prince et les prélats obéirent-41s à l'in-
jonction du pape, ou refusèrent-ils de s'jsou-
(1) Quia nos credimus te in insiilâ Rodi , longo ma-
rlum spatio a regno Gjrprk predicto distante , tune tem-
poris permanentem
Et il le cliarç^c de fj^ire torivirer les Templiers en ar-
maatà Gliypre. LeLdi* nu des kal. de sept. anri{i3ii.y
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i68 DES T£MPLI£RS.
mettre? Dans l'un et l'autre ças, leur conduite
sert également à proûTer Tinnoceace des Tem-
pliers.
Si les accusés livrés aux tortures eurent le
courage et le bonheur de résister à ces nou-
Telles épreuves, cette circonstance se joint à
tant*d'autres qui concourent à justifier TOrdre.
Si les princes et les prélats refusèrent d'exé-
cuter le commandement exprès du souverain
pontife^ quelle nouvelle preuve en faveur des
accusés! eette résistance pardonnable, cette
pieuse désobéissance pouvaient-elles être ins-
pirées par un autre sentiment que par la con-
viction intime de l'innoceiice des Templiers?
J'ai déjà eu occasion de parler de la fer^
nieté avec laquelle les Chevaliers anglais et
irlandais avaient persisté à dénier les délits
imputés à l'Ordre,
Aux approches du. concile général qui de-
vait s'ouvrir à Vienne , on trouva en Angle-
terre le mojren de concilier 1 intérêt des princes
qui pouvait exiger l'abolition de l'Ordre, avec
les sentimens de justice et de pitié que le sort
de ces infortunés inspirait à leurs juges mêmes.
Les Templiers anglais, persislaiit à soutenir
qu'ils n'étaient souillés d'aucune hérésie, pré-
sentèrent leur profession de foi ; il est vrai-
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DES TEMiPLIERS- ' 169
semblable qu'ils étaient sortis victorieux de
1 eprc^uye des tortures, puisqu'un jugement les
avait condamnés à la subir*
On feignit de trouver, ^non une béré&ie
. formelle^ du moins quek[De cbose de blâ-
mable dans rabsolution que le grand-niaitre
ou le chef qui présidait les chapitres, accordait
aux Chevaliers lorsqu'ils s'accusaient de quel-
que fiiute de discipline*
On décida que si les Templiers ne pouvaient
se purger de la diffamation que la bulle du
pape avait jetée sur l'Ordre , cette circonstance
leur imposait la nécessité de se £aiire absoudre*
Ces deux mol ifs, ou j)lutôt ces deux pré-
textes, offrirent aux conciles provinciaux le
moyen d'absoudre les accusés. On prononça
qu'ils étaient déliés de rexconununication, au
cas qu'ils l'eussent encourue, et tous furent
réconciliés à l'Église.
* Je ne m'arrêterai point à discuter ces motifs.
Le grand-maitre ou le chef qui présidait le
chapitre, avait incontestablement le pouvoiir
de remettre les fautes de discipline , et certai-
nement ce n'était pas être hérétique que d'user
de cè pouvoir, puisqu'il n'était que la consé^
quence du droit non contesté d'infligér des
châtimeiis.
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1^0 DES TEMPLIERS.
Quant à la purgation caauiii(£ue, il est vrai
que, selon les maximes et la jurisprudence de
rinquisition , lorsque raccusé n'était coii-
Taincu ni par ses aveux , ni par les d^posi*
lions des témoins, ni par Tévidence du fait,
il n'était absous qu après s être purgé de la
, diffamation ; et à cet effet , il devait présenter
le témoignage d'un certain nombre de pe]>*
sonnes de sa condition, qui connussent et
attestassent son innocence, (i)
Est-il surprenant que chacun des Templiers
anglais accusés par le pape, détenus prisonniers
par le roi, poursuivis et jugés parles évéques
et les inquisiteurs, n'ait pas eu le mojren de
rassembler plusieurs témoins de sa condition
pour attester son innocence? ou plutôt n'est-il
pas permis de croire qu'on exigea qu'ils ac-
ceptassent leur absolution, sous le prétexte
qu'ils n'étaient pas purgés de la diffamation ?
Oserait- on blâmer ces hommes puissaus
qui, dans les grandes catastrophes, savent
trouver des tempéiamens conciliateurs , et
n accorder que le moins possible à la dure né-
cessité des circonstances !
Ce qui ne laisse aucun doute sur les inten-
(i) DucAKOs, GI08S., V*^. Purgatio ca«o/î<ca.— Hof-
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DES TEMPLIERS. 171
fions favorables des éyéques anglais > c'est le
soin qu'ils prirent d ai>surer le sort des Che-
Taliers.
Tous les Templiers furent relégués dans des
1
Tîi
1
leurs propres couvens.
L'histoire atteste (jju'ils sj comportèrent de
manière à prouver qu'ils n'avaient pas mérité
leurs malheurs. (1)
Quoique ce traitement n'eût rien de sévère»
on ne put jamais obtenir que les deux chefs
deTOrdre, en Angleterre, se soumissent â
raccepter.
L'Écossais Guillaume de la Moore , grand-
prieur d'Angleterre et d Ecosse, résista à toutes
les offres et à toutes les sollicitations; il ne
voulut reconnaître ni hérésie dans l'absolu-
tio|i donnée en plein chapitre pour les fautes
de discipline , ni nécessité de se purger des
prétendues diffamations, contenues dans la
bulle du pape ; il préféra de rester et mourir
en prison.
Himbert Blancke refusa pareillement d'ab-
(1) lia q[aodstDgaii in singiilis monsstmif possesrio-*
Tialis d«tniderentiir pro perpetoà f>eiitteiiti4 peragendd ,
«jiio postea in liujiismodi mouasterii:» y beaè pcr anuiia âe
gerebanl. IVjii^iifosAM.
173 DES TEMPLIERS.
jurer de prétendues erreurs doat il disait a'étre
pas coupable.
Alors le concile ordonna qu'il serait resserré
dans la plus TÎle prison ^ garotté de doubles
fers, et visité de temps en temps, alin de sa-
voir s'il roulait faire quelque aveu, (i)
Le roi d'Angleterre ne refusait ni son es-
time ni sa- protection à ces deux Gheraliers:
Guillaume de la Moore mourut en prison.
Le roi voulut que ses biens et les arrérages
de sa pension fussent délivrés à ses héritiers ,
et qu Himbert Blancke jouit lui-même de la
pension du grand-prieur. (2)
Tandis que dans tous les lieux de la chré-
tienté on s'occupait du sort des Templiers;
arriva 1 époque du concile de Vienne , laquelle
avait été définitivement fixée en i3ii : c'était
le quinzième concile œcuménique. Il s'ouvrit
(1) Dicens se nolle errores quos ipse nunquam com-
inissit abjurare^ concilium noadum orcUnavIt esLecutio-
nem de eorpore ipsius faciendam : sed in TiliBsiino car-
cere ferro ditpllcî constrictas^ Jussus est recludi, et ibi*
deui ( (lonec aliud ordiiiatum extUcrlt) reservari, et in-
térim visitari , ad videndum , si vellet ulteriiis aliqua
GonÛterî. CoUeeUo noi^iasima ConciUomm Magnas Bri^
tanmœ, t, a, pag, SaS.
(2) Rimer, tonw lu, p, 472.
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I
DES TEMPLIERS. 173
le i3 oetobre^ jour sinistre et fatal pour les
Templiers, anniversaire de celui où, quatre
ans auparavant, ils. avaient été arrêtés dahs
toute la France !
Le pape exposa les iRotiis qui avaient fait
assembler le concile. L'affaire des Templiers
était la principale qu'on dut jr. traiter. On s'en
occupa d'abord. Les évéques de Soissons, de
Mende, de Léon, d'Aquilée, furent chargés
d'examiner, d'extraire et de comparer les di-
verses informations iaites contre l'Ordre et
les Chevaliers.
Les pères du concile écoutaient la lecture
du rapport des commissaires, et se préparaient
à prononcer une décision à laquelle toute la
chrétienté prenait le plus vif et le plus juste
intérêt. Tous les Templiers avaient été solen-
nellement cités à venir détendre TOrdre de^
vant ce concile. (1)
Ua grand nombre des Chevaliers proscrits
étaient errans ou f'ugitiis dans les montagnes»
voisines de Ljon. . ;
Ce fut sans doute une résolution couragreuse,
quç celle qu'ils prirent d'envojer des députés
( 1 ) Ac deiiide ipse ordo seu dciîensores coràm ipso ia
concilio ^nerali quod oongregare uaudavit oompiirere
coraret Proceê, contra T^mplatr^
m
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174 DES TEMPLIERS.
411 concUe de \ ieaae^ pour j plaider la cause
de la TerCa et do malheur*
Xies bûchera l'umaîerit encore^ les oppres-
seurs veillaienl sans relâche sur lesproscrits, la
haine u était pas assouvie, N'importe, ces Che-
Taliers écoutent ce lïbble et généreux déses-
poir qui sied quelquefois à la vertu, dans les
occasions solennellement périlleuses.
Au luomeat même où les pères du concile
de Vienne écoutaient la lecture des informa*-»
ùous iailes coatre 1 Ordre, paraissent tout-^^-*
coup neuf Templiers , qui offrent de prendre
la deicnbC de cet Ordre opprimé.
Ils en avaient le droit. Un concile était convo^
que contre eux : les maximes delà justice et de
la religion exigeaient qu'ils fussent entendus,
puisqu'on devait prononcer sur leur sort, sur
leur fortune, sur leur gloire et sur leur répu-
tation de probité , d'honneur et de cadioUcité.
Us en avaient accepté le devoir ; les autres
■Chevaliers le leur avaient légué du milieu des
tortures et du haut des bûchers ou leur der-
nier soupir ayait attesté leur innocence etcelle
de rOrdre.
Ces neuf Chevaliers sont introduits*
Us exposent franchement et lojaleuieiit
l'objet de leur misaon.
DES TEMPLIERS. ijS
Ils se disent mandataires de quinze cents à
deux mille Chevaliers.
Ils s'étaient présentés sous la sauve-^arde
de la foi publique^ et de la permission spé-
ciale accordée par le pape et proclamée dans
toute la Chrétienté.
Leur malkeur et leur proscription étaient
des titres respectables , surtout devant le5
pères et le chef de l'Église* '
Une grande discussion allait s'engager. Le
concile seul a en eut pas été juge. L'Europe,
la chrétienté y le siècle , la postérité auraient
eu à ratifier ou à improuver le jugement du
concile.
Que fit Clément V ?
Il m'est pénible d'accuser un pontife ; mats
je- dois à la vérité , je dois a la mémoire de
tant d'intéressantes victimes, à l'instruction
des siècles présens, aux vertus mêmes de ces
pontifes et de ces prêtres qui, dans des temps
plus heureux, font oublier les erreurs de ceux
qui les <Hit précédés, je dois enfin à l'impartia-
lité de révéler un secret caché jusqu'à ce jour.
Clément Y fit arrêter ces généreux Cheva-
liers, il les fit jeter dans les fers, et se hâtant
de prendre des mesures contre le désespoir des
proscrits, il augmenta sa garde, et écrivit àJ^u:-
176 DES TEMPLIERS.
lippe-le-Bel de prendre lui-même des précau-
tioDs 9 en lui transmettant ces détails que VhisH
toire aurait peut-être ignorer» à jamais , si les
circonstances ne m avaient imposé la loi de
publier la lettre où le pape les raconte lui-
même sans nul déguisement*
«t Pour faire connaître a votre grandeur
CK rojale la vérité de tous les événemens <|ui
cr surviennent dajos TaiTaire des Templiers ,
« je ne dois pas lui taire le £adt suivant :
« les informations faites contre l'Ordre des
a Templiers étaient lues devant les prélats
u et autres ecclésia.sUques qui , d'après la
« convocation qu'ils avaient reçue de nous,
te sont venus à ce sacré concile ; sept Che-
« valiers de cet Ordre > dans une séance»
•t et deux autres dans une séance suivante,
tt se sont, en notre absence, présentés dé-
fi '^ant ces mêmes prélats et ecclésiastiques ;
ce offrant de prendre la défense de l'Ordre,
«c ils ont assuré que quinze cents à deux mille
ce Cbevaiiers , qui demeuraient à Ljron , ou
€c dans ses environs , se joignaient à eux
« pour cette déiense. Quoique ces keuf Tem*
«c PLIBR8 SK VmsmT PR^EKTÉS VOIiONTAIRB-
« MENT, NOUS AYOKS C£r£i^DA2«T ORDOJSi^É QU'OSI
« LES ARRÊTÂT, BT JSOVS LES FAISOlfS RETENIR ElT
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4
DES TEMPLIERS, 177
«c msov. Depuis, nous avons cru devoir ém-
et plojer des précautions particulières pour
« notre sûreté , et nous annonçons ces événe-
<c mens à votre grandeur, afin que prudemment
« vigilante, eUe avise à ce qu'il convient et
« importe de faue pour la garde de votre pei^'
ic sonne. »
Ce Lté lettre est datée du ii novembre
i3ii<. (1)
Je dois dire en faveur des pères du con-
(i) Clemens, episcopus, senrus servopum Dei, carîi-
sima in Ghrislo filio Philippe , régi Francorum illustrî ,
talulem et aposlolicam benedictioneni. Quoniam prae-
cH>rdia tua personse nosu u] nicolumitas grata certiticat
scirc te volumus quod, illofocieate qui potest, Viemue
plenâ corporis aospitatç yîgemiis ac. kefenter audÎTimus
încolumiiate consimili te rigerA Ad hsec, ut eorum (^uai
înnegotîoTemplariorum emergunt tu» notitiae veritatis
innotescat, magnitudinem regiam Tolumus non laftere
quod cùm. inquisitiones, lactae contra Qrdinem Templa-^
rîomm coràm pnelatb et aliU personîs eoclesiasticts ,
qui ad presens sacrum concilium veneruat, et quos ad
hoc congregari, certâ die, nostra deliheratio /ecerat,
legereûtur, septem de Ordiue Xemplariorum ipsorum , '
et in quÂdam aiià subséquent! congregatione coiisîmili ,
duo de Ordine ipso, se eoram eisdem praelatis et pei suais,
nobis tamenabseiUibus,pr£esentarunt qm, se defeusioni
ejusdem Ordinis offerentes, assuerunt mille quingentos
Tel duo milUa fratres ejusdem Ordinis qui {iUgdu«i et in.
12
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ijS DES TEMPLIERS.
çile de Yieime , qu ili furent indignés d'an
déni de justice aussi scandaleux; les auteurs
du temps attestent que les prélats et toute Tas*
semblée manifestèrent liautement leur opinion.
Jl me semble voir Tun de ces évéques , res*
pectable par sa doctrine , ses mœurs et sa
piété , se levant tout-à-coup , attirer sur lui
Tattention de 1 auguste assemblée ; il me sem-
ble l'entendre s écrier^ d'une voix, grave et
tpucliante :
« iieunis en concile œcuménic]^ue , nous
«'formons une assemblée de laifueUe la Gbré-
cc tienté attend la justice et Tédification , l'É*
R glise une gloire nouvelle , et les Ages futurs
« un grand exeruple. ÎSous avons à prononcer
« sur le sort d'un Ordre religieux, fameux et
<c puissant en deçà et au-delà des mers , dont
ce Tillustration, les service^ et les richesses ont
elrcumvicinis partibus morabantur j eis circa defensio*
aem ipsius Ordiiiis a^QiB^fe^ nos tamen ipsos , se spon-
laa&eA offereoftes y deiineri mandaTÎmos et faclmas deti-
neri. Et ex tuuc, circà noslrae personse custoûiam, so-
leitioreiu diligeuùam solito duximus adhibeudam. Hxc
autem oebitadine tam diuûmus iatimanda ut tai proyidi
canlela erasilii qmd deoeat et quid expédiât cîrcà penona
tuae custodiiLni ciiiigenti consideratlone valeat providere.
Datum YieniuB, ii mens, novembrisj pontillcatûs
aostrî aano aexto.
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DES TEMPLIERS. 179
« sans doute excité Tenvie , et qni , par ua
A malheur inséparable de la condition hu^
<c maiae, peut avoir été entraîné à de grands
fc abus j parce qu'il avait uH grand pouTûir.
Vous connaissez les che& d accusation ; on
<c TOUS a lu les informations faites contre
<c les particuliers et coutre 1 Ordre. Déjà des
« condamnations nombreuses , précipitées et
« terribles , ont propagé dans l'esprit des peu-
« pies une grande prévention ; mais ^ j'ose le
« dire, plus Tin fortune et les préjugés pèsent
'« sur l'Ordre et les Chevaliers 1 plus je re-
« garde comme un devoir de ne par pro-
V noncer sur leur sort définitif, sans avoir
M entendu les défenseurs qui se présentent
4c pour la justification de l'Ordre. Le droit
«' naturel ^ la loi civile * et religieuse , les
ce n:iaximes de . tous les temps , de tous les
u lieux f consacrent ce privilège de l'accusé.
« Mais ces Chevaliers ont-41s besoin de l'invo-
M quer ? Une promesse solennelle 9 faite par
« le àSaint - Père , en présence et au nom de
« toute la Chrétienté y a pris à témoin Dieu et
« les hommes , et a déclaré que ce dernier
ce refuge des opprimés ne leur manquerait pas.
«C est dans l'espérance que votre jugement
<E définitif les vengerait des fers-^ des tortures
i8o DES TEMPLIËRS.
« et des bùchersy qu'ils ont persisté^ jusqu'à la
ce mort, à soutenir rinnocence de TOrdre. Ac->
ce câblés, opprimés en tous lieux, vous seuls
« TOUS leur restiez sur la terre , et Dieu
<c dans le Ciel. Ils ont souffert et ils sont
« morts.
« Je propose qu'on détache les fers dont on
ce a chargé si indignement ^es neuf Chevaliers,
M et qu'on les entende. Je dis même plus : le
ce grand-mai tre, qu on semble avoir condamné
ft au malheur, au tourment de survivre à ses
tt braves Chevaliers, je le cherche parmi nous;
« je le demande, sinon comme membre de ce
ce concile, ainsi que ces chefs d Ordi^es que je
« vois à mes côtés , (i) du moins comme ayant
« dans cette grande affaire à défendre l'intérêt
n général de son Ordre et Tintérét personnel
<c de sa vie et de son honneur.
« Le Saint-Père s'est réservé son jugement^
« me dira-t-on ; mais le grand-maître n'a cessé
4t de réclamer ce jugement ; il a toujours an*-'
« noncé qu'il se justifierait devaut le souverain
tt pontife* Ne pas juger un infortuné <][u'une
(i) Il y aTait au condle de Vienne le grand •m&îtrè
cle rOrdre de Si.-Jajcques, le commandeur de l'Ordre de
Calatraya, VoUnGt, Ogmik, tQm.2Lr^
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DES TEMPLIERS. iSi
« accusation solennelle diffame devant toute la
w Chiétieulé, (juand lui-même sollicite depuis
« si long^temps qu'on prononce sur son sort^
« c'est une plus ^ande injustice , pcut-ttre,
« que de le condamner innocent.
« Mais c[u'avons-nous besoin d'entendre les
«t défenseurs de TOrdre du Temple ? On nous
a lu en plein concile les accusations et les
(c charges. Eh bien ! qui de nous désormais
« croira que TOrdre et les Chevaliers fussent
« coupables? Ils adoraient^ dit-on, des idoles!
« Plusieurs témoins ont déposé qu'il en exi»*
« tait en Angleterre, en France, en Italie, etc.
a Gomment ces idoles a^aient-eUes disparu ,
« le jour où l'on saisit les personnes et les ri-
« chesses des Chevaliers ?
a Est-ce à aous d adopter aveuglément ces
ce mensonges grossiers de leurs, accusateurs ?
« Avons- nous oublié que, du pied de l'autel
it témoin de leur saint engagement, ils cou-
ce raient aux combats , et cpi'ils n'affrontaient
<c les périls et la mort, que pour .venger notre
« religion , et punir les Infidèles qui font prOr-
« f ession d.étre ses ennemis ?
«c Ils s'imposaient la loi d'offenser la reli-
ft gion et les mœurs I Ëh ! quel intérêt j au->
xdd DES TEMPLIERS.
« raieiit41s trouvé ? Aucun sans doute , tous
<c le pensez tous , tous en convenez tous. Eh
«c bien ! quel hoiùme fut jamais hjpocrite ,
cf sans aucua intérêt de 1 être ? Et vous suj>-
V poseriez que^ depuis tant d'années, il existe
«t au milieu de nous> à coté de nous , un corps
« aussi nombreux et aussi illustre , conaposé
ce d'hommes choisis dans toute la Chirétienté ,
«c qui , sans aucun but , sans aucun intérêt ,
ft se soit transmis Thmtage du crime et de
« rhypocrisie ?
« Près de mille Ghevaliefs s'étaient présen*
« tés pour la défense de TOrdre : que sent-
ir ils devenus ? les bùchm ou les prisons
«les ont dévorés. Quel Chrétien, quel
« homme doué seulement de Tinstinct de
« la raison, ne serait révolté d'indignation,
« en apprenant ce qui s'est passé dam plu-
« sieurs conciles de la France ?
« Je m'adresse aux prélats qni lés ont pré-
« sidés. Dans les di^ erses procédures laites
te contre TUrdre et les Chevaliers, où trouve-
« t-on la preuve que les Templiers fussent tom-
« bés dans Fherésie, où trouve-tron surtout la
<c preuve qu'ils y ftissent retombés? Cepen-
K dant on les a condamnés comme s'ils avaient
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0BS TëMPLJSRS. i83
t( été hérétique» relaps. Ët sur quel prétexta ?
« Parce qu'aljtestant n'aiK>ir cédé qu'aux tois
<c tures , ils ^^yaient rétracté dtt confessions
te nulles devant la justice divine et devant
a la justice humaine. Mais quelle est la loi,
tt quel est même Fusage qui pouvait auton^
«ser une condamnation aussi extraordinaire?
« J'ose le dire : déclarer kéretiquai relaps, des
ce guerriers qui s'accordaient à professer pu-
.« bliquemeot notre religion» et qui regardaient
« comme leur premier devoir de mourir pour
(c elle, c'est» à mon avis» de toutes les héré*
u sies lâ plus malheureuse qui ait j^mai^ seau-
ce dalisé l'Église.
« On vous présente les dépositions reçues
« paroles oonumissaires du pape , comme le
ft témoignage de la plus grande partie de
« l'Ordre : qudile dérisioli l Des quinae mille
ft Templiers qui vivaient au moment où la
M persécution a éclaté* la plupart éuient Fran*
« çais » et 1^ témoignages qu'on prése^ ne
a s'élèveuit pi^ 4 deux cents. Quel nombre en
ff comparaison de ceux qui en France s'étaient
c< offerts pour la défense de l'Ordre > ou qui
«c dans les autres royaumes l'ont défendu et
« ont été absous par les conciles ! La plupart
« des Chevaliers français ont péri dans les toiv
i84 DES TEMPLIERS.
<r tures et dans les flammes : d'autres , traités
fc rigoureusement dans les prisons, sont morts
« Ticlimes de leur généreux deyouement au
ce devoir et à la vérité. Les gardiens de ces in-
€t fortunés attestent que le dernier cri des mou-
«c rans a été un serment d'innocence. Et ce-
cr pendant on les traitait en excommuniés , et
a ils sont morts réprouvés des hommes! Quand
ce les apostats consentiront à braver les tour-
« mens et à sabir la mort pour garantir la vé-
ir rité de leurs dépositions^ je consentirai à les
« discuter. *
^ Mais quoi ! tous les avez examinées ces
<( dépositions; vous avez reconnu les contra-
<c dictions nombreuses par lesquelles les té-
« moins se démentent les uns les autres ;
<c vous avez été irappés de ce qu'on a porté
ce rîmprévoyance jusqu'à- ' exiger les faux
Si aveux, de la part même de ceux qui n e-
cc talent entrés dans l'Ordre que depuis une
<c époque où les chefs savaient qu'il était
(c dénoncé et offraient de le justifier. Vous
a n'avez pas été moins surpris de ce qu'on
<c avait exigé les mêmes aveux des Tem-
«cpliers reçus depuis cinquante aus. Vou-
<c drait-on nous persuader que la prêtent
a due hérésie avait déshonoré ces braves et
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1
1
DES TEMPLIERS. i85
■
«r gloire en combattant contre les Infidèles ? Et
a quel est celui de vous c[ui pourrait admettre
a que tant de personnages respectables aient
<c consenti à placer leurs amis les plus ckers,'
^ leurs parens lés plus proches , dan^ un corps
<c où il eût fallu s'initier par un crime inutile ,
a et vivre dans une hypocrisie qui n'eût été
<ic ni nécessaire ni profitable , et qui eût été
HL dangereuse ?
(( Pensons à Tavenir ; les Chrétiens qui sa-
« vent défendre la religion et mourir en corn-
a battant pour elle , ne sont plus en assez
4L grand nombre pour que vous ne deviez
« craindre de le réduire encore. Réformez
tt l'Ordre des Templiers , s'il le faut , mais
«c ne le détruisez pas. Je désire me tromper
m dans mes conjectures , mais il me semble
«^qu'une fermentation sourde agite les esprits.
<c Ces sectes (i) que le dernier siècle a vu s'é-
« lever, et qu'on a eu tant de peine à détruire ;
(c l'affaire même qui nous rassemble^ où Ton
« a la maladresse de présenter comme des îm?-
« pies et des héréticjues , tant de braves Che-
K valiers qui , en tous temps et en tous lieux,
(i) Les AShêgfsoiB, Vaudcas, ete*
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i«6 DES TEMPLIERS.
« ont passé pour les champions de la £6i » le»
<c soldats de la religion ; cette grande lutte
a que nous avons vue 4e nos jours , ^ntre
M rautorité royale et le pouroir pontifical ,
ccJbdea d'auUfs moUis» que je ne puis ni
ne doi$ divulguer ici, m'autorisent à pré^
ce sumer que^ tôt ou taj^d» des sectes nou*
ce Telles s'éleverottjl contre notre saint culte ,
H soumettront au doute et à Texamea l'auto-
ce rité de la foi » la vérité des dogmes , les
ce titres du pontificat. Tant que nous n'au-
ce rons k combattre que des opinions et des et-*
a reurs , nous pourrons sans doute avec les
<c armes spirituelles suffire à k victoire ; mais
ce si Dieu permet que les dissidens ou les in-
cc crédules tentent de renverser le Temple
ce matériel , de détruire le marbre périssable
ce de nos autels , qui coml>attra pour les dé-
ce fendre et les sauver ? Sera-ce nous , pon-
<£ tiies y qui ne savons , qui ne pouvons que
<c lever les mains vers le ciel, pendant que
ce les Israélites ensanglantent le glaive de la
ce victoire ? Réfléchisses , pensez ^ avant
,ic de vous priver de cette milice catholique
ce qui , répandue dans toute l'Europe , dé^
« vouée au pontife et au pontificat*, trouve à la
ce fois la fortune, k gloire, et le bonheur i faire
DES TEMPLIERS. iBj
€ cause commune avec n6s saints antds ; qui,
<c éprouvée par de longs combats au-dehors >
« saura garantir à TÉglise la paix au-^edans.
« Oui, j*en atteste la cause de Dieu même ; ici
c la politique humaine s'unit au sentiment de
(( la jubtice et de la vertu pour protéger les
c droits 9 les litres et les malheurs des Cheva^
tr liers opprimés. »
Tels étaient les tentimens de justice qui
animaim généralement les pères du concile.
On procéda à un appel nominal. Les prér-
lats d'ItaHe, un seul excepté, les prélats d'Ës-
pagae> d Allemagne , de Danemarck, d'An*
gleterre ; d'Ecosse ^ d'Irlande , tous les pré-
lats Français , hors les métropolitains de
Rheims') de Sens ' et de Rouen , furent d'avis
d'accorder audience aux Templiers et d'en-
tendre leur justification, (i)
Ce généreux concours de toutes les opi-
(i) Vocantiir prelati cum cardinallbus ad conferen-
dum de ïempiariU^ legantur ncta ipsorum inter prelatoa
et in hoc conyaiemnty ut dent Templariîs AmusiciAM
snrE DBFFxmioNSM. In hac sententià concordant omnea
prelati Italiae praeter unum, Hîspaniae, Theutoiùae, Da-
cïx, Angliae^ Hcoûsis et Hibernke^ etiain Gallicî prscier
très metn^lilanos vîdeUcet Bemcnaem (Pierre de Cour*
lenai, qui ayaity ao eoncik de Sedsii oondaaaaé neuf
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i88 DËS TEMPLIERS.
Biions €11 fa-veur des Templiers au concile de
Vienne , est le plus bean témoignage cpi^on
puisse opposer à leurs détracteurs ; et ce té-
moignage est d'autant moins suspect , que le
eoncile était composé des prélats qui^ dans
leurs diocèses 9 avaient procédé contre les
Templiers , et d'autres, prélats qu'un monu-
ment du temps prouve avoir été désignés par
PhiLlppe-Ie-Bel (i) lui-même.
D'après le Tceu unanime et sacré des pères
du concile, les neuf Chevaliers, qui s'étaient
présentés pour la déiènse de l'Ordre , sorti-
ront-ils de lem prison ? Seront-ils admis à dé-
fendre et à faille tfiompher l'innocence et
mérité ?
On le désire , on l'espère.
An lieu d'obéir au vœn dn concile, et de
♦
Templiers auE flanmes , ) Senonensem ( niilî])ipe de
Maripiî , qui avait présidé deux conciles de Sens et con-
damné une fois cinquante-quatre et l'autre cinq Tem-
pliers et Aothomafiensem ( le successeur de B de Far-
ces , qui ayaît présidé le concile dn Pont-de-l'Ârche contre
les Templiers... } l^i^ alsiîsqham. ^ Vita CLementia
aatore Pxolomxo JLucessi»
«
(i) On trouve au Trésor des Chartres, sur papier, la
liste des prélats qui doivent être appelés au concile^ ainsi
intitulée: Im «irjrr vooAm, eic.
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DES TEMPLIERS- 189
remplir son propre devoir. Clément V ter-
mine brusquement la session.
Quel outrage à la juvStice ! c^uel mépris pour,
la délibération du concile !
Il était convenable , il était indispensable,
d'insister sur ces détails, parce qu'ils sont dé-
cisifs ^ parce que lès historiens ne les ont pas
assez fait remarquer y parce que les actes dur
concile ont été supprimés.
Des pourparlers, des négociations eurent
lieu pendant Thivep : Philippe^le-Bel jugea
que sa présence était nécessaire pour trancher
les difficultés.. (1) . «
Il arriva dans les premiers jours de février,
accompagné de ses trois fils , de son frèj^e , et
de beaucoup de gens de g-uerre.
« Ce monarque n'avait pas craint sans doute
que le concile opposât le moindre obstacle
(i) Inter colloquia et tractatus super ageudis deduc-
tant est lempud per totam hjemen aubieqnentem. B«rn.
Gtddo; ÊeHia pita Cmueuttis
Post predictam vero sessionem inter colloquia et trac»
tatu& deductum est tempus per totam hjemem sul>se-
q«eiitein« Bisrn» Gmdo; quarta vita Cleumstis
Fàpa com sais cardinalibus et ptelatb per totam h je-
niem sequentem continuo inpluribus traciatibus divomî^^
permaasLt. i:kxta vita Clemektis K* , * .
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igo DES TEMPLIERS.
«a décret d'aboUûon de l'Ordre» De» les mois '
de février et de juin i5ii, il avait eu pour
rÉglise romaine uoe Gondescendânce qui mé-
ritait la reconnaissance du pontife et des pré-
lats; il s'était désisté de<ses accusations et de ses
poursuites contre la mémoire de Boniface VIII,
et s'en était remis à la décision du Saint- ,
Siège. Quand on a étudié la politique de Pbi-
lippe~le-liel ^ ou présume aisément qu'un tel
désistement qui était loin de flatter sa Ta-
Aité , n'avait pas été gratuit , et qu'en sacri-
fiant sa Tengeance contre Boniface VIII , il
s'était assuré du dévouemeut du pape et de sa
cour i ses projets contre Tordre des Tem-
pliers, (i)
✓
(i) S'il ftiktt «Jouter à Vénàmoe des preuTvs qui
constatent l'inflaence que la cour de France avait ac-
quise et savait exiercer sur la cour de Home , j'obsenrerais
que Philippe eiigea et obtint que Ton e&çàt dans les
registres de la conreifNHidanoe da Bonî&ce VIH, tout ce
qui sV trouvait d'injurieux couUc le monarque et la
caur de Jt rauce. On trouTe aujourd'hui en bLanc dans
ces registres y lesitagei qui ont été raturées très-adroite*
ment. CSeti» opération se fit soleoneUemeat à Vienne,
durant la tenue du concile. On lit en marge des pages
effacées, tantôt âoUatur omninù, à enlever entièrement;
tHitdt : corrigaim' Mcandum ntOmm, à corriger selon la
wMàmi»\tXkvmmkwXi dwUwrqwid raimm
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y
DES TEMPLIERS. igx
Le pape rassembla le» eardinauX et plu<-f
&ieui^ prélats en consistoire ^cret, (i) et dans
ce consistoire abolit l'Ordre , de sa seule au*^
torité.
Le Siayril (2), §'ottTreladeiudèine.sessiondtf
concile ; le roi de France j" paraît accompagné
de ses trois fils et de Charles son frère, en**
fmrtM de mandata démentis papœ V. On dit ^[ne oei
ratures furent finîtes par otàt^ de Çléiaeat Y*
Un proôës-rerbal de Fopération se trouve & k fin da
registre , et atteste qu'elle fat faite par ordre d'un éréque
et d'un cardinal, qui disaient en ayoir reçu plusieurs fois
le mandat verbal du-saînv-p^. Reguinmi iiHerarum
Curiœ.,,^. Dommi Bon^bvU papm F'Ill, Jtrehinfêê se*
crêtes du Vatican.
(1) MultisTOçatia prelattscom cardinatibvs, in priyato
coNsuTonio Ordinem Templariorum camirit
TertiA autem die aprilis i3i2, fuit seciinda sessio cou-
cilii, et predicta cassatio coram omnibus pujbjlxcata est.
Sommas pontifex, mnltts prdatis corn eardînaUbus
privato consisiorio convocatis , per provisiums polius
^uam ^oH '^f^ ff^ n^' ^q'g irtAmj Ordiœm Militiae Templa-
riorum cassavit et penit&s annulaTÎt Twlia vUa Cjji^
(a) Prefatus Gemens papa in coksistobio puUicOj
présente Fbilippo rege Franeûe eom tribus fiHis suSs^....
et erîam fratre oum magnA mUitfft;...... et présente , \
muitiludiiic cupioàà, caâsaUuiieinOrJims dictorumTem»
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DES TEMPLIERS-
touré d'un grand appareil de force guerrière ;
il est placé à la droite du pape , ^ur un siège
tant soit peu moins éieyé.
Et le pape publie solennellemeutson décret
d'abolition de Tordre des Templiers » par une
simple bulle , per viam provisiojnis.
Les pères du concile assemblés pour enten-
dre la lecture de la bulle et non pour délibérer,
ne peuvent opposer à la décision du pape et
à la présence du roi qu'un silence improba-
teur. Us se taisent.
Cette décision -violait à la fois les règles de
la justice, de i équité et de la discipline ec-
clésiastique.
Non seulement Clément Y statuait de sa
seule et propre autorité , et sans Tavis des
pères du concile, mais même coutre leur avis,
puisqu'ils avaient déjà prononcé que les Tem-
pliers qui olFiaienl de déleadre l'Ordre de-
vaient être entendus.
pWiorum solenmiter publicavit Sexta vUq C^mmsS"
Via V.
Secunda semio concîlîi celebrata in quà |»«dicta cas*
satio Ordinis fuit per summum poaùiicem, radiaiile cou-
cuK TRIBUS nuis siris cui ir jooriuii ^bat cqbbi. Tm-tî»
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DES TEMPLIERS. agS
• Qui ne reconnaît daas ces formes yiolentes
et arikitraires Tiofluence. active et directe dè
Philippe-le-Bel , entoure de la ibrce armée,
et plus terrible encore par sa seule volonté ?
Aussi non seulement plusieurs historiens >
mais encore de célèbres canonistes (i) se sontl
ils récriés contre rirrégularité de la bulle qm
prononça Tabolition de i Ordi e des Templiers,
S'étonnera-t-on maintenant que les actes
du concile de Vienne aient été supprimés, et
quon n'^n ait eu connaissance que par de
faibles renseignemens épars dans les chroni-
ques du temps ?
Que dis-je ? presque tous les historiens ont
même entièrement ignoré ce qui s'était passé;
L'opinion publique avait été pervertie ou trom-
pée; on croyait que 1 Ordre avait été jugé
définitivement parle concile œcuménique, et
condamne comme coupable d'hérésie et d'im-
piété.
La bulle d'abolition, publiée dans la se-
conde session du concile général de Vienne
(i) Entre antres, Van-Ejvbn, qui s'exprime en ces
termes :
Admodum insolitam esae httjns sentent!» formam
uemo non ridet Oèurv. in negoû. Templ,, t, ir,p. i4i.
l3
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194 DES TEMPLIERS.
le 2 mai 1^12 j n'a été iiupiixaée que dans le
dixr- septième siècle, et en pr^s étranger; (i)
il àeiuble qu on ail toujours craint en France
. de soulerer le Yoile qui couYrait ce mystère
d'oppression.
Les^ ponûl«s romains en ont toujours connu
le secret.
Clément Y lui-même a avait mis aucun art à
le dissimuler.
Dans sa bulle consideraiïtes dudum^ du
2* des nones de mai , seulement quatre jouT$
après avoir publié dans le concile la bulle d'abo-
lition, le pape avoue que l'ensemble des in-
formations faites contre TOrdre et les Che-
valiers, dans toute la Chrétienté, n'offre pas
des preuves suilisanies pour les croire cou-
pables ; il se réduit à prétendre qu'il en ré-
suIlc une grande suspicion, et il déclare que,
d'après ees informations , il n'avait pas eu le
droit de prononcer une sentence déHuiliv e. (2)
(1) £lle a été imprimée, pour la première lois, dam le
Aecueil des Conciles généraux publié ^fucBiniua en i6o6.
(2) Considérantes dudum inquîsitîoiies et proeesBnt
varios de mandato sedis apostolicœ per unirersas partes
Oiristiaiiitatis contra ()i tliaeiu quodt^uc ipsa^ coiifes-
siones dictum Ordinem valde suspectum reddebant^
DES TEMPLIERS. 19S
Girconstauce remarq^uable et qui mérite
d'être ^[alement offerte à la méditation des
grands et 'du peuple ! G est de l^njusUce mê-
me commise par Glément Y envers les Teih*
pUers» que Glément XIV s'est prévalu , cinq
cent» ans après ^ pour abolir TOrcbe desJé^
suites. ...
Dans son bre{ du ai juillet 1773, Clé-
nient XIV rapporte divers exemples d'aboli-
tion d'Ordres par les souverains pontifes, et
il continue eu ces termes ; . .
«( D autres pontifes romain$, nos prédéces*
a seurs , dont il serait trop long de citer les
a décrets, ont agi de même, selon I^ cixs
€C constances du temps: entre autres, le pape
<c Glément Y, aussi notre prédécesseur., par
a ses lettres du 2 mai i5i2 , scellées en plomb,
a a supprime et totalement éteint TOrdre mi-
ioc litaire des Templiers, à cause de la mauvaise
<c réputation où il était alors, quoique cet Or-
«c dre eut été légitimement confirmé , quoi-*
•
>
non fer moduiii deeutitiva aententie cum tam siiper
lioc,8SCfrNDfmmQtri»moinuBTTii6cB9Mr8 ^rjedictos ycrst
POS8EMUS FERRE DE JURE, setl per YÎam prorisionis et
Ordinationis apostoUcae , etc.* etc. Megestrian eami nt
domini ClemenHs papœV lititranm de cùria, UêL xxxf.
jirehiueê êÊcrèteê ^aiiean^
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106 DES TËMPLIËR&
«L qu il eut rendu à la Képublique Chrétienne
des services si écktans , que JiS Saint-Sié^e
. ce Apostolique l'avait comblé de biens , de
«c privilèges ». de pouvoirs» d'exemptions et
^ de perniissions » et quoiqu'enfin le concile
CL DB VlBNlfB» QUB CE PONTIFB AVAIT CHARGÉ' DB
<K L*EXAMEN DE L AFFAIRE , EUT ÉTÉ d'ayIS DE
, (CSABST&TXm 9B.PO&TB& UN JUGBMENT FO&MBL
<C ET DÉFINITIF. » (l)
Ainsi finit TOrdre célèbre des Templiers.
Le simple récit des injustices sous lesquelles
il a succombé dispense de toute réflexion.
Le pape avait appliqué» en faveur des Hos-
pitaliers» la plus grande partie des biens de
rOrdre supprimé.
Si l'on en croit plusieuts historiens , TOr-
(i) ........ Clemens papa V, pariter praedecessojr nos-
ter,per suas sub piuiubo 6 nonas maii aiino încarnatio-
nis dominio» i3iâ» expeditas litteras» Ordinem Milita<«
rem Templarîoram nancnpatorum» quamTÎs legitiinè
confirmatum , et aliàs de cliristianâ republlcâ adeo pre*
.clai e meritum , ut à sede apostoUcà insiguibus beaeiiciis»
privilegiis^ facultatibûs» exemptionibiis» lioentî»» cumu.-
latasfuerit» ob univertaiem diffamationein aappresaitet
tptaliter extinxit, etiamsî conciliam générale V iennense,
cui negotium ex.aminandum commiserat, a iormali et
de^tÎTà £sreMàk sententià censuerit se absiiuere.
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DES TEMPLIERS. 197 .
dre de Saint-Jeaa de Jérusalem avait pajé
cher au pape lui-même cette honteuse préfé-
rence. (1)
Mais les riches dépouilles de TOrdre du
Temple ne passèrent pas en eiiLier aux liéiîLiers
choi»s par le pontife.
Les trésors , le mobilier saisis dans toute v
la France, au moment de l'arrestation des Che<-
Taliers, restèrent à Philippe-Ie-Bel, et jusqu'à
sa mort y il perçut le revenu des domames de
rOrdre.
Clément V avoue , dans une lettre à Phi-
lippe-le^Bel, avoir reçu une partie du mobi-
lier, (2) et il est très -certain ç^ue la cour de
(1) Unde depauperata est mansîo hospitalis ^pûi^'se
existîmabat înde opnlentam fieri. S. Aar^toistiiruB, •
Papa lîospitalariis ha c asslgriavit nua sine luagu*
pecimiae iateryentu. fVALsiUQHAii, ■
Bicitur autent papam et regem ex bonis ipaia florenoa
duo centum millia percepisse. Chrf>mcon F. F. Prifsj
MuRATORi, rer. Ital. script, , t, ix, />. yÔO.
Papa yero stâtim boua TempU iaûnito thesauro Fra-
tribus yeadidit hospltalis Sti. Johaimis. BMtvjsnrmMifius^,
(3) Philippe-le-Bel ayait écrit au pape : « A cause des
« retards et des renvois qu'éprouve l'affaire des Tem-
« pliers f le peuple crie contre vous et moi , et murmure
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iQ8 DES TEMPLIERS.
Rome sappropiia de riches et nombreux dcH
maines de TOrdre aboli.
Je pourrais accumuler les preuves : une
seule suffira.
(c Les Chevaliers du Temple , dit un his-
IX torien , aTaient plusieurs domaines dans la
ce ville de Saint -Paul, dans son territoire et
<c dans diitéreos villages du diocèse. Il j a eu-
« core, dans le quartier qu'on appelle deSaint-*^
tt en .dUant que nous ne nous soucions pas de l'afiaire^
<( mais de l'envahissement des biens des Templiers.
ic Propter moras et dilationes praefatas, contra nos et
ic toam magnitudinem populos clamabat et etiam mur-
«( murabat, dicentes quod nec nobîs neque tibt de negotto
<( hujusmodi erat curae^ sed de pra;dà bonorum qux Tem-
n ]|larii possidebant. n
Le pape lui répond : «t Le peuple n'a pas sujet de raor-
« murer contre mol touchant renvahissement des biens
*t des Templiers , puisqu^il ne m'est jamais parvenu
a qu'un peu de mobilier déposé entre les maias du car-
te dînai et lequel n'équiraut pas aux dépenses fai-
« tes» etc.
a Nec est etiam unde populus contra nos de praedâ bo-
tt norum Temj^ariorum praedictorum valeatmurmurarej
«c cnm de bonis ipsis nihil ad nos unquam perveneric
n nisi modica bona mobilia posita penès Berenga-
iK rînm cardinalem qu c ad sumplii?^ et expensas..
(( suilicere minime potuerunt. » Ayignon^, a nonea dê
may iScig. *
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DES TEMPLIEKS: 199
«c Jean les maisons de Saint- Vincent , le
a pré de Selles , le château de Chaiiders et
a plusieurs autres fonds dépendant de la com-
<c manderie de Riche-Branche. Tout ckla pitt
«C SAISI PAK LES OFFICIEKS DE SA SAINTETÉ ET Upi
AU DOMAim DB LA CBAXBRE ÀPOSTOUQUI^ DU
<C CoMTAT VÉWAISSIN, » (l)
Le roi , les autres princes s'emparèrent ou
disposèrent de plusieurs possessions de l'Ordre.
Bientôt on s'occupa 9 dans les divers pajs de
la Chrétienté, du sort définitif des Templiers.
£n Italie , ceux qui n'avaient pas encore
. été jugés, furent absous par le concile de Bo-
logne , et par les archevêques de Pise et de
Florence.
Les opinions des historiens ont été parta-
gées sur le traitement que les Templiers éprou-
vèreut en Provence.
Quarante-huit avaient été arrêtés , le même
jour 9 par ordre de Charles II, comte de Pro-
vence j et traduits dans diflBerentes prisons*
. Albert de Blacas, précepteur d'Aix et de
Saint-Maurice, éuit gardé dans les prisons
d'Aix, au commencement de j.3o8.
(l) II us to ire de V Eglise cathédralti de Sauit-Paul"
'/.Vois-Citàteaux i parBoY£R. Âvignou, ijio, 4°, p.
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200 DES TEMPLIERS.
Non seulement il ne périt pas , mais nn
document du temps prouye qu il jouit pendant
toute sa vie de la Commanderie de Saint-
Maurice, du consentement même des Hospi-
taliers, (i)
La découverte de ce titre permet de croire
qu'en Provence , les Templiers furent non
seulement épargnés , mais traités d'une ma-
nière qui ne peut s'accorder qu'avec l'idée
qu'ils avaient été reconnus innocens.
Les Templiers Allemands avaient déjà été
absous par les conciles de Mayence et de
Trêves*
On se souvient comment les Templiers An-
glais avaient été jugés avant le concile.de
Vienne ; la même décision fut appliquée aux
Chevaliers irlandais > en i3i2.
Je n'ai point parlé encore des Templiers
d'Bcosse. Leur grand -prieur, Henri de la
Moorè, avait donné l'exemple de supporter
noblement .la persécution. Il parait- quils
trompèrent les poursuites de leurs oppres-
seurs ; deux , seuls Écossais lurent arrêtés ;
et répondant avec courage et vérité , ils se
montrèrent dignes de leur grand-prieur ; nul
(i) Transaction du 2^ février i^xH, reçue par Jean
Maurel; notaire*
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DES TEMPLIERS. 201
tribnnal ^ nul copcile ne s'assembla contre
eux ni contre !^ autres Chevaliers qui , par '
lenr faite ou fenr dispersicm , eurent le bon-
heur d'échapper à ITnquisition. Que devin*
rent-ik ? Ce n'est pas à moi de souleTer le
voile mystérieux des conjectures par lesquel-
les on. explique le sort ultérieur de ces infor-
tunés : rhistuirepublique.se tait, mon devoir
est de. me taire comme elle»
Les Templiers de Catalogne ajant appris
combien on avait maltraité les Chevaliers
français et craignant de semblables in jus-;
tices, s étaient retirés dans des châteaux forts. '
Jacques II , roi d'Arragon , ordonna de les
saisir et de les livrer à ITnquisition*
Alors ils s'adressèrent à rarchevéque de
Tarragone , et demandèrent à être jugés. Le
10 août i3i2 9 le concile fut assemblé. Tous
les Templiers de TArragon s y présentèrent :
le concile entendit des témoins , fit diverses
procédures, et après avoir scruté sagemeat
Taffidre, ne trouva les Chevaliers coupables
d'aucun crime ni souillés d'aucune hérésie.
Par le jugement définitif , ils furent absous
de tous les crimes et délits, de toutes les erreurs
et impostures dont ils étaient accusés ; il fut dé-
fendu de le^ dilTamer, attendu que, par lexa-
/
%ot DES TEMPLIERS.
men sévère qu'ayait iiitle concile, ils aTaiènt
été trouves au-dessas du soupçon, (i)
- XiC jugement fut prononcé > le 4 noTembte
l3l2.
£o appliquant les Inens des Templiers à l'Or-
dre des Hospitaliers, la bulle d'abolition avait
e^g^cepté tousiesbienssituésdansles rojaumesde
GastiUe, d*Arra^on , de Portugal et de Major-
que ; les ambassadeurs de ces états au concile
de Vienne ravalent expressément exigé.
En i3i7 ^ Tordre des Chevaliers de ]>iotre-
Dame de Montesa fat érigé dans FArragon , à
la place de celui des Templiers , avec Tauto-
- risation de Jean XXII ; le nouvel Ordre hé-
rita de leurs biens ^ et ses Chevaliers furent
destinés i combattre les Musulmans d'Es-
pagne. \
. (i) (>>QTeiierimtTempiarii^ovincIa]esmcoiioiliiiiiiy
quod j quidem j iiris dispositioiie oJjseï vatâ ineos, inven-
tum est^ scrutaudo ^ testes examinando et super iis varié
inquirendo ; nec ullum in eis criueii mTentum fuit rel
quod alîquâ haereseos Ittbe rafecti eraent. Qoare sesHeadi
definitivd omnes et singuU à cunctis delictis, erroribus
et imposturis de qui bus accusabantur , ^bsoluti fuére^
decretumque fiiit ne aliquiseos infamare auderet, quod in
iaquisitione prr concSium factâ> ab omni sinistrÀ suspî-
cîone imiDunes reperû fuissent. A&mnnn, CoU, max»
concil, omnium Miapan. et noi^i orbis, p* 54^. *
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DES TEMPLIERS» 2o5
• Les nouYcaux Chevaliers avaient dés habite
blancs , marqués d'une croix rouge , sembla-
bles à ceux des Templiers.
£a Portugal, l'Ordre des Templiers ne fut
pas détruit; les Templiers qui s'appelaient
les Soldats du Ch&ist , quoiqu'ils prissent
plus généralement le titre de SoiiBATS D¥
Tejiplb, n'éprouvèrent de réforme que dans
leur nom. Ils furent obligés de prendre ex^
fçlusivement le titre de Milice du Chiust.
Ce fut le roi Denis qui sauva , d'une manière
aussi honorable , ces guerriers opprimés. Pro-
tecteur éelaivé des lettres et des arts , fondar-
teur de runlversité de Goïnibre , OÙ il avait
attiré , de toute TEurope , ks plus savans
hommes de son siècle , honorant l'agricnltu^
re, et ne dédaignant pas d occuper ses rojales
mains à cet art utile , il avait, par se$ gran-
des qualités, mérité et obtenu le titre glo-
: rieux de PAas ns la Patrib , et de Roi La-
• bouiieur!
Quelle digne et glorieuse réhabilitation que
l'estime et les bienfaits de ce monarque !
C'est ainsi que l'Chçdre des Templiers con-
tinua d'exister sous le noiu d'Ordre du Christ.
L'histoire nous a transmis le nom de quel-
ques chefs des Templiers , qui conservèrent.
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3o4 DES TEMPLIERS.
dans rOrdre du Christ , le même rang qu'ils
tenaient dans celui du Temple, (i)
Des censures ecclésiastiques contraignirent
tous les anciens Gheraliers à rester dans TChv
dre du Christ.
Cet Ordre jouissait d'une si grande consi-
déraiioa, qu'aucun vice-roi ne partait pour
les Indes , sans être décoré du titre de Cii&-
\alier. Le Portugal eut beaucoup à se louer
des Chevaliers du Christ et de l'emploi qu'ils
faisaient de leur fortune.
' Quand Philippe-le-Bel eut exigé et obtenu
la bulle d'abolition de FOrdre du Temple , sa
politique fut satisfaite ^ et quoique le pape eût
déclaré que les Chevaliers survivans à cette
abolition 9 seraient personnellement jugés par
les conciles diocésains 9 la persécution cessa.
Mais l'oubli indulgent qui sauvait les Che-
valiers, pouvait-il s'appliquier au g rand-mattre?
Il avait toujours réclamé son jugement^ et sans
doute il le réclamait encore.
* • •
( 1 ) Laurent Fernandez > grand-commandeur \
, Gilles Stavanez » commandeur de Portalegre \
Jean Gîles > oommandear ;
Bodrigue Amez, commandeur;
Laurent Fernandez, commandeur de Dornes;
Galiriel Yanes. <
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DES TEMPLIERS. soS
Le pape s'était expressément et solennelle-
ment réseiré le droit de prononcèr sur cet il-
lustre accusé ; il s'en était imposé le devoir.
Mais ce ju^e suprême et tout-puissant n'eût
osé soutenir les regaids et les discours de cette
grande Tictime.
Quel parti prendre? Le pape , sous un fri-
vole prétexte commit Téi^éque d'Albe» et
les cardinaux de SaiiU-Eusèbe et de Sainte-i
Pâque^ . pour juger, à Paris, le grand-maitre
et trois autres chefs de l'Ordre.
La bulle du ii. des kalendes. de janyier
. i5i5 ( V. st. ) , s'explique ainsi :
« Ne ppuyant , ^à. caju^e . d^s. af£stires.péni-
<c bles et multipliées qui nous occupent > ion^
ce ner notre application personnelle au juge-
•r ment du grand-maître et des autres chefs de
« rOrdre , ^que nous nous é^ons spécialement
« réservé , nous yous chargeons d'e^i^aminer
« les procédures faites contre eux, et notam-
« ment celles qui ont été faites par les, cardi-
« naux de Saint-Nerée et Saint-Achiilée , de
•t Saint - Cjriaque et de Saint- Ange , qui
« avaient procédé d'après notre mandat spé-
« cial* N.ous TOUS dQnnqns, le pouvoir de con-
ce damner et d'absoudre ^ et d'infliger une peine
« proportionnée aux délits des accusés et mè^
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so6 D£S T£MPLIEIi5.
<c me de leur Êiire payer ^ sur les biens de
« rOrdre, ce qwt vous jug'erez conTenable ,
«pour leur nourriture / leur habillement^ et
a leurs autres besoins* » (i)
Les termes de la commission prouvent qu'il
ne s'agissait pas de rendre un jugement con-^
tradictoire : pour la légalité d'un tel jugement,
il eût fallu préalablement intern>g^ le grand*
maître et les autres chefs , entendre leurs dé-
fenses et justiiicationsî mais la boUe ordonne
de ré^^ ler leur sort ^ en consultant seulement
les premières procédures , et Tinterrogatoire
subi à Ghinon par le grand «-mattre/deyànt
les trois cardinaux , en août i3o8 , interro-
gatoire dont le grand --mattre avait désavoué
la rédaction , lorsqu'il avait comparu devant
la commission papale.
Cette nouvelle injustice explique la conduite
que tint le grand -mattre en présence des
gxands et du peuple ^ qui assistaient à la pro-
clamation du jugement
* Comme le roi voulait un spectacle d'appa«
tut qui en imposât au peuple et à la France, et
qui devînt le dernier acte de cette grande ca^
tastrophe, le 18 mars i3i3 (v.st«)» parurent en
(i) Regestrum litteranm Cttriœ armi noni domini
DES TEMPLIERS. 207
public, sur un échaiaud dressé dans le parvis *
Notre4!>ainey les trois commissaires du pape,
auxquels avaient été adjoints Philippe de Ma-
rigni, archevêque deSeas, et d'autres prélats
dignes sans doute de siéger à ses côtés. Le
grand^maitre et ttois autres chefs dé TOrdre
furent amenés, et entendirent la sentence qui
les condamnait à la réclusion perpétuelle*
Les juges comptaient sans doute sur le si- ,
lence de <^e& inlortunés, mais le grand-maitre
saisit, avec un courageux empressement, cette
dernière occasion de s'expliquer devant la
France et devant la postérité* '
Depuis six années , languissant dans les
lers f manquant du nécessaire , privé des
secours et des bienfaits de la religion , il
était resté séparé de ses Chevaliers, on avait
refuse sa présence à leurs vœux réitérés ;
conduit devant le pape , qui était à Poitiers ,
on avait pris le parti de le faire arrêter à Chi-
non et de le présenter seulement à des com-
missaires , dont il fut obligé de dénoncer lé
rapport inlidèle. Ramené dans les prisons de
Paris, ^t apprenant ' que le pape s'était ré-
servé sott jugement , il avait demandé avec la
vertueuse opiniâtreté de l'innocence , d'être
conduit devant le pontife pour être jugé ; ré-
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so8 .DES TEMPLIERS.
clamaliun juble, sans cesse rciiouyelëc, cl re-
nouvelée toujours ea vaia I Acc^Ublé de la dou-
leur que lui causait le supplice injuste de tant
de venlueux Chevaliers , eX la honte de quel-
ques autres qui abandonnaient TOrdre^ il avait
vu s'écouler le, temps hxé pour le concile
général^ sans j être appelé^ ni pour sa propre
défense > ni pour celle de son Ordre ^ quoi-*
que ce fût son droit , quoique le pape eût
déclaré que les défenseurs de TOrdre se-
raient admis devant les pères .du concile. La
décision irrégulière et injuste qui pronon-
çait Tabolidon^ avait retenti jusqu'au fond
de son cachot. Enfin la dernière espérance
qui lui était restée dans ses n^aiheursi « l'espé-
rance d'être jugé par le pontife suprême , lui
était^ encore enlevée ; des conunissaires le ju-
geaient sans l'interroger , sans permettre qu'il
usât du droit, naturel et sacré de proposer ses
défiejises : quelle ressource pouvait donc res-
ter au grand-maitre ? La mort. Il eut la vertu
de>la mériter; il eut. la gloire et le bonheur de
l'obtenir.
Prenant à témoins tons les.spectat^eMrs^.il
s'écria : (i) .
(i) Je me sers de la traduction de M. de Ybrvot*
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DES TEMPLIERS. 209
«c II est bien juste que^ dans* ua si terrible
« jour et dans les derniers momens de ma
« vie , je découvre toute Tiniquite du men-
V songe et que je fasse triompher la vérité.
<c Je déclare donc^ à la lace du ciel et de la
« terre ^ et j'avoue, quoiqu'à ma honte éter*
« nelle , que j'ai commis le plus grand des
(c crimes , mais ce n a été qu'en convenant de
ce ceux qu'on impute avec tant de noirceur à
u notre Ordre : j'atteste, et la. vérité m'oblige
« d'attester qu'il est innocent. Je n'ai même
« fait là déclaration contraire, que pour sus-
« pendre les douleurs excesnves de la torture,
«X et pour fléchir ceux qui me les faisaient
« sou£&ir. Je sais les supplices qu'on a infligés
ce à tous les Chevaliers qui ont eu le courage
« de révoquer une pareille confession; mais
« TaiFreux specUcle, qu'on me présenlc, n'est
« pas eapable de me faire confirmer un pre-
ce mier luensunge par un second : à une cou-
u àxïion si infâme, je renonce de bon cœur à
« la vie. »
Quelles furent la surprise et la pitié de cette
foule de spectateurs ! Mais aussi quelle fut la
colère du roi et de ses agens, lorsqu'ils appri-
rent que le grand-maître et l'un des autres chefs
avaient montré ce désespoir vertueux!
14
210 DES TEMPLIERS.
Le conseil du roi fut assemblé à Tinstant, et,
sanâ 1 éiuriner la sentence des coiniaibsaires du
pape, sans faire prononcer aucun autre tribunal
ecclésiastique, ce conseil cuudamna lui-même
MX flammeis le grand-maître et l'illustre Che-
valier qui avait fait une semblable déclara-
tion.
On dressa le bûcher à la pointe de la petite
Ile de la Seine, non loin du couvent des Au-
gustins , et à Fendroit même où depuis avait
été placée la statue écjuestre de Henri lY.
Le gtrand- maître et son généreux compa-
gnon montèrent sur le bûcher, qui fut allumé
lentement 9 afin que, brûlés à petit feu, ils
eussent le temps d'implorer grâce, en désa-
vouant leurs rétractations. Qu'on juge des
tourmens de ces infortunés 1 ils les supportèrent
avec une constance que rien ne put altérer.
Xandis que le spectacle de leurs corps à ck ini-
brûlés, tandis que Todeur fétide de leur chair
consumée répandaient partout Fhorreur et la
pitié ^ eux seuls paraissaient insensibles à leur
sort ; protestant toujours, et jusqu'au dernier
soupir^ de leur innocence et de celle de TUr-
dre, ils montrèrent une énergie et une rési-
gnation dignes de leur rang et de leurs vertus.
Ce spectacle tragique arracha des larmes à
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DES TEMPLIERS.
tous les spectateurs. Pendant la nuit^ les cendres
de ces.Tictimes fnreat recueillies, comme de
vénérables reliques^ par des personnes pieuses
et de saints religieux.
Des historiens ont écrit que le grand-ynaitre,
avant de rendre le dernier soupir , s'écria :
* « Clkment, juge inique et cruel bourreau^ je
« t'ajourne à comparaître^ dans quarante jours,
n devant le tribunal du souverain juge. >i
D autres ont ajouté qu'il ajourna pareille--
ment le roi à y comparaître dans Tannée.
' Je ne m'arrêterai pas à discuter quel degré
de confiance méritent ces traditions ; mais le
pape étant mort dans les quarante jours, et le
roi dans Tannée , et tous les deux d une mort
imprévue , (i) il est incontestable que 1 opi-^
nion alors répandue de lèur «châtiment , par
la justice céleste , est encore un témoignage
en faveur de FOrdre et des Chevaliers. Les
peuples nlmaginent pas que le Ciel s'arme
pour venger le supplice et lamdrt de personnes
justement condamnées.
Tel fut le dénouement de là fktale et san-
(i) L'histoire atteste 4|ue tous ceu£ qui^ dans le
temps y furent lei perséealearo ^ i'CMre etrdeS'ClKeira*-
^ lîers^ périrent de morts prémturées ou funestes.
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ai2 DES TEMPLIERS.^ .
glante tragédie ^ dont Philippe -le -Bel avait
disposé successivexaeni toutes les parties. ^
11 avait pu comprimer l'opinion publique ,
lui imposer silence , mais non pas la changer.
En vain les actes du concile de Vienne
étaient cachés^ ou supprimés : les prélats
qui avaient assisté à ce concile ^ répandirent
dans l'Europe les détails du scandale et de Jla
violence dont ils avaient été les témoins et
presque les victimes.
Les historiens étrangers accusèrent Philippe-
le-Bel. Le doute^ Tincertitude qu'cApriment
les dironiques françaises , ibrment une accu-^
sation plus terrible encore.
Quand la justice seule a interposé son auto-
rité pour punir de grands coupables, quand
les ministres de la religion et de la loi se sont
concertés pour prononcer un juste châtiment.^
lopinion publique ne manque pas de Tapprou-^
ver. Il n'^st pas d'exemple qu'elle ait injuste-
ment blâmé les actes de l'autorité^ surtout
dans des temps peu éclairés, où la seule appa-»
reuce des formes légales établissait nécessai-
rement un grand préjugé contre les accusés,
qu'une sentence solennelle déclarait coupables.
Et comment Topinion publique ne se serait-
elle pas prononcée eu Iciveur des infortunés
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DES TEI\rPLIERS. 2i5
Templiers > quand elle était encouragée par les
souverains ? ; , '
. Sans parler du roi de Portugal, qui les proté-
gea si honorablement, du roi d'Angleterre, qui
ne dédaignait point de veiller à ce qu'ils re-^
çussent dans leurs prisons les secours qui leur
avaient été assignés ; sans me prévaloir de la
faculté qui leur avait été accordée de passer
le reste de leur vie dans leur^ propres mai-
sons , quoique cédées aux Hospitaliers ; com-
ment expliquer l'événement qui eut lieu, cinq
ans seulement, après Tabolilion de l'Ordre?
Quelques Templiers avaient cru, et avec rai-
son peut-é^ que Fabolition de FOrdre les avait
relevés de leurs v<3eux, et ils s'étaient mariés.
• On pouvait faire^ en faveur de la légitimité
de ces mariages, un raisonnement décisif.
S'il était vrai que l'Ordre eut été coupa-
ble d'impiété et d'hérésie , s'il avait été aboli
parce que ses statuts étaient contraires à la
foi chrétienne, pouvait -on se refuser à l'évi-
•dence que dès lors il n'avait ^ pas existé de
vœux légitimes qui eussent lié les Chevaliers,
et qu'ainsi, quand ils se mariaient, on ne pou-;-
• vait pas les aecuser de manquer à leurs vœux?
Jean XXII examina }a validité des mariages
fcontractés par les Templiers, depuis la des-
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ai4 UTES TEMPLIERS-
tnictioii de l'Ordre; el il n'hésita point de re-^
garder les Templiers, comme liés par leurs
Toenx précédens* Il jugea donc qne les récep-
tions des Chevaliers avaient été faites dans la
forme licite.
Il fit pins ; il leur permit d'entrer à leur gré
dans d'autres Ordres » et il ordonna qu'ils j
fussent reçus sans difficulté.
Voilà donc la Cour de Rotne qui proclame
solennellement Topinion qu'elle avait de l'in-
nocence de ces malheureux, proscrits. Cette
cour pouvait s'expliquer impunément ; Phi-
lippe-le-Bel n'était plus.
Serait -il pertn^ de conserrer encore des
doutes sur les motiis secrets et les prétextes
apparens qui produisirent l'infortune des Che-
valiers en France , et rabolition de l'Ordre
dans presque toute la Chrétienté ?
♦ La postérité soulevé enfin le voile qui a
couvert ce mystère politique.
Et si 1 on considère que, dans l'incertitude,
les présomptions d'innocence sont en faveur
des proscrits , s'il n'est clairement prouvé
que la justice, exercée par une autorité puis^
santé, a été aussi impartiale que le châti-*
ment a été sévk'e ; si Ton considère que ia voiiL
des Templiers fut étouifée dans les flammes.
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DÉS TEMPLIERS. 2i5
oiî se ^ec^t dtns la 'wdttiijde des pï:îso0s ; quç
dans le temps aille roi, le pape et tous 1^
oppr0ssetti9.de xes vBiiQârbm
les poursuivaient, les accablaient, le$ extcp- ^
]iiiii9âeiit*et «ans cesse ot p^j^io^t, ils ne pou^
vaient , du fond de leurs cachots, rien opposer
aux diâSsfflaadoas quijai3a3iaie0t<x)»ti!ê.e^^ 1
nion du moment ; que ces di£Buna1ioi|ft étaient
lues au milieu jdes temples et 4fiS pièces pu-
bliques , et que les accusés ignocaadt m^ême tous
ces libelles, marqués du sceau de la loi> en
étaient avertis seulement par les tortures ; que
menacés de la mort et voulant interjeter un ap-
pel f ils ne purent obtenir , même des com-
missaires du pape , le secours et le ministère
d'un officier public pour valider cet appel; si
Ton considère enfin que c'est par un hasard
heureux qu'après avoir été ensevelies pendant
cinq siècles, quelques pièces, échappées aux
ravages du temps , (i) permettent de connaître
les détails de ce procès extraordinaire ; que
c'est dans ces pièces dressées par les accusa-
(i) Par l'inventaire fait à A\igaon , lors du retour dc»
papes à Rome , il paraît ^ue les pièces relatives aux Tem-
pliers étaient en telle quantité , qu'on se contenta d'en
faire une mention générale > sans les ^éeifier. Biblioi.
irnpér.
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2i6 DES TEMPLIERS.
teurs^ qu'il faut chercher et qu'on, trouve les
preuves évidentes de rinnocence de TOrdre
et des Chevaliers; qu'ainsi c'est de, la bouche
même de leurs ennentas que sort le cri de la
vérité; n'ai -je pas, à Texemple d'un ancien^
et avec bien plus de raisoii , le droit de dire à
• tous ceux que ce cri a pénétrés d'un sentiment
d intérêt 5 de pitié et de conviction en javemr
de ces illustres proscrits : Que SBRAnH^B» SI
TOI» I« AVIEZ Le^VS «UXHlâlU»? (l)
♦
(i) ^lai^Jufh^hb» 2fEjfifiL3.
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APPENDICE.
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TABLEAU
offre les dates de prétendues réceptions
illicites , laites a une époque où les chefe.
de l'Ordre étaient avertis des accusations.
DBPUIS SIX MOIS.
Baudouin DE GISI , iSs' témoin de l'infonnation
fidte à Paris par les commissaires du pape.
Nec steterat in Ordine, nUt quasi per DimnnjH
ANiruH, antè capdonem eomm.
JACQUES DE VILLE PARISIS, 157' témom.
Nec steterat in Ordine y m&i per BIMIDIUH ANNUM
seu quasi ^ antè captiotiem eonun.
JEAN DE CANES, i6f témoin.
Nec steusrat in Ordine , nisi per dimidiuk annum,
an le captionem eoruin.
DBVITIS QUATAB MOIS.
RAOUL LOUVET, 202* témoin.
NuUum alium viderai recîpi in Ordine , nec fueivit in
eo, nisi per QUATUOa. ]il£NS£S^auiè captionem eorum.
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330 APPENDICE
DEPUIS MOINS DE TEOIS KOIS«
KAYNAUD DE VILLE MOSTRUE, Si' témoio.
* Non fnerat in Ordiiie , nisi ukdecim septimanas ,
«ntè eoram cftpt*onem : U opoié été reçu die donûnkà
mlè ftstom Magdalenae.
DBPUI8 KOIHS DB DSÎTX MOIS.
NICOLAS DE SERRA.
Reçu à Troyes par Raoul de Giri;
Plusieurs témoins ^ les 97**, 98* et loi* de l%ifiip-
matiou faite par la Gommbsion du pape^ déclarent avoir
assisté à sa réception ^ et en fixent Fépoque à MOINS
DE DEUX MOIS avant Pamstation.
Et Nicolas de Serra a fait aussi Faveu eiugé^ qu'H
avait été reçu dans la fonne illidle.
«
OWZE JOUIiS AVAIîX.
GUILLAUME A(.BERTL
f aurais pu rassembler un plus grand nombre de ré-
ceptions piélondiK iTie nt faites dans le cours de tctte
époque, d'une manière illicite, mais la certitude d'une
seule suffit pour faire adopter Fopinion que j'ai pré-
sentée.
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TABLEAU
dei Parens qui ont &H reoeroir leurs Parent dans
POrdre^ d'après les dépositions des témoins entendus
par la Commissiçn papale.
PiLAENS ST GOUSXVS.
Témoîm*
BAUDOIN DB 8t.4U8T, \ f ptr loh cmuio.
i3»« BAUDOIN DB QI8I« j \ pur m prciit.
ONGLBS £T JSiBYEVX.
6ie JEAN DE St.-JUST, *v ^lunsnn oncle,
67« THOMAS DE BRENCO UET, j l par ordre de son onck.
74« JEAN DE RUMPREY . f J son oncle.
109^ PONS DE MASYALLIBR , \ reçu < Id.
i5gr PU'RRE DE St. -BENOIT, ( j Id.
162» ANDRÉ DE MO JS T-LODAT, \ / Id,
1770 HUGUES CHAENERI^ J \ Jd,
43e HUMBERT DE St.-JOB£ , a^MÎsli aux réceptions de ses deux
neveux.
PIBRBB DB LAGNI , veça en pr^ienee àt m o&ck«
laS* PIBBBB THÉOBALDI , m êêùmiU A la i^ceplioii de aon aem.
\
i3ie PllîRRE DE GRUMENIL, n en présence de son
fsètxe , / \ onde , {irfltre.
313* GUlDOLACHAB8ANADB9^f J en présence de ion
219c DURAND HARNERY, \ / Id.
PIERRE DE MADIC, J \ Id,
X
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%22 APPENDICE.
Les i39«, 174*, 98e, i3i«», 2i4«, ai6»
réceptions fiûtet pir éeê ondes 4b noutciMs
nomment pas.
FRÈRES.
ont assisté 4 des
Chevalim qu'ils ne
7t HUGUES DB BUBI8,
i4« UUMRËEr DU PUT,
iyG<^ GUiJLLAUMEDUPLESSIS
reçu
en ncsencs de son
frère, prêtre,
en présenc€! <le ses
frère ei oncle,
en présence de non
5i« BARTHELEMY DE TRECIS , a assisté ù la r<îcepiion de Jea»
SE ÂNNOKIA , présent Raoul db Ahkosia., son oncle.
JDsns l'infonnatÂon prise à Cahors, Ratsavs et Piebjib Tsyao
dlclsrcBt^pio l'on d'^njt. « été rcfu en pséience de ses deux aatree
frètes.
piass ET BlirFAzis»
Témoins.
lo» RENAUD DE YASSINUC , a reçu un Chevalier âgé de
soixante-dix ans^ et le lils dn lécipiendaire 4tait Ton dee
témoins.
i8i* RENAUD DE BORT, fut reçu par «on oncle, en pré^nce Je
son père.
Dans rinformation fiùte par Pinquisiteor à Pkris, Dowikique jm
Dijov déclare aToir été icçu*en présence de son pi^e et de son frère.
^MMHMMWMIMl
mÊiimmmimmmmmm/mimmiiMmimiifm
CONTRADICTIONS
que préâeotent entre elles plusieurs dépositions des
lémoiBS entendus à Paria par les Gommiasaweftda
Pape.
Tânoiiia.
y GEOFFROI DE THATAN ,
«dépose avoir reuié d'après
l'ordre du
3" Jeak de St.-BbvcIt» ^
déclare avoir reçu plu-
sieurs Templiers et n'a-
voir jamais exigé qu'ils
13« GILL&TDEBNCRBY
vroit
ifCRBY, dit S
62* Jean le Gambiek , qui dé-
pose n'avoir aasisté qu'à la
réception de l&ur ns Uo-
36" SIMON DB LBCHUN, dé- f laz-
dare avoir renié en pr^
•ence du
{
sis Lagiti y ' qui
n'wm asHfte à a»>
réception*
3ge PIERBEDEBOUCHEURS,
dit avoir reué, etc* , en pré-
seuce du
Sj* GiriLiiAiniB SB Lafiacb ,
qui dépose n'avoir assisté
q^ii'à une seule réception ,
celle de MiCAEJU Mos-
TET.
4l» RAOUL DE GISI , prétend
avoir fait la réception iili~
cite du
Et celle de ToasAVGâ eu pré-
dtt
6»« IXAV £8 CrAXBlSE^qui dé-
pote avoir été reçu par Ro-
bert DE Beau VAIS.
192^ Par-ISIUS de Bu&is, qui dé-
pose n'avoir assiite à au-
cune réception*
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234
APPENDICE.
49«PHIIJPEAGATH£, dépose r iSl^ OLiLLACM£BosS£I.,qui dtT-'
avoir reçu àtmUêmlmw J claie <pie Fbiufpb Aga--
licUet le J the le rc^ut et exigea de
^ loi k icniemc&t, etc.
66«fiOBERTBHIOYS,ait ravoir
renié , etc. , en présence du
^O^ReYNII a DELARCHANT,qui
ne jparie pa» de cette i é-
ceptioB, et ifi^dare tt'en
avoir vu qu» dana la £nme-
licite.
690 HUGUES D'OTSEMONT/r 6&> Albijh se Likiers , qui
parle de sa réception d;u»s I d^pcsp n'nvnir asuLstc qu'à
la forme illicite , et cite | la V('< çpiiondeBoBS&TDB
comme pi'éseut le \ hj^iavAi»,
76» ROBERT VIGIER, a vu
seceroir dana la fome
licite, par Hi|UB»tBi.AX-
ia5« Jeak Sarra^ih , qui pré-
tend avoir été reçu par
BlAintB dfus la forme il^
licite , nomme les léraouis
présens à sa récejption , et
ne parle paa de Yictsa.
Qi« THOMAS QUrNTINjdit f 49" Phiuppe Agathe, qui pr^-
avoirété recudantlafor- < tend n'avoir jamai* &it
me illicite par le l renier , etc.
96» JEAN DE GÏSI , dc'pose
avoir assisté à deux récep-
tions illicites, et nomme
comme autre témoin le
1
56« Robert le BRioys,qui dit
n'avoir jamais a&tisté àdea
réceptions.
jN'lCOLAS DE TROYES ,
déclare avoir TU reccToir
jsA» DE PkuiK en pré-
senoe de
8i« CntiriBvnBBicEv, lequel
•outient n'avoir aaiifté à
aucune réception.
io5« JEAN DETOURNON, dit
avoir vu recevoir sans re-
nier, etc.^ le
44* ArAM D-F VAT.TrCCT'RT, nui
assure avoir cle leçu pw
P1EB.ILE NORMAMT,eta-
voir
etc.
(l) Ce ÇhevftUer a toujonrf toaleiiu n*aToir fait qiia d«i téecf tiaes Ikitat.
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APPENDICE.
â25
aiia HUGUES LA HUGONIB,
déclare avoir ëlë reçu par
l.MRFRT dt; Comborix , et
uoimuc comme témoms
kl
Et
107' Ansm Qùuouis ,
dépose que Hugues la i
coNiE fut reçu par Geof^
FiiOI JD£ GoiiAVIlJ.2,
io8« Bme&i db Pam, qui dii^
i^ceptlbn.
ii5« RAOUL DE TAVERNI ,
dépose ayoîi* aatUléà h ré»
' ception de Raoul de Fre-
MF.couRT par le Grand-
Maitre , dans, le chapitre /
général à Paris , en pré- \
fcnce de deux ceau Uhe-»
iraliers, et que la réception
fut dans la forme illicite;
U ttomme comme préseos
43« Imbeiît de Saint- Jork,
qui cite <leuv lëcepîiotis
^ites dans la forme licite
per Hugues se P^raudo ,
en présence de deux cents
Chevaliers; c'étaient cel-
les de Renaud de Cl-
GM1ÉR£§ et de X^lERRE DB
BOBLI.
Raoul bb Gui , qui n'en
parle pas.
Jean de Tournon, qui n*en
parle pas , et qui d'ailleurs
dépose n'sToir assisté qu'à
des réceptions dans la ib]>«
me licite.
y2« Guillaume d'Arbla Y , qui
déclare u'avoii- assisté à
\ aucune réception.
4i»
119, RAIMONDDESANTONI,
dit avoir renié, etc., eu
présence des
GuiiLAUMB HE Laplace ,
qui dépose n'avoir assisté
qu'à une l eception lirîte,
Jacques de Corme illes ,
qui affirme n'avoir assi&té
' ou'à deux réceptions fiûtes
daift la £»nne ucite«
122« FIERRE DB LANI, dit r iSi^ Robert m Raiiteval , qui
renié , etC« I en pré- V de'cl u o que la réception.
\ de PiERRr jjT Lani a été
^ faite dans la ioime licite*
avoir
sence du
iSli GUILLAUME BONCEL- Ç 4gc Philippe AcATHE,qui avoue
Li , dépose avoir été forcé I avoir reçu GyiLLAUMS
de renier^ etc. , par le
BoNCELLi , mais dans la
forme licite.
>5
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926
APPENPIGB.
i5y JBAK DE .HBAÏil .
aToir reniéy etc.» en
•ence du
145»= BERTRAND DE SOM-
MORENS, prétend qu'il
a ct^ reçu depnis dix ans ,
avec deux autres Clieva->
liers , par François Mi-
chel, et que toua les trois
omk realë^etc; que Fim
des deux dievaliers éuU
1^43* PHILIPPE MANTVT , dît
aroir as6lsté à une vécep^
lion fidte dans la forme
iSicile^ en présence du
l4g* MARTIN DE MARSEIL-
LE, dit avoir assiste à la
rcrcpiion de Pierr e Bol-
CHEiL. oii assistaient aussi
las
l57« JEAN DURAND , après
^ avoir déposé d^^^rd qu'il
fttf Mçdt danS'V Ittrnie lï-
<atc , retourne , quelque
temps après , devant la
cpimnii^iou uajpale , et
'didlic dans
lAlbjTikfaiDidltej jtjnftf infir^f
tOÊKmotiauànU
l5ie RoDERT DP. Raixbval, qu^
ne parle pas de cette ré-
ception, et dédaven'aToir
assisté qu'à dearéoeptiona
i lûtes danala foime ficite.
128« Jean de Novion , qui ne
paile pas de cette tiiplc
réception, et déclare avoir
lui-même été reçu , depoii
vingt-huitattijjparPjwuŒ
No&MAsn.
55c Thomas DE Erttal, qui dit
avoir assisté à deux récep-
tions dans laforme illicite,
et ne nomme point celle
de Pmusvb Mamii.
5;^ GuiUJkmn BB LAn<ACB;
69* Hugues d'Ovsfmont : l'un
et Tautrc n'ontassiste'qu'à
une seule réception , di-
sent-îla, et ce n'dtait pas
celle de FibulbBovchb&.
5» Jeax de ST.-BEîfoh',Tqof
déclare n'avoir assisté qu'à
des rétepào^ê'^uU»-
me licite. .
iÇa» ANDRÉ DE MONTLO-
DAT, dit avoir vu lere-
Toir dans la forme illicite
G. HB 8;r.-BBVolT| par le
S» Jsak de St. -Benoît, qui
dit n'avoir iamaia ^t
nier, etc.
iSg* FxfiutB ne 8(r.-B(11fii^r,qiii
affirme n'avoir assisté qu'à
des réceptions £ûtea dsBi
la tocme licite.
APPE£fDIG£L
l6«P ODO DE BUmS, cite corn- f lii. «iMOir « BAowt, «,î «|
me témoin d'une léce^ < n'aToirat * ' *
lion le l cepiion.
170e BERNABDDE VILLABS, /- io6«
dit avoir assistu à la r('r('|>^
lion que riEaaE de ÛLa.-
sic at, dftua la fotme iD».
cite , du
Et afCrme avoir lui-même \ 2i4«
Clë reçu daii« la forme illi-
cite par Gérard d£ i>ANx
SBT j cependant k
Gérard de B<)k^^>Ab£il-
LE, qui d^'claré avoir ete
reçu fAT Fa^nçoiê as
Bo&T.
Bosc DE Mactauba, aoi^
tient avoir vu recevoir
dans la forme licite Beh.-
VAED Z>E VlJULARs, par
JSAS I4A CBAAaABB.
f '^7- ÊTIEf^E GÙR50LA3 , qui
BTKDBy dit ayoïr lenié, I déclaie n'avoir aMîfttf à
etc. g en pr^enoe du |^
ancune réception.
xyS» OinUiAUMB TEXTO-
dit avoir été
dans L iV-rrae illicite
, iHBr iiT Bi,AtfX£
seuce du
rEXTO- ✓
e'té reçu 1 2it)e DnuJTi
licite par / cited';
^ en jpé- I non oc
JhmàMB Charnevi, qui
d'autres réception* «t
oeIl»-Jà.
Imbert BLANKr , ..ritHe en Angleterre , a toujours iootenii n'avoir
iait que des réceptious dana la forme licite*
BArniELEMI BAHTHO- r 124. Guillaumb s. L«4oe , qui
LU 1 1 , dit avoir ienie,etc > déclare n'avoir jamaia tu
\ rien d'illicite dani *l^^*^^f**>
Q ré<«ption.
«a pr(i«eace du
«>7« PIERRE GERARDI DE
MUR8AC j dépose qu'il
fut reçu dans la forme iUi*
cite, csn prfeen ce du
ai7» GtniiLAXJMB AVRIL, dit
avoir été reçu dana la for-
ma iUicite.par lo
lo6« Élie Costa tt, qui déclare
avoii' afifiisté à la réception,
mais qu'elle fut daus la
fomwlictie.
viDO Daufhi2( , qui pré-
tend n'avoir reçu ni vu
recevoir des Cbevaliert
^ut dans la fonne licite.
82$ APPENDICE.
ai8«FIERBBM0BIN, ^ JdL
LT Blankk , qui , arrête et
»f PIERRE DE BONNNE- I interrogé en Angletrrre ,
FONT, dit ayoir été reçu < a constammeot souteuu
dm» la fiime ittidlt pr 1 n'«Toir fiitt des rëceptUni»
\ fue dans Ufoima Lcîu.
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EXAMEN
|>& DIY£fiS£S PAOCSDURBS FAITES DAHS^ TOUTE I<A
CEBÉTIENTÉ OOHTBfi LB8 TEHfLIBB»» '
CHAPITRE PRËMIËa
FRANGE.
§ I."
INT£R&OGATOIKE
â
die cent trenlc-Iiuit (i) TeinpUers détenus au Xempk à Paris.
liBsTempliersaTaientétéarràtés', le 1 5 octobre iSoj ,
à Paris et dans le lesie de la France.
Dès le 19 I Tinqui&iieur Guillaume Imbert ^ Frère-
Prêcheur , chapekin du pape ^ conleMeur du roi , in-
terrogea les Chevaliers détenus à Paris, dans leur propre
palais y qui était devenu leur prison ; et quoique daus la
rédaction de chaque déposition ^ l'inquisiteur déclare
(i) C'est par erreur ^e Dupuy en a compté cent quarante.
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i5ô APPENDICE.
que le. témoin parle sans contrainte , oa trouve des
preuves nombreuies et inctoUtettaUéa que les tortures
avaient été employées* Les înstructîons , données par
rinqui&iteur à se& délégués ^ portent Tinjonctionde tor-
turer ^ jusqu% œ qu'ib obtitun^nt les a v^us requis , et
3 est prouvé qu'à Paris, trente- six Chevaliers péri-
rent dans ces épreuves cruelles.
' Dès qu'il fut permis d'espérer quelque î^stice^
quatré-YÎA|^t^Uti , iratngeant parmi les défenseurs
de rOrdre , démeaureai ainsi les aveux airachés
par la violence. Il est k remarquer qu'après la ter-
rible catastrophe du ii Unat , tes oiBciers du roi ne-
trouvèrent, pour déposer devant la conunission pa-
pale 9 que vingt-cinq témoins^ panni les cent trente^
huit interrogés au Temple^
Et encore, en se donnant la peine d'examiner les
doubles dépositions de ces vîngt-dnq témoins ^ &ites
devant PinqiiiiiienretdiBvaitt tes «Dommfassfrttsdn pape,
soit en comparant l'une à 1 autre , soit en les comparant
à celles des témoins entendus par la commission y on
trouve des contradictions, des invraisemblances , qui
èenles sufifiraîent pour faire rejeter ces dépositions y si
l'on n'avait déjà la certitude morale que toutes ne sont
què le résultat des menaces ^ de la violence ou de ht
séduction.
Voici quelques exemples de ces contradictions :
Jean de Tou&non dépose , dans k première
ii^rmation, que le Chevalier qui' frisait sa récep-*
tion^ le conduisit derrière l'autel et lui ordonna de
1
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APPENDICE. sSi
renier , etc. D ictus recipiens dtixii eum rétro altare
et 09tendU aibi crucem quamdam» ei postea ^
de mandate dieti rêcipientisy abnegaidi Jeeum*
Chrisium , etc»
Dans la seconde ^ 3 dit que Guillaume Fabri le con-
duisit dans une chnmbre, et exigea de lui (ju'il reniât.
GuiUelmus Fabri duxit ipsum tesum ad quamdam
cameram.*»*» precepU ei quod abnegaret deum*,*** et
ahnegcwit deum, ^ *
Voilà trois sortes de oontradictiona , ijuant aux
personnes qui fent renier , 2^ quant au lieu ouïe réci*
piendâtre renie , 3^ quant à l'objet renié : dans la pre-
mière déposition^ c'est le Cbrist^ dans la seconde ^ c'est
Dieu.
Dans la première déposition^ il dit qu'il a reçu beau*
coup de Frères^ et de la même manière que lui-même
avait été reçu.
Dans la seconde ^ il dit n'avcàr fait que des récep-
tions liâtes*
Régnier Larchai^t y dans la première dé posi-
tion y déclare avoir vu douze fius la lète de Pidoie ^ et
il la décrit ; dans la seconde 9 il ne parle plus de l'idole*
ËXifiNliB Do&MONT, dans sa première déposition j
dit mit vu Garin de Grand-* Villars , recevoir illidte-
ment Robert son neveu j dans la secuiide ^ il déclare
n'avoir vu recevoir personne.
Dominique DE Dijon , devant rinquibitcur, dé-
clare avoii* été reçu en présence de sou père et de son
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a39 APPENDICE.
frère; dmmlesooiiiiiiissairesdupape^ilaoïiim foii&
autres témoins.
Gilles de Ghevreuse , dans la première déposi-
tion y dit qu'il a vu recevoir uu Frère; et dans k se-
conde 9 il dédare n'avoir assisté li aucune réception*
Guillaume de GiaG| reçu à Marseille, airume ,
dans la première^ avoir renié dans le lieu même où il
fut reçu ; et, dans la secondej il dit avoir été conduit
dans une tliambre où il renia.
Guillaume d'A&teblay^ amnAnier du roi, dé-
pose , au Temple , que Jean de Toumou qui le reçut
l'obligea à renier le Christ et a cracher sur la croix ,
attendu que les statuts de l'ordre l'exigeaient.
Devant les commissaires du pape , il dit que Jean
de Toui non , après avoir fait la rcception licite , se re-
tira , et lui enjoignit de faire ce qu'exigeraient de lui
Pierre de Cormeilles et Robert Picardie et que ceux-ci
l'obligèrent à renier le Ciiriat cL à cracher sur la croix^
en l'absence de Jean de Toumon»
Au sujet de Pidole, sa première déposition porte
que , dans deux chapitres à Pans , il a vu Hugues
de Péraudo l'adorer , et que lui-même a feiat de l'a-
dorer. Cette tète , ajoute-t*il , est de bois argenté et
doré ; elle a une barbe ou une espèce de barbe.
Dans la seconde déposition , il dit : « Aux cha-
« pitres généraux où j^ai assisté k Paris , j'ai vu fré-
^ quemment sur Pautel une tète d'argent qu'adoraient
(( les cheis qui tenaient le chapitre. On assurait que
4( c'éuit la tète de l'une des onze miUe Vierges , et ^e
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APPENDICE. ^55
(c le wpiBf avant notre arrestation. -Mais à présent
« que j'ai entenda parler dHdoles et de tètes , je soup«-
i( çonne que c'était une tfète d'idole , parce qu'il me
a semble qu'eUe avait deux faces y qu'elle .était uFuik
<c aspect terrible et qu'elle avait une barbe d'argent. »
On lui demande si^dans les jours de solennité, cette
tète était montrée au peuple. U répond quHl croit
plutôt qu'on la montrait avec les autres rdiques , qu'3
ne croît le contra ii e.
De teUes contradictions peuvent-elles laisser quet
que doute sur la fiiusseté des dépositions?
INFORMATIONS
^fiutei dam les pi-ovioceâ par les la^bileuri» ou les £vé(£ue&.
§11.
DIOCÈSE DE ÎÎÏME&
On trouve à la suite de V Histoire de Nîmes , par
Ménard, diverses procédures contre les Templiers y
arrêtés dans cette ville ou dans ses euviroos.
Ils fuijent interrogés au commencement de ^Bovem*
bre i5o7 ^ à Pinstant où on les eut rassemblés dans ime
même prison. Quarante-KÔnq déposèrent et non seu«*
lement firent les mêmes aveux, mais ils les firent avec
cette uniformité d^expressions , qui montre , à la fois^
dans l'accusé^ peu d'intérêt à donner des détails qui
excusent les délits dont il fait Paveu ^ et dans Pinqui^
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I
dS4 APPENDICE.
émUf cène pmnpie ist sévère expéiâàaa ^pi se
«entente-dMileiAr «n ^os les aveux extgiés*
Ces qu«>ante«cinq témoins peuvent être divisés en
deux daMes ; l\iiie dépose mot à mot ^ confemémeiit
«nXtftieles mvfsyès^e la pfirt da rov, pour diriger les
feterrogatoires 5 l'autre , qui est la moins nombreuse ^
pffle de le tète, adorée dans le chapitre de Montpellîer*
Peu de jours après , les inquisiteurs ont soin de leur
£iire confirmer deux fois ces déclara lions.
Aa moment même où les Chevaliers , déFensenrs de
POrdre , périssent à Paris si cruellement et si glorieu-
sement I pour avoir rétracté leiurs aveux ^ on voit ceux
de Nimes pénétrés de ce grand exemple, Fimiter avec-
courage , et révoquer leurs précédentes déclarations ,
sans se dissimuler le grand danger auquel ils s'ex-
posent.
n parait que ce courage ne leur fut pas alors im-
puté a crime $ ce <|ui permet de croire que l'on
n^approuvait pas , dans l'intérieur de la France , les
exécutions sanglantes, qtd avaient lieu dans la capitale
et dans ses environs.
Ce ne intcpe quinze mois après, et lorsque le con^
die de vienne allait s'assembler, que Von s^occupa en-
core des Templiers de Nimes; une ordonnance de la fm
du mois d'août i S 1 1 , prononça qu'ils seraient mis à la
torture , pour arracher d'eux la vérité,
La torture produisit-son ellet ordinaire ^ la plupart
de cenx qui avaient rétracté leurs aveux , les renott^
vclèrcnt.
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APPËNDIGfir sS5
Après le onneîk dit Vîeftne ^ Pévèqiiè de Nlmei
tcrit ( le 5 des îde» de novembre) d^ahsondre les Tem-
pliers qui ont lait des aveux ^ et de ies admettre aux
Mtoemeas de l'Éf^ié.
Vingt - deux sont réconciliés , et acceptent leur
grâce ; paraii eux y il s^en trouvait un qui ^ admis dans
l'CMie ) peu de teiii|is âvaoi Parrosutioii ^ mérite en*'
èere moins de croyance que les autres , qoand il parle
de réception illicite à une époque où les chefs de l'Qr-^
dye avaient offisrt àu pape de se disculper.
Parmi ceux qat obUMwt leur grâce 9 parce qu'ils
retouïnaient à leurs premiers aveux ^ on remarque
|miripalemesit ceux qui cKsaîent avoir été présens au
chapitre de Montpellier qUand le dîabk s'y était
rnontré sous la figure d'un chat y promettauL aux
Frères les biens temporels ^ et qui affirmaient y avoir
n des démons sous la figure de &mmes.
Dans leur première déposition, les mornes témoins
n'avaipit parlé ni de ckat^ ni de tétes^ etc. £t tous ces
«veux aussi singuliers que ridicules ^ tuiviretil nmné*
diaiciiicuL rordounauce qui portait de les torturer pour
arrackk^ la vérité ! (i)
§111.
BAILLIAGE DE TKOYËS.
Deux Templiers furent interrc^és par le prieur des
Frères-Prêcheurs, délégué par l'inquisiteur Guillaume
(i) Torquendôs ewe pro eruendâ veriule.
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936
de Paris ; ils d^iosèrent , et on rédigea les dent dépo**
«dons par un seni acte : on lenr avait accordé un délai
pour délibérer comme s'il en fallait pour répondre
eonfonnémeni à la vérité* Après k délai ^ ils firent lea
«venx exigés.
Uun d'eux y NiCOLAS D£ Ser&A j n'avait été reçu
dans l'Ordre qne àeax mois avant Farrestation : dr>
consumée suffisante pour démontrer la &usseté de cet
aveu.
Aussi Nicdas de Serra se )oigntt-il bientôt avx Che-
valiers qui prirent la défense de l'Ordre.
Le délégué de riaquijâieur a grand soin de dédarep
qu'en fiiisant lenrs réponses ^ ces Templiers pleuraient
et demandaient pardon k genoux.
Un chevalier du roi leur fait répéter leurs dépo^
sitions*
Dans Pun et l'autre acte » il est dit <{n*3 fimt ces
aveux librement et sans contrainte.
Une troisième déposition ^ oeUe de Raoïd de Gisi y
est dans les mêmes termes que les précédentes ; à cha«
gue demande , il répond oui , ^uod sic.
Me sera-tron pas surpris que les deux précédeas té-
moins , ayant affirmé dans leur déposition avoir été
reçus par liaotd de Gîsi ^lesim^uiditeui b n'aient point
interrogés Raoul de Gisi sur ce point ? Cette indiffé*
rence ne démontre-t-elle pas qu'ils avaient un proto*
cole commun y une série de questions , auxquelles ils
exigeaient seulement une réponse affirmative?
(i) Sul> primà audieacia M diUUont stbi daiâ et conceisâ.
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APPENDICE. 23;
n existe , de la part de Raoui< db Gisi | trois
dépositions ^ celle dont je viens de parler , une
autre devant Pinquisi leur Guillaume de Paris, dans
le -Temple 9 laquelle est très -différente de la -précé-
dente y puisqu'il' s'exprime en ces tenties : « Pai vu )a
«tète dans sept chapicres différens; elle ressemble
<i à la figure d'un certain démon y d'un Màuffe*^ et
« toutes les fois que je jetais les yeux sur cette lète ^
M, un tel effroi s'emparait de moi, qu'à peine pou-
« vais -je la regarder } cette tète était adorée dans
« les chapitres. »
Dans ceiLe seconde déposition , il avoue avoir fait
. des réceptions illicités j il en raconte les circonstances^
qui ne s*acG0rdent point avec les détails fournis par les
témoins qui dédaietiL avoir été itiçus par lui.
Dans lu troisième déposition, devant les commis-
saires du pape 9 il se trouve encore des différences
très-remarquables. Entre autres , il ne parle que de
deux chapitres où il ait vu la tète. 11 dit que dans
Fun^ il fiit si eSBrayé , que s'étant incliné , il sortit sans
attendre l'absolution , et qu'il ne peut donner des dé-
tails sur cette tète. Il ajoute euiia qu'il l'aperçut en-
core dans un autre chapitre > mais qu'il sortit* aussitôt
qu'elle fut apportée ; « elle était , dit^il , dans un ssc :
((je ne me ressouviens pas si elle ressemblait à la tête
<t d'un homme j si elle était de métal onde hois^ ou
4C si c^était un crâne humain*
U ne iait cette troisième déposition qu'après
HYoir comparu au concile de* âeos^ y avoir per«*
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838 APPENDICE.
&isié dans £tes 9vewc> et ayoif d^po^é le mazueau de
Il cite diverses réceptions ^'il a faites ; mais conime
picolas Serra persistait à défendre l'Ordre, il se garde
bien de parler de eell» de œ Templier : cependant elle
A^élait antérieure à Farrestatiea que de deux mois»
S IV.
BAILLIAGE DE CHAUMONT,
Deux Templiers allemands venaient de P^risetie-
tournaient chez eux 9 lorsqu'ils furènt arrêtés en pas*
sant par le bailliage de Chaumont, vers la ûa d'ooioJttre
2507. L'inquisiteur des diocèses de Toul^ Aietz et
Verdun y les interrogea : Fun éuit prêtre , Fautrç
frère servant 5 ils déposèrent en laveur de Tpfdrc.
L'inquisiteur dédare à l'yard du 'frète servant,
ne Tavait pas voulu souineUre k la Loit^ie^ c^ue^du
qu'il éuit uès-maiade* (i)
L'auteur de YSfUiairw critique eê apologétique des
Tenipii^rsïitiymicounu cette pièceqne parrimiiccttion
équîvoqué qu'en avait donnée Diipuy y a cm pemoi^
en induire que Templiers n'avaient pasiété pour»*
suivis ^ CQodamués et brûles en Lorraine y quoique
«
(1) Ipsum nutem expoDcre tortneotis aoluîflDMW rationc aegritudi-'
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APPENDICE. ^
Kfi fait sqU attesté par des éorivaîiis Goatdmpotiiiiis «i
locaux.
§ V.
PONT-DE-L'ARCHE.
Sept témoîns font des aveux uniformes^ en sexap^
portaui les uns atu dépositioQs 4es aatm.
I^eur interrogatoire est du 38 octobre iSo;, -
§ VI.
Treize témoins sont entendus à C^eii , parmi les^
quels reparaissent ies sept du Pont-de-PArche 5 tous
font des a!?eox aeiidblal>les.
L'acte de leur interrogatoire porte qu'il» oui fait les
«veux, après avoir entendu l'avis des Frères-PrêcheiirSy
délégués parGuiltaume de Paris, lesquels^ dë tout leur
pouvoir, exhortaient sépaiémeut cliacun de ces Teni*
pliers à dire la vérité. (l)
Les dépositions se terminent par ces mots : « Ils oni
imploré la misérîcoi ele de Péglise ; ils ont demandé
a avec insunce et en pleurant, d'être exempts des
« pétoes de leurs corps et de leurs tneihbres ; et les
(i) Au4îtoqii« conolio Fi»tm-PMl4itiirvii » q<lîf qii«i|lHiii
ulwntur*
34o APPENDICE.
<( dcltgués de l'înquîsîteur , et les commissaires du roi
a le leur promeiu lU. n (ij
Il existe tme troisième pièce | relative à Pinterroga-
toii e dc6 mêmes treize Templiers j elle est très-impor-
tante ^ et seule cili^ suillrait à expliquer par quels
moyens les agem de l'Iiiquisition et de la Cour parve*
mieiii ii extorquer les aveux.
11 paraît que ces treize Templiers , en doux pré-
cédena* interrogatoires , avaient persisté à nier les &îts
impuica à rOidre. Cette pièce le déclare expressé-
ment*
Cependant les deux procès -verbaux précédens
certifient qu'ils ont fait des aveux, ce qui permet-
trait de croire j ou que ces actes ont relaie des faits
contraires à la vérité , ou que y lorsque les Tem-
pliers refiisaient de iîdre les aveux ^ on ne , dressait
point de procès-verbal.
Quoi qu'il en soit ^ voici un extrait de cette pièce :
« Les quiex avaient juré par deux fois- et esté exa-
<( minez diligemment sur les articles desus diz et sia-
« gulièrement, x^s Qyisx a&ticijss bux avaient
a mt A FiiEiN.
(( Kequi demandez et exiaminez chascun pour soi
« derrechiei surlesdiz articles coguurentetconfèssereat
<c les erreurs contenues es diz articles Se requérant
(i) Petendo mi.«cncor<li.Tm eccîefii.e et relaxationem pœiiaium
corporalium et nu mbroruïïi cum instatitià ac ctiam implorando , qiuc
Fra(res-Pi;eilicatore« et milite» «nU disti nomiae ^uo •upi'S eiadm
eoncetserunu
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APPENDICE. a4i
te à nous sous-prieur , recteur la nnsërîcorde de
« sainte é^ise et à nous le«ditz Huges et £ngiiemià
« de p^ne temporel,
<( Les quiex choses leur furent otriees. »
Si de idU déuik ne portaient pas avec eux-mêmea
leur commentaire y f observerais que deux de ces té-
moins y Gantier de Bullens et Mathieu Renaud ^
iurent condaoïnéâ par le concile de Sens , pour aycir
ré vo<{iié les aveux <pi'ils n'avaieot fidts à Caen^ qu'après
les avoir reiusés deux fois.
§ VIL
4
CAEGASSOKNE.
♦
' Six Templiers furent interrogés à Garcassoiine y au
commenceuieui lie novembre iSo^.
Outre les aveux ordinaires relatîft aux réceptions il-
licites, leurs dépositions offrent des détails particaliers*
Le premier, j£AN Cassanuas y parle d'une idule
de cuivre jaune , ayant la figure d'homme et couverte
d'une espèce de dalmâtique | TOILA , dit-on au réci-
piendaire , UN AMI DE Dieu ^ qui coNV£&⣠ay£;c
J}mVy QUAND IL VEUT,
Le témoin déclare qu'on Padora par trois &is f et
qu^à chaque fois on reniait le crucifix.
11 croit que cette idole s'appelait Démon.
Le second, Gaucbra»d de Mont-Pezat, parle
aufiâi d^ua« Uoict; ^ a^ani la forme barbue d'uu
i6
24a APPENDICE.
liomme, qu'on lui assura être faite en figure Baffomé-
TlQUE ; on lui déclara, aj ou te-t-il, que c^ctait par celte
idole qu'il pouvait être sauvé et non autrement.
Le troisième, Raymond Rubei, dépose qu'où lui
montra un Lois, où était dépe nte la figuœ Baffo-
MÉTIQUE et qu'il Tadora en disant Yalla, mot des
Sarrazius.
Le quatrième, Guillaume Bos, dit avoir adoré une
figure en bois, observant qu'il ne put pas discerner
ce que représentait ce bois, mais qu'il lui sembla être
de couleur blanche et noire.
Le cinquième, ARNAUD Sabatier, déclare qu'on
lui présenta , et qu'il adora un bois qui avait la figure
d'un homme.
Le sixième , PlERRE DE Mossi , dit la même chose.
Les deux premiers assurent que l'idole était tirée
de qUODAM COFINO , DE CAXIA.
11 est à remarquer que ces lémoius ont été reçus eu
divers temps et eu divers lieux. )' ,
Depuis rlii-Luit ans ... [ A Toulouse. .
De Dans une cran
cpuis sept ans s ti w
, i rerosiis, appcifc
ge de la maison de
Lebresines.
n . « i^diia la maison de Fcmico, diocèse
S Dans la mais
lis dix ans ^
f de INarbonue.
r
Depuis vingt ans . . . . <
^ A Mas-Ucu , en Roussillon.
En Provence.
Yoilk donc des réceptions où l'on suppose des idoles,
Googl
APPENDICK 24s
en diflerens temps et en dîfférens Keux , en Langue-
doc . en Roussillou et en Provence !
Que sont devenues oes idoles de différentes formes , •
de métal ou de bois, en fonte, en sculpture et en pein-
ture ? Pourquoi n^eu a-t-on trouvé aucune ^ lorsque
les Templiers ont été arrêtés 7
C'est qii^elles n'ont jamais existé.
.Je reviendrai sur cet article ^ parce qu'il a servi de
texte à un auteur étranger qui^ admettant l'exis-*
tence des figures , a essayé d^expUquer ce que c'était
que cette ligure BaffomÉTIQUE.
Mais les déposhions de ces témoins portent avec
eUes-mèmes Femprernte du mensonge , qu'ont exigé
la violence ou la t€;rreur ; ou n'aurait pas pris la peine
de bâtir on système là-niessus y si l'on avait été instruit
que le premier de ces témoins , Jean Cassanbas , et le
sixième , Pierre de Mossi , se présentant parmi ceux
qui déclaraient vouloir défendre l'Ordre, firent par
eette démarcbe la rétractation la pliis formelle de
leurs précédens aveux ; et que Jean Cassanbas fut
ensuite brûlé à Carcassoutte , pottr avoir révoqué la
première déposition, et parce qu'il persista, jusqu'à la
mort, dans cette rétractation: que le second témoin ^
Oaucerand de Mont-Pezat , après son premier in*
lerrogatoirc , avah été présenté au pape , mais qu'il
révoqua ensuite à Paris expressément et littéralement
les aveux faits devant le pape.
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244 .APPENDICE.
§ VIII,
4
INFORMATION DU BIGORRE:
Six accu&é$ sont interrogés : deux font les dcclara—
dons exigées^ trois y ajouieot que lors de leurs récep-
tions , ils foulèrent la croix sons les- pieds.
Dans une seconde information ^ ils répètent les
mêmes aveux.
Qnatre de ces témoins^ Guillauvb db Nosr^
Bertraîvd di: iMo>. ii'i:LLiER, Armand G cillermi
et DaAGO DE CoETADA. se présentèrent coomie dé-
fenseurs de l'Ordre 9 et, réToquèreut ainsi kurs pre-
lulèi câ dépoâitions.
§ IX
CÂHOKS. •
f
Le a jauvicr iSoy (ou i5u3. )
Sept Templiers sont interrogés à Galiors^ ils font
les aveux ordînairea. :
Étienne Gaucelin, Kun d^eux^ fixe^ àplus
de cinquante ans , 1 ^époque de sa réception.
Raykond et jPiEB.RS Tbyac, déclarent que
Tun d'eux a été reçu eu présence, de ses deiox autres-
frères*
Devant les commissaires du pape^ Pierre de Teyac
rétracta expressément ses aveux , et déclara vouloir
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APPENDICE. 245
défeudre l'Ordre, en assurant <}ue ces aveux n'avaient
. été arracliés que par la torture*
Guillaume Arnaud fit la même déclaration : elle
kii valut de périr avec les autres martyrs de la vérité.
§x.
INTERROGATOIRE
■
Pour convaincre Clément Y de la vér ité des crimes
imputés à TOrdre, et engager ce pontife à prendre des
mesures rigoureuses, on ferma le dessein de fiiire com*
paraître devant lui plusieurs Templiers; on sut choisir
dans le nombre de ceux qui avaient déserté TOrdre^
les hommes c[u'on croyait les plus déicidés à persister
Jaus leurs aveux.
Le pape lui-même annonça qu'il en comparut
sotxante^ouze •
Les pièces qui sont parvenues jusqu^à nous permet-
traient de réduire de beaucoup ce nombre ; mais il est
vraisemblable que toutes les pièces n'ont pas été res-^
pectées par le temps.
Ces dépositions offrent peu de circonstances remar-
quables ; elles se bornent presque toutes à Paveu d'a-
voir renié et craclié sur la croix : quelques accuses
seulement parlent des idoles ou de l'autorisation rela<-
tive au dérèglement des mœurs*
1
346 APPENDICE.
Plusieurs déclarent avoir été torturés.
Sur la dcDiande faite à Pierre de Rroel, s'il a
été appliqué à k question , ii répond qa^il fncdéponiUé
et mis un peu à la question; mais qiril nV q dit ni
plus ni moins par la force des tortures y et que ceux
qui le torturèrent éuienC tons ivres. ( i )
Guillaume de Haymes, interrogé s'il a été tor-
turéy répond que nou^ mais qu'il resta en&rmé seul, au
pain et à Peau, pendant un mois, ayant qu'il ne fît
aucun aveu.
GÉRARD DE St«-Martial, reçoidepuis cinquante
ans ^ à Chamborel y diocèse de Limoges , avouant seu-
Jement d'avoir renié et d'avoir craché auprès de la
croix, ajoute qu'il lutdurcmeot torturé^ parce qu'il avait
d'abord bonté de dédarer les fiûts^ quoiqu'ils fussent
viais. (2)
GÉRAUD BÉRAUDX dit qu'il renia , qu'il cracha au-
près de la croix ^ et qu'il s'en con&ssa à un Frère*
PiCihcur, qui ne lui infli^i a aucune pénilence.
DÉODAT Jafet^ reçu à Pedeuat par Pods de Broet,
£dt une déposition très-chargée; reniement ^ crache^
ment, baisers dcshunnùtc s , autorisation de mojiirs
infâmes 9 idole ^ cordon ceint autour de i'idole^ etc^
ctc.^elc*
* (i) Uixiiqnod fuit s])')îi (tus ; cl parum posUiu ia eisdem , sed nec
plut» iicc minuit di3k.it m tornitntnrum et diitil (|uod illi ^ui euiu |>o-
surniiit in tornientift eraut toti ebrii.
(2) In diirU tormentii quarc nolebat confitert ea qax poftt ca
eoufeitttt est , propier verecmidiuiii qiiMBTit scirci ca vera eue*
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t
n parle de Pidole en ces termes : (i)
«J'étais seul^ dan^ une chambre ^ avec le chef qui
« me reçut; il lira dWe caisse une tète ou idole , qui
c( me parut avoir trois fiices, et il me dit : Tu dois
a l'adohé^ comme ton sauveur et celui de
i( L'OftDRB DU TBMFiiB* Alors noDs fléchimcs les
k deux genoux ; je m'écriai ; BÂNT solT CELUI QUI
«( SAUVERA MON AME ; et je l'adorai ».
^Oa lui demanda s'il s'était confisssé de ces impiétés^
il répondit que non , parce qu'il craignait d'être mis
dans une prison perpétuelle.
Interrogé s'il a été torturé ^ il répond que oui , mais
que la torture ne l'a pas forcé de làîre ces nveux ; qu'il
)e$ a fiits^ inspiré par Dieu et par la bienheureuse
\ierge Mane.
Déoclat Jafet se rangea ensuite parmi les défenseurs
.de rOrdre, et rétracta expressément la déposition
qu'il avait faite devant le pape*
Âoo DE Savignao n'avait pas été torturé, mais mis
aux fers et au pain et à IVau , pendant environ quatre
semaines , avant qu'il fit les aveux,
Raymond MA56EL, d'Aix en Provence , parle d'une
tète qui avait trois ikces. Il déclare avoir été tortuié.
Pierre de Clavstro fiiit des iveux. U avait
(i) Idem magister et ipsequiloquitur erant toXï in dictâ cameiâ ^
Spae magister traxit de quadam cassia, quoddam caput nru vdolura
in fitto enint tret finies, nt sibî Tidcbatur , et tonc dixit ei praedictua
magiater : hune debea adoiare tanquam SaWatorem tumn , et Or-
dinii Temj^i ; et tune ambo fflexeruat genua et dixit idem qui lo-
quiiiir : benedictua ait qoi aniraam meAm nlvabît et aum adoravst.
4
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«48 APPENDICE.
quitté l'Ordre : il était allé en Sicile avec Charles
d'Anjoa; et, passant fMir Borne, il s'y étnt confessé;
il avait reçu en outre raLsolution générale y qui fut
donnée par le pape Boniface V liL
GmiLAUMB DE Rbsbs avait aussi qmttéPOrdre; il
ol)tinl,de Pierre (It iMadic,des lettres de congé de l'Ordre.
' Guillaume Malmokx a renié et craché une seule
feis. On lui demande pourquoi nne seule ; il répond :
« Parce que le chef qui me recevait me uaitail avec
u. douceur* »
Raimond Narbokne dépose que le chef qui faisait
sa réception pi itune idole noire et très-hidtuse, ayant la
forme d'une tèle humaine , et que ce chef tira de cette
tète une ceiûlnre qu'il loi donna pour porter sur sa
chemise, (i)
ÉxiEMNE Trobati, reçu à Montpellier, dit : c(Le
«r recevant me montra sur l'autel une idole ayant la
(( forme d'une tète, et une croix où j1 y avait f image
« du Christ, en me disant que je ne devais pas croire
« que Dieu &t mort, parce que cela n'était pas croya«*
« ble, mais que je devais me confier en cette idole,
<( qu'il nie fit adorer, comme on haise les reliques ».
Ce Templier se rangea ensuite parmi les défënsenis
de rOrdre, et rétracta expressément les aveux quil
avait faits devant le pape.
(i) Deindeacoepit dictai preoeploT qoodâum ydolum Talde tiii|ie
tt ni^iDy habem formam cap&tis Imiituii ; et inde aecepU xonam
^amdam q;iuun e&tfaxit dedicto capite , q[uaiii dédit dicio reccplo ut
pOTUrci cam inper camiftiam tuam.
\
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APPENDICE, 949
4
AdÉmVR de SpAROS déclare qu^il a été torturé,
mais que néanmoins en avouant qu'il avait craché au
pied de la croix ^ il n'a dit que la vérité.
J}. a Pourquoi avez -vous craché sur la croix ?
JR. <e A cause de mon grand désir d'aller au secouH
K de la Terre-Sainte : mes chevaux et mon équipage *
« étant prêts ^ j'aurais eu honte de retourner ches
« moi , quand j'avais pris congé de mes amis : je con-
(( sentis donc à faire ce qu'autrement je n'eusse ja-
« mais £iit ))• ^
Devant la commission papale à Paris, Adémar de.
Spaïos réiracta cette dëpositîon et celle qu'il avait
£iite auparavant à Toulouse 9 après avoir été torturé,
Jean de Foltiac déclare avoir renié Dieu; il
voulut quitter l'Ordre , et il protesta devantl'ofiicial de
Paris. « Il est vrai , observe-t-il , que dans ce qui fut
<f éciit par roffK ial, il n'( jxjiriL question dos erreurs
« de l'ordre y mais seulement de ses austérités ^ parce
« que j'aurais vraisemblablement péri y si j'avais dé-
(( noncé les erreurs, (i)»
C'est ce même témoin qui a été cité au sujet de la
lettre que le grand-maitre adressa auxChcvaliers, pour
les inviter à rétracter leurs aveux , c'est le même qui a
parlé du trésor apporté par le grand-maître en France.
SiuoN Chrétien ta Pruiko, reçu depuis deux
(1) Cette circonstance mërite d'être remarquée. Fuûque ceux qitt
voulaient quitter TOrdre prenaient le prétexte de Mi WHétUé», ii
est éTÂdeat qu'il n'avait pa» dégénéré.
I
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dSo APPENDICE.
ans h Soissonsy déclare avoir renié la croix y et s^ètre
confessé à un prêtre de POidre, qui Ini ordonna^ pour
péniieiice 9 de lire le psautier*
11 dife qu'il u^a pas élémis à la «piestioa , xnais éixoi^
tement înc<nrcéré, avant ses aveux.
Jean de Anisi dcciare avoir été torturé , ajoutant
qu'à i'înstaut où il i'ut mis à 1^ question, il avoua touu
Ce même témoin, présenté aux commissaires du pape k
Paris, donna des expl'C(iti9ns qui furent catjse cju on
le renvoya , sans rédiger sa déposition»
Aymerig Cambbl^a^ dit qu'il était malade ^
cliez ses parens, lors de l'arre^talion des Templiers;
mais que Tajant apprise» il se mit en marche vers la'
cour du pape, pour £iire les aveux et pourvoir au salut
de son âme.
Jacques db BniiGBCouRT dépose qu'ayant été reçu
illicîtement, il s'évada ensuite et sortît de POrdre;
qu'il alla avec ses frères k la guerre del^^Iandre^eiqu'il
n'a pas été saisi , comme les autres Templiers.
Iter DeRochebort assure qu'ayant été reçu dans
laforme illicite , il se coafessa au patriarche de Jérusa*
' lem et en obtint des lettres de gràoe ^ qui cependant
n'exprimaient pas le délit. Il prétend que le patriar-
che entendant sa coniéssion, pleura amèrement, (i)
) Et croira-t-on que si le patriarche avait eu ainsi
(i) Habuit liucias al> ipso g^raciales , non expresso aliquo delicto*
Dictiis patriarclia , ,ukî ita conli .ssionP dicli rnililig , flevit amarè.
Voilà encore un témoin qui dcuoncc l'hérrsie de VOrth-p ; et dins
It {Àèce qui l'absout iui-méme, il n'e«t pas question de cqtu héi^ém^ i
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4
APPENDICE. a5i
connaissance d'une hérésie dans TOrdre , il se /ùt
lionié à répandre des larmes stériles ? L^histoife a con~
servé le souvenir des querelles des patriarches et des
Templiers ; et certes , le pontife de Jérusalem n'aurait
pas liésité à rechercher et k punir une hérésie dont
les efiets pouvaient être si dangereux pour lui-même ,
pour la cité sainte et pour la chrétienté. On demande
au témoin s'il a été torturé^ il répond qu'ill'a été plu-
sieurs fois 9 parce que^ quoiqu'il e&t fiut quelques
aveux y on en exigeait davantage. (l)
Pierre db Condem déclare avoir été reçu dans
la ferme illicîte* On voulait le mettre à la torture^
mais à Taspect du siuistre iqstrument , il fit les
aveux. (2) ^
Rayhond StÊPHANI parle en ces termes : «Pai été
« reçu à Lebrosines, auprès de Bésiers^ dans la forme
a illicite. On me montra une tète^ en me disant qu'il
c( fiUait Padorer ; mais je refusai et je ne Padorai point*
C( Cette tète me paraissait, quoique je n'en sois pas
a bien œiriainy blapche , avec une barbe ».
Aves-vous été torturé?
JR. Oui f à Carcassonne 9 et fortement.
i>. Pourquoi ne diaiezovoos pas la vérité?
(1) Interrogatus si fuit tormentatus post captionem suam , dixit
quf id sic , pluiles , quia licet omnîa procdicta coufesfus fuiasetin primo
toi niento, quapi ebantur al> eoalÎA qam omiiia i^onbatyticatdeydolo
et de alii», etc.
(3) YolelMnt eum ponerc ad tcfcmeiita, atà «Catîiiiviiô tomenti»
woaSmuB est.
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aSa APPENDICE.
Parce que je ne m'en souvenais pas; mais je
priai le sL'Qcc:lial de permettre que )C conférasse avec
mes compagnons, et ayant délibéré avec «lu^^ la mé—
inoire me revint (i )
A ces extraits des principales dépositions des icmoiiis
présentés devant le pape, peut-on méc^unaitre qu^ellea
ont été Pouvrage des tortures et de la terreur? Outre
que les détails de la procédure ne laissent aucun doute
à cet égard ^ outre que les ordres du roi et du pape
prouvent que non seulement les inquisiteurs avaient
la faculté d'employer la torture y maïs qu'ils en avaient
l'ordre exprès y il n'e&t pas inutile d'observer que, dans
le temps même , l'opinion publique attribuait aux
seules tortures les aveux que les accusés avaient re-
nouvelés devant le pape..
L'auteur contemporain de la Chronique d'Asti le dit
exprcsséniciit. (2)
Tuas les Templiers qui purent mauiiéster a cet égard,
leur opinion 9 l'énoncèrent franchement* (5)
Aucun de ces témoins, présenté à la commission
papale établie à Paris contre l'Ordre ^ ne put déposer ^
(1) Interro^tiu ti toit UameaMm» ^"dt quoi fui forttter toiv
Uientatus in Carcassona.
Inl( riopatus quarr non Jirrhat vciiiatcm , dixit qiiîa nonrccorda-
l>atur , sed rogavit sonos* allum ut permitterct (|uoii po&sit loquicum
■ociU recorilatus fuit de lis.
(2) Ad qiue paedlcto alîqai ex eo Ordîne cofpenmt trepîdure u
ex TOBMEXTis goiÎau 81TUMO voimncis etrege pnedicto oonfeni «mt.
(5) ha Ânglelene , à Mas-Deu, eu Italie , etc.
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APPENDICE. a55
«dit pour avoir rétracté exprefisémenti soit pour u'a*
voiv paA Toulu répéter -les- mêmes aTeint : les com-
missaires furent réduits au parti prudent de ne pas les
entendre 9 quoique plusieurs eussent déjà prêté le ser*
ment, (t)
C'est pourtant d'aprrs les dépositions de ces témoins^
qne Clément V avait acquis ou ieinl d'acquérir la con-
viction des crimes des Templiers , et qu'il s'était aban^
donné coiitr e eux aux mesures les plus irrégulières et
les plus violentes ! , .
n est permis de dire que le pape ne fit rien de ce
qu'il aurait dû faire, s'âl avait eu Pintention desWu-
rer de la vérité, en imerrogeaut quelques-uns des ac-
cusés,,
Ân lieu de rassurer ces infortunés et de leur rendre
le courage que le malheur et la crainte leur avaient
ravi ; au lieu de leur annoncer qu'ils pouvaient être
véridiques impunément; enfin, au lieu de présenter
l'homme indulgent, le père à des proscrits déjà iuiiinidés
par des épreuves cruelles, il ne leur montra que le
pontife suprême ; il les fit comparaître dans la solen*
nité d'une grande assemhlée, dans un cousistoire pu-
Uic , en présence d'un concours immense de grands ^
d'ecclésiastiques et de peuple. ,
On n^amen^ qijie des accusés qui avaient renouvelé
desaveuxdevantles cardinanx.On était bien sur queie^
înfortunésn^éleveraîent pasla vçix, et qu'ils ne montre*»
i raient p^is, au.çiiiieu de cette asseniblce imposante^
(i) Procès, contra TanjUar.
354 APPENDICE.
un courage qui les avait abandonnés dans Pinlerroga-
toire fait par les seuls cardinaux. Le moyen était
sans doute bon pour trouver des coupables , mais non
pas pour éclairer la conscience du souverain pontife.
Une circonstance importante qu'il suffit de rappeler
ici y c'est que le roi de France était alors dans Poitiers.
• • ■ .
• ■•• : ■ ' ■ § XL
CLERMONT. . , w,.
^ ...... •
L'information faite par Pévêque de Clermont fut
composée de soixante-neuf témoins : quarante firent
les aveux exigés, et >ingl-neuf soutinrent constam-
ment rinnocence et la pureté de l'Ordre. J'ai exposé
précédemment qu'jiprcs les interrogatoires, l'évèque
assembla d'un côté, ceux qui avaient fait les aveux , et
de l'autre, ceux qui les avaient refusés. On n'aura pas
oublié combien la réponse des vrais Chevaliers fut
plus ferme et plus noble que celle de ceux qui aban-
donnaient TOrdre.
Il suffira h présent d'observer que, sur les vîngt-ueuf
qui avaient montré cette courageuse fermeté devant
l'évèque, dix- neuf, à la tète desquels se trouvaient
Bertrand de Sartîges et Guillaume de Chambonnet,
choisis ensuite pour représenter l'Ordre devant les
commissaires du pape, et assister à l'audition des té-
moins, s'offrirent pour la défense de l'Ordre et, ame-
nés k Paris , le défendirent hautement et impunément ,
r
APPËJNiBICË. s55
du mmiiSy ils ae £ireat pas livrés aux flammea ^ parce
que , n'ayant jamais fidt d'aveux «t n'eu ayant point à
rétracter, iU ne purent être condamnés ^ sous le pré-»
texte d'être kérétiqoes^retap^.
. Des quarante -qui âfvaîeht fiit i)es aveux | deux sé
placèrent ensuite parmi les défenseurs de l'Ordre;
Après la cruelle catastrophe du li mai iSio^ la crainta
de la mort les porta à se désister de la défense dè
rOrdre, mais du moins ils ne sei virent pas de témoins^
contre lui^ dans la procédure prise par les êomoiis^
saires du pape* ' ■ ' -
' Quinze des trente-huk restans déposèrent devant
ces commissaires; et| en comparant les détails quë
quelques-uns donnèrent alors ,'aveé èenx qu^ls avaient
dumiés, quand ils avaient déposé devant l'évéque de
dermonty on trouverait encore des contradictions
■assen frappahfés , pour- leur -fiiire refiiser la moindre
croyance k Fégard des faits sur lesi^ueis ils ne se con-
tredisent pas.
Ainsi, quelques^ns «ffirmént devant un tribunal
n'avoir assisté à aucune réception, et ensuite devant
l'antre tribunal, ils indiquent les réceptions auxquelles
^ils ont assisté , el i^îce persâ.
D'autres varient sur les noms des témoins présens à
leur réception I d'autres enfin omettent ou ajoutent
des circonstances trës-essentielleii.
Les exemples suivans suiEront.
Gqioo m CHATENA2IB déclare devant l'évèque de
Qermont n'avoir assisté à aucune réception 4 et^ de*
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356 APPENDICE.
vaut les commissaires du pape, il dit avoii^ assislé à la
réception d'Umbald de la Bobsade.
GuiLLAUUfE Avril dépose à Qennont c|u'il iîti
reçu par Foulques , piccuplcur de Paulliac, et qu'il
n'assi&ta jamaû k aucune léceptiou^ et, devant h$
commissaires du pape , il déclare avoir été reçu par
Pierre de Grisfei , et avoir as&iblé à la réceptiou de
Guillaume Àyuardi.
Hugues Guabneey^ ^près avoir dit à Clermont
quM a\a;t été reçu par Raymoud d'Elbaysso, prétend
à Paris avoir été reçu par Pierre de Dmno«
Jean db Menât déclare à Glermoot avoir vu rece-^
voir Jean Sarrazin et Guillaume Botlon; et à Paii^, il
dit avoir vu reçevoii' Guillaume de Hagneri^ Pierre de
jMontinhaCy et ii^iavoîr pas assisté k dfautres réceptions.
Étiennb Deusglottes y d'après sa déposiiiou
faite à ClermoDt, n'a vu recevoir personne ^ et, dia-
prés sa déposition laite à Paris^il a vu recevoir Étienne
Jaliossâ par Pierre de Madic.
Dire que l'un des témoins, Pierre de Bonnefond,
qui déclare avoir été reçù pr Himbert Blaocke^prétend
Tavoir été d'une manière illicite, c'est démontrer évi-
demaieut qu'il a l'ait une £iusse déposition* £lle avait
été transmise aux évêques anglais y juges d'Himbert
Blancke, qui persista toujours, à en soutenir exprès-
sémeut la lausseté. (i)
■
(i) Super hereticali rcce^ioM «lioruiu ÎB proce6iu CiaraiiiOi(t«nis
jjMMQUUi et per ipsum iacu*
Digitized by Cov.;v.i^
APPENDICE. aG;
§ XIL
MAS-DEU.
Raymond Coste, évéque d'Elne^ commença cette
procédure ^ aii château de Tnilars ^ en iSog.
Vingt-cinq Templîers furent interrogés : tons sou-
tinrent TinDocence de l'Ordre avec cette fermeté et
cette candeur que la vérité seule peut inspirer* Le
livre des statuts fut déposé entre les mains de Pévèque.
Ils déclarèrent qu'ils ne concevaient pas que des Tem-»
pliera eussent fait l'aveu des crimes imputés à FOrdre^
puisque jamais POrdre ni les Chevaliers n'en avaient
été coupables.
Raymond de La Garde ^ Précepteur, observa
qne, selon ces statuts ^ un Chevalier, coupable des
ticrc^lenu lis Jt mœurs qu'on imputait à tous , aurait
perdu l'habit de l'Ordre , et , les iers aux. pieds et
aux mains ^ aurait été jeté dans une prison j pour y
être nourri du pain de la tristesse et abreuvé dç l'eau
de la tribulation^ tout le reste de sa vie. (i)
Bartuélemi de La Tour y prêtre^ s'exprima ainsi :
«Je ne crois pas^ sauf l'honneur et le respect que je
(i) Adicieiis qood^ juxtà ftttaU «Uctl Ordinû, quiedmqu» es, ftatri-*
Iras dîcti Ordinit peccattnm contra natanm conumiitieti quod pcardcr*
debebatliabitaiii tua rdigionU et in inignîf compedUbu» et in. coUo
catenis appotîtii et în manibus manicis ferreisy Italiet peipetno caroeri
inancipari , nbi in pane trittitiae et a^nâ trîbubtioiâf babet compleit
Cl finira raU^aum vUa tempua.
»7
258
APPENDICE
<( dois au souveram pontife et aux cardinaux qui attes^
« teiii les aveux du graad-maitiv , | e ne puis pas croire
« qu'il ait avoué les crimes dont l'Ordre est fiiussement
«accusé, (ij »
Berenguieh de Gollo dit :
iilùn l'honneur de la. croix et de Jésus crucifié, les
« Frères de l'Ordre adorent solennellement la croix ,
« trois fois raniiée 5 le veudi cdi-baiiU, et les jours des
« lètes de la croix , en mai et en 8eptt:ml>re« (2) »
Jban DS Coma., piétine , ajouta 4ue, bien loind'in*
sulter à la croix, les Cheval. ers av.âcut pour elle un
tel respect, que lorsqu'ils devaient satisfaire k ceriaias
besoins naturels, ils ataient Pattention de déposer leur
manteau où est la figure de la croix. (5)
Ce détail paraîtra minutieux; mats les personnes
qui ont étudié l'esprit humain , jugeront que les feur-
hes ou les hypocrites n'imaginent pas de semblables
moyens de délense*
L'iniormation fut terminée le 11 des kal. de sep-
tembre x3io«
(1) Non crédit ncc est fiJes ejus , quod dictus roagutler confVssuf
fiierU contenu in articulo supra dicio , »alvo tamen honore et reve^
rcntià domininoslri summi pontificûct ûntnim eius duorumcard*- '
aalium , de quibus agttor in articule.
(a) In honorem cmcii et cruclfixi Jchsus, Fratre* ipsius Ordinit
ncloiant eracem , ter in inno , tolemniter et reverenter , in flesto
ffsctae-aucis mentis septembris et menais maii et die venerii aanct».
(3) Et inter ceteros honores quos fiidunt ipst cruci, depoaunt
mantcllnm vùn est crux , cum Tadunt ad natuise supcrflua oneia de-,
poueuda.
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APPENDICE. 359
CHAPITRE IL
ANGLETERRE, IRLANDE, ECOSSE.
MJBS Templiers Irlandais et EcosMÎs obéissaient,
coiimit; les l'ciiipliers Anglais^ au grand Piécepieur
d'.Aiigleterre. (1)
* I
SI-
ANGLETERRE.
Tous les Templiers interrogés en Angleterre sou*
linrent constimment l'innocence de POrdre; et ce qui
ne lais&e aucun doute sur ce point, que confirment
les mottumens judiciaires, parvenus jusqu'à nous,
c^est que dans le résumé |>résenté au Pape , on ne cite
contre les Templiers Anglais, au sujet du reniement et
du crachement sur la croix, que deux dépositions £iiies
f n France par deux Templiers, reçus en Angleterre,
(1) Notorîum est quod Fratres HibernLe et Scoti» lemper fttenint
magno prsceptori Angllae mbjecti, ita ^od totum est una prxceptoria .
J^imùu làbwriê «camifh pnetssui cêntra Orditum Z^mpli ia
s
^ . APPENDICE.
llobert de Saiiit-Just, par Hiaibcrt Blancke, et Go-
defroy de Goneville , par Robert de Torville : cir-
constance qui décrédite encore ces deux dépositions^
et démoutre, toujours plus évidemment, l'effet des
tortures et de la terreur, ptiisque, de tous les Tcm*
pliers reçus en Angleterre, ces deux seuls firent des
aveux , attendu qu'ils forent interrogés en France :
aussi nhcbitous pas à croire que les Templiers i ran-
çaîs qui, en France, avouèrent les délits imputés à
rOrdre, ne les auraient jamais avoués, sHIs avaient
été interrogés pu des juges moins inexorables.
Parmi les Templiers interrogés à Londres et qui
tous s'accordent à soutenir l'innocence de l'Ordre , plu*
sieurs s'expliquent avec énergie.
Leur nombre est de quarante-sept. |
Dansiecomté d'Yorck, vingt-trois prirent la défense
de rOrdre.
Dans le comté de Lincoln , il s'en trouva également
vingt qui attestèrent Vûinocenoe de TOrdre.
L'un d'eux, au sujet de l'autorisation relative an
dérèglement de mœurs, avance qu'il existe un statut
contraire, portant que les Templiers, coupables de
mœurs dépravées , perdraient l'habit, (i)
Vn autre Ciievalicr dit la même chose,
s
Plusieurs témoins étrangers à l'Ordre fîirent en-
tendub en Angleterre.
Leurs dépositions qui se réduisent presque toujours
(i) Quod iu regulù eoium cssct statiilum conlrarivim : rlicciis cliam
^uod , ex tali pcccalo couUa Uidiuiam , dcbei cul perderc domuxu.
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APPENDICE. 2fri
à des ouï-dire vagues ou à des faiu insignifians^ ridîr-
* cilles, iavraisemblables ne firent et ne dorent ftire
aucune impression sur Fesprît des juges. Je crois de-
voir cependaat en rapporter quelques traits, parce
qu'ik caractérisent l'esprit populaire; qui , dans tous les
pays et dans tous les temps, recueille avec la même
avidité les rumeurs les plus absurdes et les plus invrai^
semblables, en raison même de leur plus faraude in-
vraisemblance et de leur plus gronde absurdité.
Robert de Folde déclare avoir entendu dire à
des Templiers que, cbaque année, le Diable venait dans
leuF Chapitre enlever un Fièrc. (i)
Agnès Lovecote rapporte , d'après des ouï-dîre ^
que, dans le Chapitre de Dineslée , (2) les Templiers
adoraient un monstre qui avait la foi nie ou ligure du
Diable et, pour yeux, des pierres éclaUntes qui illumi-
naient le Chapitre 5 que les frères appliquaient des
baisers au derrière du monstre, et y plaçaient une
' croix noire, et qu'un jeune Templier , relusaut de
commettre cette impiété , fat jeté dans un puits
qu'on couvrit avec ime très-grande pierre.- '
i>[xcoi.As DucHEMiN , Frère iVlincuT, raconte sur
*
(1) Se «udÂTMte, clapsis xz aimit et amplius^ de quîbiudam reU-
gîotis TemplariU , ut stbt Tidetur , quod singuUt annis in eoram capî-
tiilo dklioliu iiQum è Fretribus aporUrct.
(2) Dixit quod circitet simt elaptlxiv anniquod Roberto gamone
fratris Johannis de Mona , tune preoepCoris nori Tcmpll Londinensb ,
aiuVivii in siibuibiis LondmensU>u8 quod dictas Robertiit audîvit k
\\xQihm YaUero qui «erYiebat in Tempb qaod send cum celebaa-
262 APPENDICE.
oQï-djre qa'ttn Précepteur dn Temple avait tué son
propre fîls, parce que celui-ci disait avoir vu les Tem-
pliers tuant un récipiendaire qui reiufiait de renier la
croix, (i)
Thomas de Bedemee dépose avoir ouï dire qu'a-
piès k mortd'uaTeinpKer,oo tronva dans ses Yèiemena
une croix indécemment 'placée; Il ajoute qu'un antre
Templier , ayant reçu l'hostie consacrée, la rejeta eu
crachant* (9)
tmn cMet capitulnm de Dinedee , qnod idem Valierns et quidam «lit ,
darictilo volente* iiiTe«tigareqiiid fietiatin capilulo TempU , kitniY»-
mnt pott cbivis«iiun ^vi ulUra ingrcfiQf dcbeliat cUufiiee ottinm
ted non benc fecit et tanc iUntei rétro oitittm qnodaperutnint yTÎ-
derunC quod fraUrei apemerunt quamdiiin Toltam et itetato aliam et
perdnxeruttt de Olo loeo wonatmm (pioddaBi ad fbraïain aeo imagl»
wm diaboli , balMoi loeo ocnlomm lapidea iiHilaQtef et iUmniamitc»
capitulnm, cnjui culum oacttlabantar omnea : primo ma^iater et poaten
dii et poatea ponebant unam cmcem nigrarn a^ cnliim dictt monatri
et -i^elMint omnet in cnioem.***. Brat tamen tbt quidam îuTenia qui
hœ ftcere renuelialy quare diiit qnod iutvaTeiat rtligionem pro aa-
lute anim» «nie et aliicr non deviaret & fide. Quod ipÀ ataiim precipi-
ttYenmt in qnemdam patemn*....«««.
(1) DeponH quod ipie andiji! k quodam tnUt Hotborio efnailem
Ordinis minomm ^i diût ae andiviate aqoodam domino , eujna ao-
men ignorât interlecit fiSium snom proprium pro eo qaare ipse filina
retulit patri tuo , ae vidiaae Templarioa occidiaae quemdam receptnoi
in Ordine Tcmplarioram pro eo quare post receptionem auam noluit
abnegarc cmcem , prout Templarii , io quâdam camerâ dauai congre-
gati tibi injungebant.
{p.) Dcponit ae audivisse à quâdam domina Agaete qn» dicebat ae
andiviaae à aorore cuiusdan Templarii quod cum ipaa aoror dcnu*
APPENDICE; 365
§11.
IRLANDE.
Treize Templiers furent arrêtés en Irlande : aucun
ne fit les civeux exigés. Quarante- un lémoins étrdo-*
gers à l'Ordre déposèrent certains faits qui attestent k
crédulité populaire , sans rien prouver contre TOrdre.
§ III-
ECOSSE.
Quarante-un témoins étrangers à l'Ordre ae lireut
que des dépositions inslgniâantes.
Denx seuls Templiers Airent saisis et interrogés en
Ecosse j leur înienogatoire est daté d'Ediuiboi^rg; il$
répondirent avec fermeté^ et l'un d'eux donna, sur sa
réception fiiice en forme Kcîte , des détails qui s'ac-
cordent parfaitement, soit avec ceux donnés par les
Templiers ildèles, dans toute la chrétienté soit arec
les statuts de l'Ordre. *
dasiet fnitrem sumn poat mortem, quaoqanm esse tante prohibUa quod
niillus dfDudai'et eum poit mortcm , crrdcDS inventre st^na salutît
inTenit in hracds dicti Templarii Iratrû aiû cruoem p^di^tcia contra
anum..«...
Dvdt etiam ^od aadint & qaodam fratre ordtnis sui Prcdicato-
rum ifoxtà quidam Templariiis post receptioB«iii corp<Afia Ohriiti'icr-
▼avtt iUttd in ore et siatiin dnm r«cewU de p«f entîAiaeitdotia , apitit
mud.
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264
APPENDICE
n~TrTfififiiin[iriiwii»M MM>wi)iiuiii)wjtjiM«>^
CHAPITRE IIL
ESPAGNE,
SI-
ROYAUME DE LÉON.
I/ARCHEvAqub de Cbmpostelle fit une informa-
tion à Medina del Campo; tien te- trois témoins, furent
entendus ^ trente éuient de l'Ordre.
Le i". RoDBRIC JoHAKNlS, grand Précepteur âvL
Temple dans les royaumes de Çastiiie et de Léoa, dé-
clare qu'il ne sait pas^ qu'il ne croît pas qu'aucun
Templier ait iàit les aveux des crimes faussement im-
putés, à moins c^u'il n'ait cédé k la violence des tor-
tures. (i)
Cechevalîer etle septième témoin ^Lvppus Petrus,
soutiennent que le dérèglement de mœurs qu'on sup-
pose permis aux Templiers, est expressément condamné
par les sutnts j celui-ci dit que , d'après ces statuts, le
(i) Senodre me credere qtiod«liiuTeinpIariat taie qiûd cott-
âtemar , cnni nmtàt «qamn , aiil fiiîMet per oompubionem tormoi*
toniiii«M«««
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APPENDICE. . 265
isoi^iible seraii oondamné à une prison perpétuelle ^ et
celai->là, qu'à serait justement mis à mort. (i)
Trois témoins étrangers à l'Ordre étaient prêtres;
rund'euiL assaie qu'il aentendnen confession plusieurs
Templiers 9 blessés par les Sarrazins , et que ces Tem-
pliers étaient bons catholiques: il dit la même chose
des autres Templiers malades qu'il a confessés. (2J
8 II-
ROYAUME DE CASTILLR
Information iiâite à Médiaa-Cœli , par i Évéque de Lisbonne.
Elle n'est composée que de quatre témoins étrangers
- à l'Ordre.
L'extrait de leurs dépositions se trouve dans Fou-,
vrage de M. De Murr.
§111.
Infoimation &ite à Qkbm, par le même Évéque.
Cetteinfbnnationesloomposéede trente-six témoins*
(1) Quod nimqiiam talia icelera fiierunt pcrpetrtta iFratribiM Or-
dinisTempli, quod ipse sciret ; dicens quod secundamstatuta ordinis,
qui talia committerei, pet-petuo carceri manciparetur.
Adiciens qiiod si aliquis Fratrum (îicli Ordiiiis commlttcrei pecca-
tum sodomiticum , iolerficerelur ab aliis in justicia secundum tra-
dilionem rcgulœ. ,
(3) I(we testis audivit confeittonet mtdtoram Temjplariorum in-
Mâktoramàâarracenis/qai statim deccsserunt et bene et caihoUc»
eonfitebsniur et lâmUitêr confenîonei infirmomm.
366 APPENDICE.
Les vingt-quatre preniicrs su ni Templiers, ainsi que
les vingt^septième^treiitième, uentc-unième et treate-
sûièoie : tous attestent PinnoceiiGe de l'Ordre.
Les autres sont étiangeii» a l'Ordre, et déposent en-
core en sa laveur.
§ IV.
-
ARRAGOJS £x CATALOGJSË.
Les Templiers de PArr«igon et fie la Catalogne,
condamnés à subir la torture, persistèrent à soutenir
Pinnocence de l'Ordre , et le concile de Taragonne ,
présidé par l'archevêque de Taraguuue les déclara
innoeens.
Les actes de ce concile avaient été promis au public
par l'archevêque de Marca, d'après les archives de
l'église de Tarstgonne, Ils n'ont pas été publiés.
§v.
HOUYELLE GASTILLE.
L'archevêque de Tolède présida à Sahmanqoe un
concile où les Templiers furent jugés.
Ils y comparurent « ayant à leur tète Don Rodrigue
Tannet ^ ^r«oA maître de la province (i ) , et ils lurent
déclares iniioceus.
(2) Campomanes , Appendice a las DU^ertacioms del Orden ûm
lo^ Itniplarios , p.
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APPENDICE.
% VI.
. PORTUG AL.
En Portugal , l'évoque de Lisbonne et d'autres pré-
Jats , chargés d'inibrmer contre les Templiers 9 ne
trouTèreot pas qu'il y e&t Jiea à accusation.
(1) ^iMfovLAm^DittértaaUmeihUiOTie^
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APPENDICE
1^*
CHAPITRE IV.
ALLEMAGNE.
§1.
Infonnatioii faite; par l'ArcheTêque de Mayence.
Ci£TT£ înibniiation est composée de quarante • neuf
témoins.
i"" Trente - sept Templiers déposent en ikveur de
POrdre,
Le quinzième y FlBURf - BE DuLGUAN , reçu de-
puis neuf ans , atteste qu'ayant voyagé outre mer ,
étant ^lé à Paris et en plusieurs autres lieux ^ il n'a.
jamais rien vu ni appris des horribles erreurs qa'on
reproche à l'Ordre, (i)
Le seizième y Albs&ic de Vendkngs , reçu de-
puis vingt-huit ans , ayant passé douze ans outre mer ,
et ayant a^bisté aux Cliapitres y tant outre mer qu'à
(l) Quod IX anni svint elapsi Tel drcîter i{aod fuît receptus in
ordine et quod fuit ultrà mare , Parisiîs et m plttribus aKîtlocîs , tm-
quam frater dtcti Oi (liais, iicc uoquum aliquid de horrcndis erroribut
percipere poiuit ycI audire.
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APPENDICE. 369 ,
Paris et en beaucoup d'autres p iys , fidt la même
déclaration. (1)
Le GoMTB FKÈDéRiC , vingt -trbinème témoin,
maître précepteur du Temple aux parties du Rhin , a
passé y dii-ii, plus de douze ans outre mer 5 il s'ex-
pliijue comme les précédens. Champion de l'innocence
de POrdre , il oCTre de subir les épreuves et de porter
le fer ardent. (2) • '
Dans rOrîenty ce témoin a long-temps habité avec
le grand - maître^ dont il était le compagnon : re-
venu avec lui , il l'a tenu toujours et il le tient encore
pour bon chrétien ^ Aussi bon que personne puisse
l'être.
2° Les douze autres j 'parmi Ic^cjut Is sont trois
comtes et d'autres personnes d'un rang distingué^
déposent également en faveur de l'Ordre.
(1) xn auni vel circiter «tetÎMet ultta nMre tanqitunFmter Ordinis
TempU et iateif uinet capitillis Fratrum tam ibidem quam Parisiis «t
in aliia multia locû, et dicit se fiiÛM ia Qvdîiie xzvin annit rel
- circiteri nec aliquid de hoxrendis defectibiia in articnlis content» acire
Tel percipere poCoit quoquo modo.
(2) Licct fuerit in partibus ultra marinis xn auois et ampliiis lan-
quam Frater dicti Ordinia , uuiuquam Umen aliquid de honciidi»
. erroribua aciTit,audivit yel iuteUexit*
Et auper hoc pamna easet experientiam aulûre et fetxum udcus
portare,
Conversatiu fuit cum magno magistro Ordinia ultra mare et fuit
aociua anus et cum ipso reveraua foit de pitibua ultra maiinis , u
tune tenuit et adhuc tenci com pro bono cbristianO , ai aliquia bouui»
cbrifltianua we po«sît«
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,70 APPENDICE.
Le quaranlièiue tcmoiu, Jean, arclii-pièue, à'ejL-
prime ainsi •
«Je me souvleiis d^ime année où il y eut une
i< grande dise lté de Lie: la mesure qui se vend com-
4C mimémeat dix sous et moins ^ se vendait trente-
« trois, en ce temps de disette : tant qu'elle dura^ la
« maison des 1 empliers de Masteire alimenta cha-
<i que jour mille pauvres ou peu s'en faut. » (x)
§11.
InfonDAtioi» £iites par l'ArcheT^que de Trèyei •
Elle est composée de dix-sept témoins , dont trois
seulement sont Templiers. Tous déposent en £ivear
de rOrdre.
(1) Becolitquod magnA foitcareitia bkdiTÎdelicetqvod meiuii|«
biadi qui communi estittittioiie Tendi tolet pro x tolidu Tel îofii ,
vendebatur xxxiii , et illo temporc mille tcI paido pauciores pan*
}iere8 reficiebantur singtdis diebus in domo predicta (deMostaîre),
dicta caresUa diuanie.
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APPENDICE.
271
CHAPITRE V.
ITALIE.
§1-
FLO££]SC£.
, r
La procédure £iîte k Florence^ dans Pégllse de Saint*
Oiics y en octobre , îndiciiou neuvième ^ n'esi compo-
sée que de six témoins.
Je crois devoir citer quelques circonstances de leurs
dépositions, qui contiennent toutes sortes d'aveux.
Le premier témoin déclare que dans un Chapitre j il
vit le chef et douze Vrèr es qui le composaient, cracher
sur le crucifix^ que dans un autre Cliapître, plu-
sieurs Frères et le grand Précepteur de Lombardia
et de Toscane^ commirent le même crime*
11 ajoute , qu'il a vu plusieurs fois fouler la croix
sous les pieds par plusieurs Frères y et que tous ont
mérité d'être brûlés.
Liî tioiiicme U;niu;u prijLcnd que cliaque année, au
mois de mai , on tenait un Chapitre pour renier la
croix et cracher dessus.
Le quatrième prétend avoir vu lecevoir des Frères
I
272 APPENDICE.
qui p.v-ent sur la croix , et qu'il a entendu dire qxie,
dans les maisons contenlttelles, ils s'assemblaient le
Yendredi-Saint pour feuler lit croix aux pieds , et
p.,.,. dessus.
Le cinquième prétend avoir assisté à un Cliapitre où
environ cinquante Frères crachèrent sur la croix*
Je parlerai ailleurs de ce qu'ils disent touchant Ta-
idoration du chat et des idoles.
Trois parlent de la permission y relative aux moeurs
deir;^U'cs et criminelles. Deux, disent nea iicn bavoir j
et i autre déclare que non seulement cet abus n'était
pas autorisé , mais que y d'après la règle expresse de
POrdre , celui qui en aurait été coupable aurait j^tidu
son état.(i)
Trois de ces témoins déposent que le rédpiendaîre
jurait d'augmenter les biens de POrdi e, par des voies
illicites*
Un autre , au contraire y affirme qu'ils ne juraient
d'augmenter le bien de l'Ordre qae par des moyens
honnètt 5 , c t qu'ils regardaient comme un péché de
rau^^menter autrement*
§ II-
ROMAGIÏE.
L'archevêque de Ravenne et l'évéque de Rimini
firent à Cesène une information y dans laquelle fu-
(1) Imo <3icit qiiod qui iiivtiitus fiiisset in hoc |)C<:c;ilo ptitlclj^t
jnajuioncm wnm et de hoc crat preccj)tuiu exprcttbuiu in Ordine.
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APPENDICE. 273
nent entendos deux Templiers qui attestèrent Piano-
cence de l'Ordre.
Le second y Andhé de 5i£NN£ , dépose quM a
entendu dire que plusieurs Templiers avaient fait dea
aveux, par la crainte des lortures.
U ajouie ; (( Si les erreurs imputées à l'Ordre eu^
Ksent existé, f aurais quitté TOrdre, et fiît ma dé-
«nonciat ou aux prélats et aux inquisiteurs 5 j'eusse
«L préiéré de mendier mon pain, plutôt que de rester
«avec de telles gens; enfin, j^eusse même préfiré la
« mon, parce qu'avant tout, il faut sauver son âme. (1)
§ III.
I
MARCHE D'AKGONE,
L'évêque de Fano , dans la marche d'Ancâne ^ en-
tendit vingt témoins.
Un seul était Templier. II attesta Pinnocence de
rOrdre : k$ autres ne déposèrent Jiien de remar->
qoable«
(1] Audivit tamen quod multi Fratres mctu tormentoiuin multa
confe&si fuerint Se ni'ul scire rel audiv isse antea tle hib , et si
scivisset, ut prsptUïit, aufugifiset et rece&sLsset ab cii , bi juiinibâci et
denunciaseet quibus potuissetpraelatis et inquLsitoribus , ut prredixit.
JHajm poilus ivisset meadicaudo , quaereudo paoem , «{uam remansiâset
dim lalibus ; et potius ^«xe siutuiuiiiet mortem» quare aninus faluf
pnefiemda ««t omnibua.
18
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«74
Al'PEiNDIGE.
§ IV.
VILLES DU PATBIMOINË DE Sr.-PIEBBE.
4
En décembre iSog , l'évèque de Sutri oodh
niença l'iiiformauou k Viterbe. Il passa eui>uii€ ea
diilereoB pays.
Il entendit beaucoup de témoîAs étrangers à POr-
dre , sans qu'il put recueillir aucune charge contre les
Templiers , el il termina &ea opérations en juillet
i3io.
Sept Templiers furent interrogés.
Le premier, Cettus Hagonis, reçu à Rome, dans
une chambre du palais de Latran , déclare l'avoir été
de la manière licite. Mais il prétend que trois ou quatre
ans après ^ le commandeur de la Pouiiie le iorça d'à*
dorer une idole , et qu'on lui dit : <( Recommande-»
« toi à cette IDOLE et prie-la de te donner la santé. »
Le iait est Lien luvraîsembluble^ màîs ce qui ajoute
encore à Pinvraisemblance^ c'est que quelqu'un^ en
ordonnant d'adorer une puissance qui pouvait donner
la santé , ait prononcé le nom d'iDOLK.
André Armaki dépose avoir ibulé la croix et
adoré l'idole.
Guillaume de Verdun , prêtre ^ prétend que sa ro^
ception fut dans la forme licite ; mab que le même
jour, gladio evagijiato ^ on le loi ça d(" renier. Voici
comme il raconte la manière dont il ibula la croix sous
ses pieds :
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APPENDICE. 37*
f( Gnillaiime de Piémom (1 ) fit avec âenx pailles une
1C croi\ qu^il plaça à terre , et m'assurn que, si je ne
« foulais cette croix de paille , il me tuerait^ et moî^
« par crainte de la mort > je la foulai ^ non pas comme
n croix , mais comme paille. »
U continue : « On me dit que les Templiers devaient
4c se rassembler le Vendredi-Saint pour feuler la croix ^
« maïs )e n'ai ni assisté à une pareille cérémonie ni
« appris qu'elle ait eu lieu»
it On m'annonça y comme un précepte de l'Ordre ^
K que les prêtres Templiers, en célébrant la messe ^ ne
<c devaient point prononcer les paroles de la consécra-
« tion 9 mais je ne les ai jamais omises.
« On me dit que chaque frère était obligé d'adorer une
m idole ou tête j mais je n^en adorai point , je ne la vis
U même pas ^ quoique la crainte de la mort m'eut ar-
ec raché la promesse que je l'adorerais, quand on me
te la monuerait.
Gérard pb Plaisj^kce affirme que^ reçu de la
manière licite , on l'introduisit ensuite dans une cham*-
bre dont on ferma jes portes 5 et ou on le Ibrça de re-
nier la croix et de la fouler sous ses pieds. Il dit avoir
adoré l'idole*
PiiiRaE Valent lis déclare qu'il renia 3 et que sur
(i) GoiUelmiM àt Pedcmoiic* fecit erttcem In tenA de duolmf
yalcit «t oomnimatuB eidem -quod niii ipw concolf^auret «undem
criicem de pileîa &«taiiiy emn occideret, et ipie metu moitÎB ipMm
cruœm de pakb mm m cruceiii m coide» eed ut paleM icoaicul*
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876 APPENDICE.
rinjonction de fouler b croîs sons les pieds ^ il la tou-
cha seulement du LouL àu soulier. Il dit avoir adoré
l'idole.
YiNOLE , du comté de Pérouse , dépose n'avoir
ni renie ni appris qiraucun Frère eût renié ; il ajoute
qu'après sa réception licite y un frère lui ordonna de
cracher sur une croix , et qu'il le fit.
On lui demande : pourquoi ?
n répond : « )e n'en sais rien. »
Le même Frère lui ordonna y dit-il y de fouler la
croix sous ses pieds ; et il la foula*
Un lui demande encore : pourquoi ?
11 répond : « Je n'en sais rien. »
U parle de l'idole en ces termes : «On me la montra
« sans me dire ce que c'était : je l'adorai^ j'inclinai la
n tète devant elle. »
G autier JoilANMs déclare qu'il fut d abord reçu
licitement, mais qu'ensuite il renia et il cracha, sur
la croix y . parce qu'on l'y força trois jours après. On
exigeait de lui des indéct jicls il refusa , et on ne
le pres^ point , dit -il, parce qu'on craignit que^
s'il criait y il ne fut entendu du dehors.
RAVE N NE.
J'ai eu occasion de parler du concile de Ravenne»
Les oroumneus que riiLsioire en a couseï vés^ nomment
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APPENDICE. 277
sepl(i) Templioii», qui, devant les pères', affirmèrent
avec couiage Pinnocence de lX)rdre. Tous iuieat ab»
«ÔU8 par le concile.
Ce qui serait à observer^ si mio pareille observation
était encore nécessaire ^ c'est que les pères de ce cou-
cUe reconnurent expressément que la torture , ou la
crainte de la torture arracliaît dts aveux contre la
vérité, et proclamèrent qu'il était de toute justice d'ad-
mettre les rédamations de ceax qm avaient été con-
traints de faire ces aveux.
Commune senterUid decretum est umocentes ah-'
âoÎpL,,,, Intelligi innocenies debere qui j metu tor^
meniorum , ^ confessi fuissent ^ si deinde eam con--
fessionem rePGcasseni i aut reçocarey hujusniodi
tormentorum metuj ne infsrrentur nom, nonfuis'^
seni ausiy dum iamen id constareL (2)
BOLOGNE.
 Bologne , les Templiers lurent admis à se j^urger
(1) RÂymimdat F<mtutt«
Jftcobtu FoiitaiiB,
Miurns.
■
Jaoobus.
GuOlelimu «jb Pigusnio.
PetruB Cauft.
Cmn nîliil easent obiectis criminibus testibusque adversîs debilitatî
atque nbjecti, ad onmia breriter cooslanteique seoi&ùm âiuguli les-
poiitleriint.
t
278 APPENDICE.
canoniquemcnt , et ils fournirent les preuves éxigéeft
par les loîi sévères de rioquisition (i)
(1) Quos inter ^semorantur arlhnc B,ii tholoniTus Tcucararius et
Albertuf à Berzano. Hi canonicâ pui f^. il oi c &uam niiiocentiaai pro-
t. (Cia. Siflov. de £pi9copû Bononitmibus, lib. UI.)
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1
APPENDICE.
CHAPITRE VI.
NAPLES ET SICILE.
ROYAUME DE NAPLEâ.
§1-
BRIND£S.
L'arch£V£QU£ de Briades interrogea deux témoins
Templiers , en juin iSio.
Jean de Nériton dépose qu'ayant été reçu dans
la forme licite ^ on lui montra une croix , et on lui de-
manda s'il y croyait. Il répondit qae oui 9 ainfti qu'on
autre iccipieridaire.
Ce f ut apiès le repas^ qu'on exigea do Tun et de l'au-
tre qu'ils reniassent ]a croix et qu'ils la firalassent sons
leurs piedà , ce quiis iiieuL à rcxeiiiple de plusieurs #
autres.
Jusque*là , il n'y a que de l'invraisembiance et du
mensonge ; voici du ridicule grossier :
« Cela fait, ajoute le témoin , le frère Hyppoiiie et
« les autres susnommés p snr la croix* Je ne les
« imitai pas , et je m'excusai sur ce que je ne le
« pouvais y ayant depuis peu d'înstans satisfait à ce
4
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ftSo APPENDICE.
« besoin^ en présence de Pierre de Bourgogne. Payoïie
<( que si j'avais eu renvie de p , j'aurais fait coimne
« les autres. » ( i )
U a ¥u 9 dit - il ^dans un Cbapitre^ tons les Frères
laisser avec î espcrt leurs capuchons et s'incliner de-
vant un chat giis , et il s'est indiué lui-même.
Quant aux mœurs lœncieuses y il nomme un Frère
puni de la prison , pour s'être rendu coupable de tels
déréglemens. .
Hugues de SançAi , reçu à Beaune d'une manière
lidte , passa , dit-il, dans Pile de Cliypi^e , et après y
avoir demeuré six ans y on lui demanda s'il avait renié
la croix et on le força de la renier.
SICILE.
§ II-
m
LUŒLUA, ou SÂIINTE^MABIE*
Cette enquête, faîte en avril i3io par des délégués
du pape 9 présente les dépositious de six Templiers ^
- (i) Quo fiieto inoontinenti pmdictiit iiater Ypolîtof et alii pro-
xime dictl fratres mtoxenmt super ipsam crncent ; ipte veto 6«ur
Joliuines âe Neriton, vt ipse dûtit, non minxit^ led fe exciuavit
clictis Fratribtts quare ipse non poteiat mingere, qiluire non habdiet
apetitnm mingendl eo quarc paulo aote mtnicerat , dicto Fratre Petro
. Burgundione hoc viJeute Dixit lamen idem Frater Johanncs île
Nerilon quod si appetilum miiigeuUi tune ha]>ui&set idem ipse fecissct
^uoà tune «lii ieccnint.
y
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APPENDICE. 2Bi
qui tons déposent contre l'Ordre. Mais on y tronve
des GÎroonstanoes qni en démontrent expressément la
fausseté.
Le premier^ Galcerano de Teus^ dédare avoir
été reçu à Afiknnet en Gital<^e ; et quand on pense
que tous les Templiers Espagnols ont attesté l'inno-
cence de rOrdre, est -il possible d'admettre l'idée
qu'nn seul ait été reçu en Catalogne d^une manière
illicite , et n'est-il pas évident que cédant aux tortures,
ou à d'autres motifs impérieux 9 il a iàit les aveux
exigés? (1)
Aussi sa dépositiuii rctifcriue des extravagances qu'il
sera utile de faire connaître.
il rapporte Fexplîcatioii qui lui avait été (bumie de
l'absolution donnée k la (in du Chapitre, par le chef
qui le présidait.
Voici les termes de l'absolution :
« Je prie Dieu qu'il vous pardonne vos péchés ,
<( comme il les pardonna a Sainte Marie - Magdeleiue
HL et au Larron qui Ait mis en croix. »
El YOÎcî Pexplication que le témoin en donne :
c( Par le Larron , dont parle le chef du Chapitre ,
« il fiiut, selon nos statuts, entendre ce Jésus ouChrîst,
c( qui tnt crucifié par les Juifs , parce qu'il n'était
« pas Dieu^et que cependant il se disait Dieu et Roi des
(1) C'est ainsi que deux Cheralien reçus en Anglelerre , et torturât
«n France, firent l'aveu qu'ils aTsient ^t^ reçus en Angleterre d'ime
manière illicite, quoique tons les Templiers auglait aient coosum-
ment sooteiia l'innocence de l'Ordre.
aâa APPENDICE.
<( Jniky ce qui était un outrage envers le vrai Dieu qui est
« dans les deux. Lorsque Jésus , quelques mstans avant
«sa mort 9 eut le coté percé d'un coup de Linct^ par
4C Longin y il se repentit de ce qu'il s'était appelé Dieu
a et Roi des Juifii ; et îi deoianda pardon au vrai Dieu :
« alors le vrai Dieu lui pardonna. C'est ainsi que nous
K appliquons au Christ crucîtié ces paroles : commk
a Dieu pa-rhosvx au Larrok qui fut mis bn
«CROIX, (i)
K Quant à k Magdeleiae ^ ses péchés lui furent
« pardonnés par le vrai Dieu qui est aux deux y parœ
a qu'elle fiit son amie , et que pour le servir y elle firé-
ii quentaii les églises et les monastères ^ et qu'elle alla*
« mait les laiàpes des églises. » (s)
A]outerai«je que ce témoin dédare que le chat depuis
long-temps ne parait plus dans les Chapitres , et qu'il
cite comme trfes-anctenne l'époque de cetteapparition ?^
4( On lit , dit - il , dans les anciens statuts de Damiette ^
«
(i) Oebes intelligere secundum novtrat conitkationet de iDo Jehta
Tel Ckricto qui Ibit muàSxnn k li^aeii pro eà qiuwe non erat, et
dicebat M Deum et Mfem Jadsonmi m opprobntim illins weri Dei
qui est in coelis. Nam ille postquam appropmquaTit motti et fuit de
lancea per LoDginum in Tatere peifisratus , ipsum pocnicuit de eo quod
ie Deum dixerat et regem JudîBorom , et sic pnfnitcns de peccato
petiit ▼eniam à tpvo Deo et «ic vcrus Deus «ibl pepcrclt et sic in-
teUif^imu» de ilJo Chiisto cnicifixo prsedicta TCrba; Sicut Deus pe-
percit lairoui qui luit in cruce suspensus.
• (2) Fcccau fuerunt remissa heat» Mititae Magicien» à vero Deo
qui est ÎA c«elUy pro eo quod ûiit arnica tua et in serritium cjus fre-
quenuhat ecdeiias et monasteriA et in lytl» eccteiii» aicçendebat lu-^
minaria. ^
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APPENDICE. a85
« que le chat avait coutume de paraître dans aMm-
« hléesouchapitrei et d'y èti« adové, » (i)
Il rapporte Pusage des réceptions criminelles au ma-
gisi^e de Philippe de iSaplouae de Syrie | mort alors
depuis cent quarante ans. (2)
Tout est singulier et extravagant dans la déposîtîou
de ce témoin. Il raconte que^ conversant avec un ancien
de l'Ordre, oelui-d lai demanda comment il entendait
ces paî'oles des statuts : per nesayre dt scudelas , MA*
liYAN LOS FJLdYJiES DE DOS MN DOS , et que luî
témoin répondît qn^il entendait que FAUTE D^icuEL-*
LES LES FRL:RES MANGEAIENT DEUX A DEUX DANS
MÊME ^ à quoi l'autre répliqua : que ces mots étaient
mie autorisation des mœurs déréglées. Et cependant
le témoin observe que , loin quelles fussent permises,
un Fièi e, qui avait connaissance de tei;> désordres, était
tenu de les dénoncer aux che&.
GÉRARD DE Bourgogne , second témoin , dé-
clare avoir été reçu d'une mamère lidiie dans la maison
de Turria Ma/an^\ « Le jour même de ma réoeptiony
(( dit-il, on m'obligea de renier : je me confessai au Frère
a Moateoard, qui me répondit que ce reniement n'était
4C pas un péché , atumdu que les Frères de l'Ordre fai^
(1) Ttine in Ordine Terapli fiiit dimimini quod catnt fpâ cbntae-
Tcnt in eomm c»ngptg»»îûnî1nii feu cafîtulis iMm «pparuit, ntc !p-.
tam uàmrmua* Tamcn csat in antiquit statntif Oamiati» Oïdinit
quod iUe catuf connevift appavere in ipsU Fratnun cougrcgatioiiibiia
et capitulis , et timc per ip«os Fratres adoiari.
(2) Fiatcr Nt a|K>li Syri.-e qui primo induierit m Olduic quod
Fl'atrcs ipsius Ort^initt apuenmt super crucem...*..
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284 APPENDICE.
« saient de même; néanmoins ce prêtre me doriTu
« l'absolu tioa de ce péché el des autres^ sans m'im-
% poser aucune pénitence,
Maïs pourquoi confesser ses péchés? pourquoi don-
ner des aLsoluiions, si les cousliLulions de TOrdre
exigeaient qu'on reniât ? peut-on présenter des înYraî-
aemblances et desoontradictionsplas alisnrdes ? (i )
Le troisième , CuA&KON de Saint - Jean de
MoNTROND 9 reçu dans la maisoii de Bajuli^ nerenia^
dit-il 9 que 9 six mois après , dans une autre maison.
Le cinquième déclara aussi n'avoir renié que long-
temps après.
11 parait que ces m Templiers seuls aTakiit été
arrêtés dans la Sicile ^ les autres , qui étaient eu très-
gçmd nombre ^ avaient fui de llle^ ou s'étaient cachés.
§ III.
MESSIIME.
L'arclievèque de Messine et l'évêque de Sora, dé-
lés^ués par le pape pour faire l'info^rmation contre les
Templiers dans la province de Messine, furent ré-
duits à interroger des tém(Mns cUangcis à rOrdre. 11*
en entendirent trente-deuK mais ils n'obtinrent aucune
chaiige contre les Templiers.
• (i) Fmer MontUMriui cui fbit oonfenos da\l nbi qubd illml dou
eut iwceatum , quare tic tenebant et iadebant Flaires dictî Ordinis... .
Sed nihilommils abioirtl eum de iUo peccato et de alus. Seà tamen
pro illo peocato non dédit sibi alîquam pcenitentiam.
Interrogataa si F^ter Montaoarii» yvnt et obi ait , Tetpoitdit et
dixit «e netcire.
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CHAPITRE VIL
CHYPRR
MM»
L/enquêtb faite dans File de Chypre, en mai e(
juin i5io^ fut composée de iio témoins.
Soixanle-quiuze étaient de TOrdre et tous mirent ^
il soutenir son innocence , un courage et une dignité
qui ctaîent d'autant plus remarqu ables que riiifttulie
atteste que, pour résister à Toppression qui les me n a gai t^
ils avaient été obligés de recourir aux armes, qu'ils dé<-
pûbèreuLenîjuilepar respc cl pu n r J a 1 o i . T o us do n iiè re n t
des détails qui s'accordaient^ non seulement avec les
dépositions faites à Chypre , mais encore avec toutes
celles que les Templiers fidèles avaicnt^fiiites , dans les
diverses parties de la chrét:eiitc.
Ils observèrent 9 comme Tavaient observé quelques
Templiers Anglais, qu'ils n'ftvaient pas été négligeas à
se corriger des erreurs imputées à TOidre^ puisque ces
erreurs n'avaient jamais existé, (i)
Les autres trente-cinq témoins étrangers à l'Ordre
étaleut tous recommandablesparle rang qu'ils lenaient
dans l'église ou dans l'état. Non seulement ils ne dé*
posèrent pas contre l'Ordre , mais même la plupart
reuducut iiaulcment justice a son innocence.
(i) Fxatrei dîcti Ordînâfliionneglexeniiit erroret corrigert / c&m
iHUiqiMiin ioiiniiit dicti eitOMt ia dicko OnUnenec aliis.
Digitized by Gov.*v.i^
a86 APPENDICE.
CHAPITRE VIIL
IDOLES,
PIGUAES BAPFOMÉTIQUES^ ADORATIOIÏ DU GHAT^
DOUBLES GRADES ET SECONDES EÉCEPTIOWS ,
APRÈS avoir démontré, sous tantde rapports, la fiins-
selé des accusations, de vrais- je parler encore de Tado-
ration des idoles ^ de celle d'un cbal) etc. 7 Ces pdnts
plus absurdes encore que les autres, plus évîdemmeDt
invraisemblables ^ ne soni-ils pas amplement réfutés
par les rai&onneineiis et les preuves que l'ouvrage pré*
sente ? PTaî-ie pas déjà dit que, presque partout, les in-
quisiteurs n'avaient pas insiste sur ces prétendus crimes,
et que le pape , lui-même, Faocusateur suprême de
l'Ordre , s'en départit expressément, lorsqu'en avouant
qu'il n'existait pas de preuves contre l'Ordre , il ne
fonda ses motifs de ^jospicion , qui lui servirent de pré-
texte pour Pabdition, que sur les prétendua indtees
résuliaiil désaveux d'avoir icnié le Christ et ci aclié
sur la croix ?
Oui sans doute , cette diseuiaioft ne paralini pas né«
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APPENDICE. 387
^cessaire; mais c'est même par ce que tout lecteur a la
certitude de la iausseté de ces accusations ^ qu'il iuv*
porte d'examiner «njourd'hui jusque» à qnel point
les inquisiteurs avaient réussi à s'en procurer des
preuves y par les moyens violent et cruels qu'ils em-
ployaient.
Dans les instructions que l'inquisiteur Guillaume
de Paris envoya dans les provinces , il ordonnait d'in-
terroger les Templiers snr une ydole qui est en
FORME d'une teste d'iIOMME A U NE GTIANT BAUBE.
L'acte d'accusation que proclama ia cour de Rome
portait :
« Art. 46. Que dans toutes lus provinces, ils avaient
ii des idoles, c'est-à-dire des têtes dont quelques-unes
ii avaient trois &oeft et d'antres une seule, et qi^'il s'eit
a trouvait qui avaient un crâne d'homme.
« Art. 47 et suivans. Que dans leurs assemblées et
« turtoutdans les grands chapitres^ila adoroient l'idole
« comme un Dieu, comme leur sauveur, disant que
(( cette téte pouvaitles sauver, qu'elle accordait à l'Ordre
« tontes ses richesses et qu'elle fiûsait fleurir les arbres
« et germer les plantes de la terre. »
Les témoins torturés dont on exigeait des avenir
1
faisaient ceux d'avoir renié le Christ et craché sur la
croix.
Mais quoique les inquisiteurs eussent senti de bonne
heure le ridicule extrême exiger le» aveux relatifs h
l'adoration de Tidole et du chat^ ils ne purent dlacer
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388 APPENDICE.
des diverses procédures faites dans Ja chrétienté ^ les
passflges relatifs h ces Idokb < l au chat; et d'après ces
preuves arrachées par la violeiiQei il faudrait admettre
quM se trouvait des idoles dans toutes les maisons de
rOidreoù se faisaient des réceptions. Cependant , lors-
qu^ou saisit^ l'improviste tous les TempUers^ trouva-
t-on dans toute la France ^ ni hors la France^ aucune
de ccb idoles?
§1-
InjGDinuitioit contre le» détenus du» k pdait da Temple.
Baynier de PArchant déclare quHI a vu Tidole
adorée par les 1 i ères ihius les Qiapitrcs généraux , et
qu'il l'a vue douze fois dans douze Chapitres* C'était
QUODDAM CAPUT CUH BARBA QUOD ADORANT
VOCANT SALVATOREM 8UUM.
On lui demande où l'on gardait celte idole : il ré-
' pond qû^il Pignore^ mais qu'il présume qu'elle était
gardée chez le grand-maitre de l'Ordre^ où ch^ celui
qui tenait le Chapitre.
Gaucher de Liancourt, précepteur de Reims, a
vu deux fois les Templiers adorer cette tête, dans deux
Chapitres de Paris, (i)
GuiLLAUJdtE DE Hbrblat (a), aumôuier du roi ^
a vu cette tète dans deux Chapitres présidés par Hugues
de Peraudo, visiteur de 1 rauce j il a vules Jb r ères i ado-^
(i) U en a padédanft la déposition devant le pape.
(>) TçyeK ci«4ipr^ w, jmgmflbisjàn la commiinioa papsle*
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APPENDICE. 289
rer et lui-mèine en &îfiait le semblant , il'croît que cette
tête était de Luis argeuLc et duré j elle avait une espèce
dm baihe.
Jacqubs Diîcis a tu six fois la tète en six Chapitres
tenus par Guillaume de Beaujeu ^ alors gi aud-maitre^
oa par Hiigiies de Peraiido ^ et il l'a adorée.
Jean de Tovrnon, trésbrîer du Temple de Pàrîs >
a vu une fois dans uu Chapiue et adoré une tète peinte
qui était lians une niche.
Hi GUESDE Peraudo, interrogé au sujet de l'idole,
répond qu'il la tint entre ses mains h Montpellier dans
un Chapitre; que les Frères présens l'adorèrent) et lui-*
même feignit de Pa dorer.
B. Où est cette lète?
Jï. Je la rendis au Préceptèur de la maison de
Montpellier; je ne sais si les envoyés du roi Tout
trouvée.
jD. Comment était cette téte ?
jR. Sur quatre pîeds, dont deux du côté de la face et
deux par derrière, (i)
Raoitl de Gtsi â vu l'idole^ sept Chapitres pré*
aidés par Hugues de Peraudo et par d'autres. (2)
Z). Comment l'adorai t-on?
R. A r&nstant que la tête était montrée^ tous les
(1) Pourquoi n ini( i rogea-t-on point Hugues de Peraudo sur les
têtes que te» uiiuoias disent avoir adorées dans le Chapitie présid«
par lui ?
(a) Yoya ct-«pèf •
*9
2QO APPENDICE.
Frères, étant leur capuce, s'éienclaieiit ' à terre et
l'adornii ni.
JD» Comment est sa iigure?
M, Terribl». £lk me semblait celle d'ua certain
démon qu'un appelle eu I rançais Maujje, Tuuiis les
fols que je la \ oyais ^ j 'étais telleu^nt saisi que je ne
la regardais qu'avec terreur et tremblement.
/>• Pourquoi donc Fadonez-vous?
Ji, Je pouvais Lieu adorer l'idole ^.puisque j'avais
renié le Christ jf mais je ne l'ai jamais adorée de
• cœur. • •
D, Vous souvenez- vouô de quelqu'un des Frères qui
l'adoraient?
R. Je me souviens de Gérard de Grandvillars.
Jean d'Anisy a vu deux fois dans un Chapitre ik
Paris jcette tète portée pr Gérard de Grandvillars,
maïs il n'a jamais pu discerner ce que c'était ^ parce
qu'il était placé à im endroit é/oigné, et qu^ le Cha-
pitre qui se tenait de nuit n'était éc:lairé que par un
petit cierge : cependant il ne croit pas <pie cette tète
fût quelque chose de bon.
GjeoffkDy DKGoNËYiLjUE; déclare n'avoir jamais
entendu parler de cette tête que par le pape au (^rand-
maîue et à lui, à Poitiers,
§11.
Infomuitioii & CarcaMotme.
Jean db Cassanhas , reçu à Toulouse, depuis dix-
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APPENDICE. 291
huit RDS) déclare que lechef^ qui le reçut/tîra DE Qi70-
D^M coFiNOy d'un panier, nne idole de laiton , ayant la
figure d'un homme ^couvette d'une espère de dalmati^-
que, et il la plaça sur UHAiu ARCAMj en disant : «Voîd
m un ami quïconirerseavecDieuy quand il veut. Rendez^
«'lui grâce de ce qu'il vous 'a conduit dans cet Ordre
<( comme vous le désiriez. » Le témoin ajoute que tous
les Fi-ères adorèrent l'idole , se mettant trois fois à ge->
HOUX devant elle et l'adorant ^ chaque fois.
jO. Cortiinent s appelait ectie idole?
R. Démon, à ce cpie je puis croire.
Gauzerakd PB MoNTPÉZAT^reçu dans une grange
de la maison de Perosiîs, nommée Lesbrésines , depuis
sept ans , dit que le chef, qui le recevait^lui montra uue
idole dorée ^ ayant la forme d'homme avec de la harhe;
ce chef lui déclara quMIe était faîte IN figura M
Haffometi 'j et lui Gauzerand renia trois fois la croix^
adsôrando dictam ymagînem site ydolum ter.
B.ATMIICONB RuBEl dépose que celui qui le recevait
lui montra un bois où était peiute FIGURA BAFFO-
-MET! et illam asoravit obsculando sibi pedes^ dicens
jyaUa verbumSarracenorum,
Guillaume Bos, reçu depuis dix ans, dans la maison
de Pemico , diocèse de Narboune ^ dit qu'on lui montra
une figure en hois.
J}, Qne représentait celte fi^^uie?
JR. J'étais si troublé, que je ne pus le discerner î
mais il me temUe que le bois était hlanc et noîr| et
i 'adorai la lirai t.
2^2 APPENDICE.
AKNAOTUa SabbATISRII, rcçtt.k Mas-Deu, dans 1er
B ( i; .sillon , dépose qu'on lui présenta un bois qui offrait'
Timage d'un homme, et U i'aduia^Uoifii iuib, eu lui bai-
sani les pieds. (()
Pierre de Mossio dédare qu'on lui montra un
bois ayant la figure d'un huaiinc j qu'on lui enjoignit
d'adorer cette idole y et qu'il l'adora troiA fois.
♦
§IIL '
J
'infonnatlon àewki le» Curdinaui «t le P*pe.
R ATIWOKB N ARBOKNB, reçu à Peyroy crs, depuis envi-
ron vingt ans , dépose qu'on lui montra une idole indé-
cente et noire, ayant la forme d'une tète humaine. Ou
lui dit que c'était son sauveur et qu'il devait l'adorer.
Etiekne Irobati, reçu V Montpellier depuis
environ vingt ans , dit qu'on lui fit baiser l'idole , qui
était en forme de tète , comme on baise les reliques.
Gaucher de Liancourt, Précepteur de Reims»
reçu à Paris, depuis envuon ireule-quatre ans, déclare
qu'il a vu en deux Chapitres l'idole portée par im
préu e. On fléchîssîiîi les g< f toux devant elle | mais il
n'cTi a rien fait , il ne l'a pas a lorée,
DÈODAT JafET, reçu à Péihnat, depuis environ
' a. X -huit ans, dépose que celui qui le recevait lui
montra une tête ou idole , qui lui ^ai ut avoir trois
(i) OnftTnjnr h dépotition de» Templiers de Ma84)eu» «'il faut
Qgfntt ^ue dan» leur nuifoin ou «dorait des idolee.
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APPENDICE. agâ
faces , en lui disant : Tu dois i'adorer < omme ton sau-
veur et le sauveur de l'Ordre du Tem^ile^ et que lui ,
témoin, adora IHdole, disant : «Béni soit celui qui
a sauvera mon ame »..
Raymond Stephani, reçu à Briz-Mas , diocèse de
Béziers^ dépose que celui qui le recevait lui montra
une tète qui lui parut Manche, avec de la barbe; mais
il ne put juger ce que c^éiait que cette idole, et il ne
l'adora point*
Etienne de Troyes, reçu, depuis onze ans , par
Hugues de Peraudo , à la Sahlonnerîe^ dans le diocèse
de Meanx , déclare qu'il vit une tête avec une barbe à
poils noirs et blancs» On lui enjoignit de Tadorer. Les
autres Frères dirent : « ADons^ adorons-le| et rendons-
(( lui hommage : c'est lui qui nou» a créés et qui nous
« perdra ».
lia adorèrent cette tète et lui rendirent hommage
avec un grand respect. «
§ IV-
Bernard de Selgues dépose que dans un Cha-
pitre y à Montpellier^ apparut le diable sous la âgure
d'un chat , rôdant à l'entour d'une tète que tenait le
président du Chapitre. Le chat pailaii aux I rères,
leur promettait des moissons, de For, de 1 argent et
tous ks biens temporels* On adorait h tète* Après
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9^ APPENDICE.
FadoraUûii^leftdémuMis apparaissaient sans k figure da
feniinei , etc.
La lèic répondait aux questions qu ou lai faisait.
B]g&TAAND DS biTLVA dit auflsî avoiT va le diable^
dans un Chapitre^ sous la forme de ehal et soua celle
de femme.
Nazel Boteti, Pontius Rufi, ont vu les Frères
adorer la tète en différens Cliapîtres,
§ V.
InfimniftioB à Flotcmee*
Le premier témoin a vu une tète à Rome et une à
Plaisance. 11 devait s'en trouver une dans tous les Cha-
pitres , et le» Frères devaient l'y adorer : lui-même Fa
adorée à Plaisance et notamment h Rome , où il a assis*
té à quatre^Chapitres provinciaux. Dans Fun de ces
Chapitres étaient trente Frères , et dans un autre y
cinquante; et tous, ainsi que le grand Précepteur ^
adorèrent l'idole. Les Frères disaient à cette tète:
DsuSj jiDJurji MB, Cette tète était placée dans la
muraille y elle avait une Ikce semblable à la iacc d'un
homme I blanche ^ garnie de cheveux noirs et crépus;
elle avait quelque chose de doré qui lui couvrait le cou
et une partie des épaules.
Le témoin ajoute que l'adoration de l'idole est un rit
observé dans tout POrdre.
Le second témoin déclare avoir vu une tète offrant
nne effigie qui n'était ni l'effigie du Christ, ni celle de
la Vierge ^ ni celle d'aucun saint Dans un Chapitre ^ un
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APPENDICE, 39S-
I rt'i e dit aui^. autres : a Adorez ceue tète^ c'£&( votr«
^ Dieu , c'est votre Mahomet. IsTUB capud rs&TSK
« De us esTj et y es teh f. 1 1 1 um l t.))
Le troisicme a vu^ dans un Cliapitre^ celte tète. Les
Frères radoraientetdisftient qu'elle pouvait tontoomme
Dieu, Elle avait une lace s( niLlable à celle d'un hotuinc,
les cheveux noirs et cièpus. Lu Piccepteur lui dit que
cette téte ressemblait à celle qui était à Bologne; et nn
autre Précepteur déclara que les Templiers adoraieut
aussi une tète à Pise.
Le quatrième témoin dépose avoir vu la téte dans
un Chapitre composé de deux: cents Frères qui l'ado-
lèrent.
Le cinquième a aussi vu adorer la tète 9 et observe
qu'on l'adorait communément dans tout l'Ordre.
Le sixième a, vu adorer la tcte y elle avait iwe face
d'homme.
Informatioa prbe dans les vilks du patrimoine de Saint-Piem. '
Le premier témoin , Cettus Ragonis , reçu à
Rome, dans une chambre du palais de Latrau , dépose
qu'on lui dit, en lui montrant l'idole : liRecom*
i( maode-toi à elle , et prie -la qu'elle te donae \^
u santé».
Le second témoin , André Armani , déclare
qu'on lui montra une i lole STJTURJS CUBIT.4LrSj
ayant trois tètts. Les Frères Fadoraient ^ et lui disaicut
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âge APPENDICE.
qu'elle leur donnait toutes les richesses de FOrdre j
«jumelle était le grand Uieu^ et* qu'elle pouTak les
sauver.
Il l'adora , parce qu'ils étaîerit armés de l'épëe nne^
QLADIIS ErAGINATIS CONTRA IPSUM.
GuilXAUME DE Verdun rnppoite qu'on lui dit
que chaque T rère devait adorer une idole ^ mais il n'en
a jamais vu ni adoré aucune. Cependant par crainte de
I?) mort , il avait promis d'adorer l'idole^ quand on la lui
montrerait.
GÉRARD OE Plaisance , quatrième témoin y dé-
pose qu'on lui montra une idole STATURjB CUBI^
TAUa» Elle était de bois, à ce qu'il lui sembla. On lui
enjoignit de l'adorer comme uo Dieu, ainsi que Pado—
raient tous les autres Frères, et onjuî dit que cette
idole pouvait le secourir et le rendre riche* Cédant aux
menaces, il l'adora.
Pierre Valentin parle dts idoles ou têtes de boîs
qu'il adora et vit adorer une ibis à Sainte-Marie du
duché d'Urbin, et une autre fois in Castro Araldi, dio*
çèse de Viterbe*
§VII.
LklpxiiMtion dant kt rojanmef de Naplei et de Sicile.
L'un des témoins entendus à Brindes, Jban db
NÉRITON s'explique ainsi :
((Dans un Chapitre composé de douze Frères ou en-
41 viron , survint un chat d'un poil gHs pommelé. Xon^
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APPENDICE. 397
K les Frères préâens, alors assia^ se levèrent sur leurs
4C pieds, et ayant 6ié leurs lapuces, inclinèrent lenr
<( tète (1) ; moi-même j'en fis autant. »
§ VIIL
InCormations eu Angleterre.
. En Angleterre y les témoins étrangers à l'Ordre rap-
portèrent , comme je Fai déjà observé, quelques bruits
vagues dont on nourrissut la crédulité populaire, dans
ces temps d^ignorance*
lyouihdire en ouï-dire « Agnès Lovecotb raconte
que la porte du Chapitre de Dinesiée n'ayant pas été
bien fermée , on vit les Frères ouvrir une armoire et
en tirer un monstre, qui avait la forme ou l'image du
diable, et qui, aù lien ^enx , avait des pierres bril- '
lantes qui illiinnuaient le Chapitre. Tous les Frères
baisaient le derrière du monstre , et, tour à tour, y
appliquaient une croix noire, en crachant sur cette croix»
Un Frère-Mineur dépose avoir appris d'un Templier
anglais qui avait quitté l'Ordre, qu'il existait en An-
gleterre quatre principales idoles ^ une dans la sacristie
(1) In quodam Capitulo pr.Tsent ibus in illo Capîtulo duo-
dccim i ratribus dicti Ordims vel circà vidclicet quidam catus
pili grisi seu liaidi bupervcnit in eodem Capituio. Et tune omnes
prsdicti Fratres qui emnt prnpscntes et ipsc idem FralPr Jolinnnes,
tune «edenles . m ]j<:clibiis ^urrexerunl et amotis huietis suis seu ca-
puciis , inclinaveruni caput suum. Et ipse idem Frater, cjui non por-
tahat tune birretum ^ seu capuciiiin> quia erat jiotua Frater , iimiliter
caput suum indiaaTit.
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298 APPENDICE.
du temple de Londres , une à Bristelhani , la troisième
apud Brueriam , et la quatrième ultra Umbram,
Un autre témoin, étranger à FOrdre, rapporte de
pareils bruits. ,
Il y a plus. Deux témoins étrangers h l'Ordre j dépo-
sent, d'après des oui-dire, que les Templiers anglais
adoraient un veau.
Jean de Vassincton, officiai d'Yorck, déclare
qu'il a entendu parler d'une assemblée de Templiers,
pour une fête solennelle qu'ils célébraient , et dans la-
quelle ils adoraient un veau. (1)
Guillaume de Jaffort rapporte que Guillaume
de Remburre , prêtre de l'Ordre de St.-Augustin , lui
confia avoir confessé Patrice de Rippon, Templier, et
que ce Templier avait déclaré que, dans sa réception,
on lui avait montré la figure d'une espèce de veau place
sur l'autel, en lui ordonnant de baiser et vénérer ce
veau, ce qu'il fît. (2) ^ . •
â -
(1) Multi Fratrcs dicti Ordiiiis Ulic ronvencrnnt pro quodani so-
Inntii fe.ntn quud liabcbanl, in «juo TiLuluui (^ucmdam adoral>auU
Diminutio laboris , etc.
(2) Willelmiis de Reinbiirre, presbyter Ordinis Sancti Augustlni ,
dixit sibi qiiod audivcrat confesslonem Fratris Patricii de Rippon ,
Ordinis Tcrapli , qui Patricius inter caetera conIVssus fuit sibi qiiod
in receptlone sua ostcnsa fuit sibi quardam imago quasi cujusdam
\ituli supjKisita quasi cuidamaltari. Uiccbatur ei quod illani imagi-
nem oscularetur et vcncrareturj quod et fccit. Diminutio laboris , etc.
4
APPENDICE. 399
Eo^te fiûte par la Cemmifûm ptpilf cvotrrrOvdfV*'
Les commîssaîres du pape n'imislërent *pa$ sur ce
chef d'accusation ; et It: p<;u détails ^v^e 4ouncn|
à ce sujet ua très* petit Bombre de jbémoins^ pour-t
rait Êcil^ment s'appliquer à des reliques et cbà^j^ dç
saints. Il se passa même ui\ ipu.^ <^ui expli^iji^rait cooi-*
ment les témoins ^ torturés ou intîmidés 9 auraient
travesti en idoles j les reliques et les châsses , dont
Texistence et la vénérî^iioa prouvaient^ i aiiaelit^ïucnt
des Templiers aux dogmes et aux i^g^ d^. l^ïiglû^
romaine. ^
GuxLLAUME D'AnT^EOiAV j aumoftier du roi , Pi?é-i
capteur de Choisy , soîxaiite-^deoxtèiii^» lénoîn » dé*»
posa avoir vu, dans le Chapitre général à Paris , une tète
d'argent qu'adorait n i le^cheisqui tenaient leCliapitre^
en disant .que c'était la tèt^ de Vvmfi des ona^ tvS^n
Vierges ; piais qu'il soupçonnait que c'était une idole ,
parce qu'il lui lîembl^ qu'elle» avait deux face^^ uuQ
gmnde iHifbç d'«i^cii^> et fmt ff^^ ét^it d'un aspect
terrible.
Les comaussaires fîrcut. r^chercbercett^î tète^Ou, en
trouva une qui renfermait des ossemens^avec cette im^
crîption : TÈTE Liii. Des personnes présentes la re-
connureut pour la châsse de reliques qu elles croyaient
être de l'iue des onze mille Vierges.
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5oo APPENDICE.
J^obscrve eujoore que ces détails ^ tout absurdes qu^ils
aimt , n'étaient peui-ètr« pas mutiles pour démontrer
toujours plus la i'iussclé et Pextravagauce des déposi-
tions recueillies contre l'Ordre.
On voit queee n'est qu'en France et en Italie ^ c'est-
à-dire dans les pays où les mesures violentes de Pliilippc-
le-Bel et de Clément V pesaient davantage sur les pros-
crits j qu'on arracha d'eux des aveux rêlatib aux idoles ;
etune circonstance qui n'échappera pas aux juges éclaî-
xésy c'est que les mêmes aveux sont presque toujours
faits ^ non par les personnes qui ont été reçues dans les
mêmes Kenx , maïs par lès personnes qui déposent
devant les mêmes inquisiteurs ^ quoiqu'elles aient
été reçues en difiérys temps et en différentes mai^
sons de l'Ordre y de sorte que cette tète ou idole qu'on
avait cru d'abord n'exister qu'à Paris et à Montpellier,
et ne parailre qu'aux grands Chapitres , aurait été
montrée h des récipiendaires dans les moindres mai^
sons fie rOrdre, et, je le redirai encore, sans qu'il soit
resté la moindre trace de ces idoles j sans que les
autres Templiers qni ont ftit des aveux aient parlé dé
ces idoles , dont le culte aurait du être un objet fon-
damental dans Phérésîe imputée aux Templiers , piiis*
qu'il eût remplacé le culte Chrétien.
Ceci me conduit à parler des figures Baffomé-
TtQUES.
t
APPENDICE.. Soi
Figure! bafibmëtûiuei.
Parmi les nombreuses recherches qu'on a ikites de
nos jours , pour découvrir si les Templiers avaient un
secret et quel était ce secret , il a été présenté le sys-
tème que les Templiers avaient des opinions Gnostico-*
Manichéennes et Vfue l'idole qu'on les aceusait d'adorer
éla^t une âgure Baffomëtique ^ mot difficile ou
peut-être inipossible à expliquer. '
Une observation très<simple suffira pour* renverser
ce système et léiuter réruditiou dont on a tâché de
l'appuyer.
, Dans la déposition des deux témoins entendus à Car^
cassonne , qui parlent de FiGURA Baffometi , il est
évident que c'est par une làute d'orthographe ou de
prononciation que ce mot est ainsi écrit y au lieu de
jUIaJiometi y soit qu'alors dans les provinces du midi ,
on pronoDçat ainsi le nom de Mahomet ^ soit que le
copiste ait écrit par erreur BaffbmêH y comme il a
écrit en même temps asorare pour adorare^ et ce qui
doit ne laisser aucun doute k cet égard , c'est que le '
second témoin prétend qu'on lui fit prononcer T ALLA j
mot des SarrazinSj dit-il j*qui si^iiltic Dieu.
£n6n, on rest€;^a convaincu que les inquisiteurs
ont voulu faire avouer aux témoins que les Templiers
. rendaient un culte à Mahomet , et que ce mot ne s'ap-
plique qu'à Mahomet ^ si Ton se souvient que l'im de&
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Soa APPENDICE.
témoins entendus à Florence , prétend qu'en lui mon*
trant l'idole , on lui disait : « Voici votre Dieu et votre
«Mahomet. » ECCE i)£LS VESTER ET VESTER
Mauumbt.
§XI.
Doubles réceptions.
Parlerai -je du système des doubles léoeptions? Il
i^'est pas phib heureusement imaginé. Sur quoi a-t-oii
pu le fonder ? Sur une on deux dépositions isolées
qu'a dictées la nécessité de ne pas Elire une déposition
qyÀ aurait pu être trop facilement convaincue de faus-
seté : des accusés embarrassés , craignant qu^on ne leur
confrontât ks témoins de leurs réceptions , Ou gênés
peut-être parce qu'ils avaient déjà déclaré .que leur
réception avait été dans la forme Keho^ ont imaginé de
dire qu'il y avait ^ pour quelques-uns, une seconde
réception ^ mais iL sont dcaiemis pai* toutes les autres
dépositions Ht^tim pbo fropsssss sabsban^
TUR; et s'il y avait eu denx réceptions , dont la se-
conde eut initié au secret des impiétés et des désordies
imputés à l'Ordre 9 pourquoi les aveux de ces pré*>
tendus délits seraient-ils sortk principalement de la
bouche des ^ervans, des 9rères qui étaient chargés
des travaux de la campagne ou dc^ devoirs de la do-
mesticité, qui au reste s'accordent tons à déclarer qu'ils
ont iaii le prétendu rcniemeut dans leur première et
noique réception'/
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APPENDICE. 3<)5
; S XII.
> Épreuves, ,
On a enfin essayé, au sujet des dclits impute^, aux
Templiers , une explication qui est indiquée pas-
sagèrement dans la procédure faite par la commis-*
sion papale.
Ce dernier système suppose qu'en recevant le nou-
veau Chevalier^ on le soumettait à des* épreuves j et
qu'on lui proposait de renier le Christ, pour juger b'il
résisterait aux menaces des Musulmans ^ au cas que ^
tombé dans leurs mains y il fiit exposé au malheureux
choix de renier ou de mourir»
Entre autres témoins^ le soixante-quinzième, Jean
j>£ BuFPAVANT, reçu en pirésence de Raynaud de
Brîgnoles , dépose que , se refusant à renier Dieu et
à cracher sur la croix , Raynaud lui dit en riant :
<( NON CURES , qUIA HOC NON EST NISI QUM^
« DjiM, TRVTA.yt «Ne t^aflecte point, ce nVst qu'une
u, moquerie. »
Mais il eut été ridicule de tenter une fausse épreuve^
qui ne présentait aucun danger ^des initiés qui de-
vaient avoir dan ires idées et d'autres sentîmens, quand
^îls tomberaient au pouvoir des Musulmans: d'ailleurs ,
s'il ne s'était agi que d'une épreuve faite pour un motif
aussi excubaLlc, Ls Chevalitiis n'auraient-ils pas i^t'né-
ralement doimé une explication qui les eut disculpés?
et lorsque les diverses procédures ne fournissent au-
cune conjectiu'e fondée sur deâ détails ^xcoxistanclé^j
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*
5o4 APPENDICE*
ni sur un oertaîn nombre de dépositions ^ n'ai-je pas
droit dédire que ce système ne mérite pas une sérieuse
discussion?
Je ne puia mieux terminer ces observations relatives
aux idoles , aux figures BaflPotné tiques y etc. , que par
cette l éiiexiou judiâeuse de Bayle ^ au sujet desTem*
plîers : « S^ils étaibnt assez iupiss four rb-
ii NONCER A LA RELIGION CHR£tIEMNB QUI ÉTAIT
{( CELLE D£ l^UR NAISSANCE^ COMMENT AURAI£NT-
«ILS PU SE CONFIER A UNE IDOLE?» (l)
(i) Batle, Nouvelles de la Rép, des Lettres , septembre i6âo.
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INDICATION ET NOTICE
BBS FliCSS lirÉDITES QUI SOm aXSES DAm CET
AoKOEtiSATio pro Oïdine TempU- Tre8.d«8Gii«rt.
riorum.
Octobre i5o4.
Fegesirum litteiaiuni curiae.... Do- ieatitti
num oonilaai papas vill.
Interrogatoire de cent trente-huit Tem- Tré«. des Chart,
pliers prisonniers à Paris, dans lepa- ^^'^^^^^^^^
lais du Temple, commetiré, le 1 9 octobre ^ * ^
l3o7 y et fini, le 2 ± novembre suivant ^
par linquisitear CuilUurne de Paris et
ses délégués.
La déposition de plusieurs Templkrs Tr^.d«tCliaK^
de la baillie de ïio^e^, bous maiii de
tabellion,
Ista est examinatio duorum Templa* Très. desChart,
riorum. iSo;. * cmu i^u.o^ôr
Interrogatoire de deux Templiei^ Al-
lemands fait par Raoul de Heruey | ia(jui>
Dateur k Xoul| Meu et Verdun.
20
5o6 • APPENDICE.
Tréi.deaClnrt« C'esC la confession qne kft Templiert
cwt. 1 ,ii.«a5. Stiint-Eticnne de îleniieviîlo, qui sont
en prison au Poiil-de4' Arche ^ oui iette.
Tx^f.detCbart. Instrumenium publicum de coxiTes-
offt. i,B.*'i7* âone Templariorum*
28 octobre 1007.
loiormalion faite à Gaen»
THi.dcfChait. ExaDiioation faite le )0«r de samedi
eut. 1 M. ^ fe^te us Sains Apostres SyiMNt et
Jude , Tan de grâce mil ccc et sept, etc.
la&rmatioa &ite à Caen,
Tïé».detCban. Coufessiones quorundam Templario-
cMTt. i , nj» i4. ^ civîtaie Carcassona d^tenlorum.
Tradantur domiuo ic^i.
Novembre iSoj»
Trës.defCliart. Serenissimoprincipi donanoPhilippo,
«art. 1 , n.* i4. ^^g^ Prmieorinn, dentnr istae oonfessioûes
<juas feceruut Teuiplarii BigoiT».
Décembre lioj*
TrÀ.dcfClttrt. information faite à Cabors les a et 5
«Mt,i,ii.*ai. janvier i5oj.
' Très, des Chai t. Regiœ majestati significat Bertrandos
«art. i , M." 19. ^assa, miles commissahus depuutus su-
pet ^eKcti» TauplariAitM ezîMBtinm
in Blgorrâ,
Mars lioS.
4
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APPENDICE. 5o7
ArtTCuli quaestîonum in ncgotio Tem- lWB.deiCliMt.
planonua. '
Bulle de Clément Và Philippe-le-Bei, Tfét.distaiatc.
U non. maii^anno pontif. IV.
Mémoire où soni ré«olue8 diverses
qaeslionft touchant les Templiers.
Vers i5o8. ^
Autre mémoire commençant par ces Trés.dcgCharu
eut. 1.
mots:
In Dei nominei amen, Christus vin-- Trës. d«sCiurt,
cU,ChriêtU9hgnaiy^Chriêtuêw^hU.
Ecrit sur papier , et presque indé^
chifirable.
BrouiUoç de l'acte d'accusation dressé IWs.aeiChttt.
contre les Templiers. ^•
6m' papier.
Responsiones coQsiliariiprovineîœNar* Ardb. da v«t.
bonensîs super dubiis«...in £icto siagu- 3fûcf2/.
larium persoiiaruni Tempiariorum.
i3o9.
Adresse par laquelle le peuj^e irakiçaia fiiU. Jm^ét. ,
demande à Philippe-le-Biel la j^nition ^
aes Templier.. ~B^dJL^
i5o8. WgW^M
5o8 APPENDICE.
Arch. au Vat. . Inquisilio coDtrà ïemplarios in curià
Imtr.misM. ^^^^^
Deposit'ones faclaecoiam dominis Lan-
dulpho et Petro Coiumpna.
i3o8.
Arch. du Vat, Inquisitio contra Templario» în curià
Inqnîsitîo lâcta per reverendissimum'
Berengurium ) litiili Sanctoiiim Nereiet
Achilei y presbyteri cardioalis , couua
Templarîos*
29 , 3o juuii et i julii i5o8.
Airh. au Vat, luquisitio conlrk Templarios ia cuiià
liutn jiii^cell, ^^^^
Deposîtîones fecl» coram domino
Stepbano , tituliS.CuriaciiaThermis.
2 julii 1008. •
Bibl. Imp^r. > Concordantîa inquestae &ctae cum ma-
©7®» magistro Ordinîs Tcmpli , et quibus-
dam aliis ejusdem Ordiais per iuquisito-
rem heretîc» pfavîlatîs.... et per très
dojniooâ cardinales dt^puiatos per domi-
num nostram , cum codem magistro et
quibusdam aliis fratribus de ina)orîba»
Ordinia,et per ipsum domiuum nos-
tram cum pittribus aliis. fratribus dicd
Ordiais.
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APPENDICE. 3o9
Articuli €1 inrormalio fiicte ncp domi- ^"^f* >
^ . MSC. de Baluie.
imm cpiscopum Cilarauiouicusein cuiitra
Templaiios.
iSog.
Processus contra Templarios in l'Van- B^l- Xmpér. ,
eià factus aono iSoo, à commissariis , Msc.duHwkj,
deiiouiitiaiis in buUà démentis, papae,
data X calead. juniiy pontiticatus anno iv,
qnae habëtur in principio hujus volu-*
minis.
Cette procédure commencée en 1009
par la commission papale contre rOrdre
des Templiers, et terminée le 5 juin
i5i 1 9 fut rédigée à double original*
L'un fut envoyé au pape.
L'autre fui déposé daDS le^ archives
de l'église de Notre-Dame y avec défenses
d'en donner communication , sans une
permission expresse du pape (1).
Ce manuscrit se trouvait dans la bi-»
bliolliègue de M. le président BrissoUi
lors de la réduction de Paris. . >
Alors il fut tiré de cette bibliothèque
(1) Et superabundanli cautelà dlciura proceà.sui^i priacium ex.
dictis labellionibus lu lormam publlcam redactum, dcposuinuis ia
thesaiirarià beat.T Mànac Parieiwis, aesquebeatitudikis vestr e lit-
?io APPENDICE-
et il passa dans celle de M. ServiOy «t<H
cat*gèaéral(j).
Il a ensuite appartenu à la famille de
Barlay (2) y dont \ti& arm^ aoui em-
preinteasor h oouvertiire ; îl est porté,
dans le catalogue de IlHrky|âou$ le n 329.
Vers le milieu du dix-hnllièaie siècle,
M. de Harlay , conseiller d'état ^ ayant
légué ses livres k la biUiothèqtie de Saint
Germain des Prés (5)^ ce manuscrit fut
eompris dans le le^»
Eq 1793 , un incendie ay(int consumé
une partie de cette biblîotbèque , ce ma-
nuscrit fut traospoi té à la bibliotlièc^ue
nationale*
(1) Rtgiêtnt de Dmnr, toL 746, |65.
n eittrH-TnifemliIaUe quoDnpujf mltliitpmAra^farMtiiri'
^nal^k copie existai^ «itrc^ûpwim aca WQUfcritf diQf ^BiShlio-
thèqiie Rojak.
Od « cm recoiiMf tre Wcritve de Thxpaj tes qnd^iiee notée a»
gtnales qui ee ttoimnt sur cet originaL
■
(3) M. Senrniy eqneeiHer au Patlciiieat de 'Jhm,d0mm âH. dt
Harlay , procureni^àiënl do même Parlement , toiia lea papîert de
H. l'avocat-génâral Senrin. Ch^trvava, art. 12» • le anite deaAfiil
main$ hiêiùriques , critiqués et UtUraine de Bainra.
Mftcede PJSHefoûv UHénméeiaOïmgri^fim deSanO-
. Maur, p. xî$.
Digitizeci Uy
1
APPEJNDIGE. 3ii
L'autre original qui forme au irès-
^rand rouleau de parchemin, mau en-
dommagé en plusieurs eadio'ts et illi-
sible au commeucex&ent) se troUTe aux
aichiyeB du Vaticau.
I ragmeas d'informations faites contre ^mpér. ,
les Templiere Anglais. ♦
Londîni , în ecclesiis Sanctorum Al-
phegii, Martini, Botulfî. i
3 1 nonas , vif i idus febraarii ,
VI idus junii i5io.
Inqnesta facta oontrà OrdmCTi Templi Arch. an Yat.
liacdnittir mitcelL
Hcpetitioinquisitionis in négocie Tem- Arch. duVat.
plariorum Lincolnî».
Deposîtiones quorumdam testium exa-
mînatorum tam coatrà Qrdinem quam
oontrà sîngulares peisonas OrcBnîs Tem-
pli per dominum epîscopum Lincol-
nensem»
Depositiones quorundam testium exa- j^^h. du Vai.
minatoram tam oontiÀ' Ordinem, quam Instr. misoeH,
contrà singulares personas Templi în
Angliâ*
Inquesta facta Eboraci per reverendos Arch. du Yat.
patres dominum .GniUelmum dei graiià
Eboracensem epîscopum et D. abbatent
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ili APP£NDIG£.
de LaiigniacOyPatieQsiftdiocesis ac vene-
rsbilem vimm magîstrum Sycardum de
VauiOj sacfi palatîi audiiorem, inquîsi-
tores in regoo Augli^oontrà Templarios^
•coUegis suis légitime exciuatis^ ia qoâ,
citaiiouibus praemissîs, ad receptiouem
testîucB seqaeDtîum estprocessum, pne-
1I1Î5SÎ8 et recepiis ab ipsîs testibus jarai*
mentis, de se ipsis tanquam pi incipalibus
et de toto Ordine tanquam testibus , su-
per artîculîs sub bullà transmissîsetalSs
inquisitionem tangeatibus.
Mu du Tat« Diminiitio laboris examinatimiimpro-
cessuscontrk Or^nein TempliioAngliâ^
quasi per modum rubrkarum*
B'ibi. Tmpër. RaimuDdi, episoopi Helenemis^ mqu-
Msc.de Coibert, sitlo advewtts Templarios*
Bibl. Imp^r. Soizante-neul pièces délachécs formant
Msc. rie M« de chacune un quart on un huitième de
^IJJ^'"*'*'' feuille de parchemin , relatives aux dé-
penses de la détention des Templiers à
Senlis et dam ses environs.
Areh. èa Yat. Inquisitio ikcta in dvitate , dioeese et
InsAr* mkcélh provincià Tievii eiihibus per rcvertndum
mtrem dominum Baldtiinum y arcbiepb-
copum Trevixensem ^ et Robertnm ,
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APPENDICE. $i3
<lecâiiuxu ecclesiœ Saacti ServasiiTraJec-
teoâb , contrà Ofdinn militi» Templi
et m a gnam magUtram seu preceptorem
Aiaxnaiiia*
Inquiâido £acu Metînas per reverendoft Arch. du Vat,
patfesel.domiaosdomiaQiiiRodèricam^ Iîmét. ««cei/.
archiepiscopmn Compostellanum , do-
minum J, Uli]Lboiien«em , etdominttin
Geraldum , Paleniineiiflem episcopos ,
contrà ordinem militise Templi el m^-
guum magistram sea preoeptorem {q;m
CastcUas et L^onia.
Rubrica super înquestà iàcia Cesenaa ^r^^^ auVat.
proviuciae Roniaiidiol» per reverendos ^'^^^^ mUcdl
patres dominos R. Dcî gratîà Raveuea-
sem archiepiscopum, et Fr. Arimîneu-..
sexa episcopum.^, contrà Templarioa.
■^RuUîca super inquestâ factA apud Arch duV.t.
Fanum m Marchîâ Anchoiiitanà contrà Instr. màceli.
singulares personasOrdioiaTemplijUcet
ordo fuerit etlam cîtatus, per reveren-
dum patK m domiiiutn R. miseratione
diviuè Jbaaenaem epiacopnm.
Ista inquesu facta fiût in Florentia, KM, Impfr.
în eodesîà Sancti Egidii , die luiue 20 00 ^'"^^ nusoeU,
tobris^indict. IX*
3i4 APPENDICE.
ifch.aa Val. Inquesta facta Cesens pro^MW Ro^
Itutr, mtscàlL pm^jf^la^p^r reverendos patreâ AgmioM
R. Dn ^ifttià BAveneiBMHi aicbitpis-*
copuin, et F. Arimmemcin epUcopum...
oontrà Templarios.
AxA. diiT«t« InqttMta &ott MetiM per domftios
Ji^lr. mMotfl/. Johannem UlixLoneiiseru e t l jus collegas
eontrà Ordinaiii et magouBi magbtram
T^pli în Ispanià*
Axch. du V u. Inquesta facla pcr dominumepiscopum
Instr. miscelL Ulixtonensem et ejus coUej^ii , ia civi-
tate Aniiensi , coatrà Ordioem , magnum
jnagiâUum, pi cceptorem, 1 ralies etsin-
gularas pevsonafi OrdinÎA Templi.
C?esl IVnqtiète que M, deMurr a îndi-
qoée sens le nom à*Aniiensi, dans sou
ouvrage ; Christopr Gottlibb von
MuRR , iiber den ^\ahren Ltapruug
4er Rosenkreuzer uod d^ frejmaure-
rordens y nebst einem aiihaii|9 zur Ges-
cliicijLte der l enipeiberi^en.
Mab an Heu de lire vwyà, inquesta y
le copiste aiiruit du lire mona , parce
qu'elle se trouve la neuvième dans l'Or-
dre du travail des évèques de Soîssons ,
de Mende, de Léon et d'Aquilée, qui
furent chargés de fiûre les rubriques et
APPENDICE. 5i5
les concordances de^phisieuri informa-
lioiis.
Concordandae super inquesta Auri^osi.
Inquesta facta in villa de Metinâ del Arch. du Yat.
campo , Salamanensisdiocesîs, perdomi- miscelU
nos Roderîcum archiepiscopupi Compos-
teUannm^etJ.Uliibonememepisoopam^
contrk Ordinem Templi , et magnum
preceptorem dicti Ordiiiis in Ispanià
constitutos et conirà singnlaies personas '
dcgcntes in regnîs Castellae et Legionîs.
Inquesta làcta in diocesi Trevirensi Arch. du Vau
per dominum an^iepkoopam et doori» ^n^tr, mUcell.
rxam Robertom , deeanum eedeslœ
Saqcti Servasii Trajectensis^ contrà Or—
dinem militta» Templi et magniim pre-
ceptorem regni Alamanîap»
Inquisitio iacia Moguntîœ per domi- AtcH. du Yat.
nos arehiepiseopnu Mogunlinam et ^ns^* miscelL
Robértum y decannm ecdesis» Saneti
Servasii Trajectensis^ inquisitores àsede
apoataMcàdepiitatosi centrà Ordinem et
inagaum magistnun seu prect^ptoreîn
Alamaniae militiae Templi»
. Inqnifitio £i€la Mogimtise rêve- ArdudnYat.
rendmn Petramdominum P. archiepis- i»mo«H.
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3i6 APPENDICE,
copum Moguntinum et venerabiiem vî-
rum dominum Robeitum ^ decanum
ecclèbia: Sancti Ser\as;i Tiajeciensis ^
contra Ordiaem et magnum magi&trum
seu preceptorem iUamani» militîae Tem-
pH.
Arcih. du Yat. lnc|uisUio facta per dominos archi-
Instr. miscell. çpîJ^JQp^m Messamsiiacoi et episGopum
Seranum aatorîtaie apostolicâ , contiÀ
prcteptoi cm Templi et Ordinem in in-
sulà Sicili».
Aràks èa Tat. iDquûitio &cU po* doioînos Me»a«
Inêtn mUedL nenscm archîepiscopum et episcopuiu
Seranum oootrà «ingulares persooas Or*
dînts mîlîdœ Templî , autoritiKte' apos--
tolicà civitale jVIe&sana.
Arch. auYat. Inqui&itio seu processus anno i5io
Cod. mcmbr. confectiia contrà TemplartoaetFratrem
i46, pliiu35. Oddonem de Valdiie, miliiem.dicu Orr
dinisy magnum preoeptOirepi in regno
BîU. Impér. , Istae Sun I tubricae fiictae super inquestà
n»» ^6. facià conirà majgistrum et Ordinem Tem-
pli in Cypro.
Aich. du Tat. Inquiaitto fiusta inCyprooonIrà Tem-
plarios.
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APPENDICE. 017
Hegestram litteraram cptnttuininm . Arch^ iccritw
dominl Clemenlû papœ V.
Plusieurs Toliimes in-foL
Regestmm litteraram caria» dommi Arch. tecrèici
Clemeutiâ papai V. daVât»
Lettre dç Clémeat V à Philippe le- Bibi. Impcr.,
Bel, datée de Vienne, 11 non. novem- MSC.deDupay,
bris , pontificatûs anno VI.
Chronique à la suite du roman de Bibi. Impér.»
Favel. 68i3.
Lettre du pape Jean XXII à PhOippe- Très, des Chart .
le~Long, du 16 Kal. Juoii i5i6» n.o 37 , cart. 5.
FIN.
V
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